NECROLOGIE : BAMAKO PLEURE SON GEANT Le dernier accord du maestro Boncana Maïga
La musique malienne est en deuil. Le maestro Boncana Maïga s’est éteint ce samedi 20 février 2026 à Bamako, à l’âge de 77 ans, des suites d’une longue maladie selon plusieurs médias maliens. Avec sa disparition, le Mali perd l’un de ses plus brillants ambassadeurs culturels, artisan majeur du dialogue entre l’Afrique de l’Ouest et Cuba.
Arrangeur, producteur, compositeur, flûtiste, claviériste et chef d’orchestre, Boncana Maïga aura consacré plus d’un demi-siècle à bâtir des passerelles musicales entre les continents. Pionnier de l’afro-cubain et infatigable promoteur des rythmes mandingues, il laisse derrière lui un héritage artistique immense.
Un bâtisseur de ponts entre Bamako et La HavaneNé à Gao, dans le nord du Mali, Boncana Maïga fait partie des jeunes musiciens envoyés à Cuba en 1964 sous la présidence de Modibo Keïta pour se former à la musique. Durant son séjour à La Havane, il cofonde le mythique groupe Las Maravillas de Mali, célèbre pour le tube « Rendez-vous chez Fatimata », devenu un classique intemporel.
Cette aventure cubaine marque profondément son identité musicale. À son retour au Mali en 1973, dans un contexte politique transformé, il peine à retrouver ses repères et s’installe en Côte d’Ivoire. Il y dirige pendant près d’une décennie l’orchestre national de la RTI, contribuant à structurer la scène musicale ivoirienne.Du Rail Band à Africando : une carrière internationaleSon nom reste également associé au mythique Rail Band de Bamako, véritable pépinière de talents ouest-africains.
Mais c’est surtout en 1993 qu’il marque un tournant décisif en cofondant le groupe Africando, aux côtés du producteur sénégalais Ibrahima Sylla et du musicien Médoune Diallo. Avec Africando, il contribue à populariser la salsa africaine sur les scènes européennes et américaines, imposant une signature sonore raffinée, mêlant jazz, salsa et traditions mandingues.
Arrangeur recherché, il collabore avec des figures majeures telles que Alpha Blondy – notamment sur le titre « Jérusalem » -, Oumou Sangaré ou encore Aïcha Koné. Il signe également la bande originale du film Bal Poussière du réalisateur Henri Duparc, confirmant son talent de compositeur pour le cinéma.Un ambassadeur culturel saluéInstallé à Paris à la fin des années 1980, Boncana Maïga multiplie les collaborations internationales et anime, dans les années 1990, l’émission « Stars Parade » sur TV5 Monde, mettant en lumière les artistes africains.Sa carrière, couronnée de nombreuses distinctions dont un disque d’or, témoigne de son influence durable sur plusieurs générations de musiciens. Humble et engagé, il était décrit par ses pairs comme un bâtisseur de sons, un homme de transmission et de passion.
Le ministre malien de la Culture, Mamou Daffé, a salué « une perte immense pour le Mali et pour la culture africaine qu’il a contribué à faire rayonner à travers les continents ». « Monsieur Maïga a été un ambassadeur de la musique malienne », a-t-il déclaré.
Une œuvre intemporelle
Avec la disparition de Boncana Maïga, c’est une page majeure de l’histoire musicale africaine qui se tourne. Mais son œuvre, elle, continue de résonner.Du Mali à Cuba, d’Abidjan à Paris, le maestro aura incarné une passerelle vivante entre traditions et modernité, entre continents et générations.
Le rideau tombe sur une vie dédiée à l’art.Le maestro s’en est allé.Mais sa musique, elle, demeure.
Adama AIDARA

