RAMADAN À DAKAR: À l’heure du ndogou, la capitale s’embrase entre embouteillages et ruée vers les grandes surfaces
Il est 18h40 passées. À Dakar, le compte à rebours vers le ndogou est lancé. Les rues s’animent, les trottoirs débordent, les klaxons résonnent. Dans les quartiers de Sacré-Cœur, de Cité Cœur Gorgui à Liberté 5, jusqu’au rond-point JVC, la capitale vit l’un de ses rituels les plus intenses du mois béni de Ramadan.
À mesure que l’heure de la rupture approche, les Dakarois convergent vers les grandes surfaces et les boulangeries pour les derniers achats. Malgré la cherté de la vie, les soutiens de famille redoublent d’efforts. Pendant le Ramadan, les dépenses doublent, parfois triplent. Mais l’essentiel est ailleurs : assurer un ndogou digne, partager, perpétuer la tradition.
Sacré-Cœur – Liberté 5 : la ville sous tension
Entre les deux voies de Sacré-Cœur et la Cité Keur Gorgui, la circulation devient presque impraticable. Automobiles et piétons se mêlent dans une confusion générale. Chacun veut rentrer avant l’appel à la prière.Sur les lieux, le constat est frappant : des embouteillages interminables, des conducteurs nerveux, des passants qui slaloment entre les véhicules. Les klaxons forment une symphonie désordonnée. Les transports en commun semblent les plus pressés, tentant d’évacuer leurs passagers au plus vite.
Et pourtant, au milieu de cette agitation, une ambiance particulière flotte dans l’air. Celle des retrouvailles imminentes, des cuisines qui s’activent, des tables qui se préparent.Non loin de là, le BRT poursuit sa course sur sa voie réservée, imperturbable. Plus fluide, plus régulier, il apparaît comme une alternative précieuse en cette heure de pointe, particulièrement sollicitée par les usagers pressés.
Devant les grandes surfaces : la ruéeAu supermarché l’Auchan de Sacré-Cœur, il devient difficile de se frayer un passage. Les rayons sont pris d’assaut. Pain, dattes, jus, sucre, lait… Les paniers débordent. Les visages sont concentrés, parfois tendus, mais déterminés.À quelques mètres, devant la « boulangerie jaune », deux longues files s’étirent. Jeunes hommes, femmes, personnes âgées : tous attendent leur tour pour obtenir le précieux pain du ndogou.Certaines personnes âgées et des femmes enceintes sont discrètement orientées vers des passages prioritaires.
Les agents de la boulangerie tentent de maintenir l’ordre, veillant à ce que chacun reparte avec sa miche.La fatigue se lit sur les visages, mais personne ne renonce. L’heure approche. Les conversations se font plus brèves. Les regards se tournent vers le ciel.Entre tension et spiritualitéDans cette bousculade presque chaotique, une vérité demeure : le Ramadan transforme la ville. Il intensifie les rythmes, exacerbe les urgences, mais renforce aussi la solidarité.
Malgré la pression, malgré les embouteillages et la cohue, Dakar continue de vibrer au rythme du partage. Les cœurs s’ouvrent, les foyers s’organisent, les tables se garnissent.Car au-delà des klaxons et de la ruée vers les courses, le Ramadan reste ce mois béni où la foi, la patience et la générosité s’entrelacent.
Mariem DIA

