Société

AFFLUENCE DANS LES GRANDES SURFACES: Ramadan et Carême : plongée au cœur d’un Dakar en pleine fièvre des préparatifs

À quelques jours du début du mois béni de Ramadan, qui coïncide cette année avec le Carême chrétien, les grandes surfaces de Dakar vivent au rythme d’une effervescence particulière. Entre spiritualité, anticipation familiale et stratégies de consommation, les temples modernes du commerce deviennent des carrefours où se lit l’évolution des habitudes urbaines.

Il est 20h45 à Sacré-Cœur 3. Sur le parking de Auchan, difficile de trouver une place. Les coffres s’ouvrent, les chariots roulent à vive allure. À l’intérieur, la climatisation peine à tempérer l’intensité ambiante. Les rayons des produits stratégiques – huile, sucre, riz, lait en poudre, dattes, farine, sirop, café, thé – sont particulièrement pris d’assaut.

Les clients comparent les prix, consultent leurs listes, recalculent leurs budgets.

Des parkings saturés, des allées sous tension

Le phénomène s’explique en partie par une logique d’anticipation : acheter en quantité pour éviter les ruptures, profiter des promotions, réduire les déplacements pendant le jeûne.Awa Niang, ménagère, observe les rayonnages bien alignés.

« Ici, tout est organisé. On ne perd pas de temps. Je viens avec une liste et je trouve rapidement ce que je cherche », confie-t-elle.Elle nuance néanmoins. « Les marchés restent importants. Mais ici, je me sens plus à l’aise, surtout pour les produits emballés », lance la mère de famille.Dans les allées, la diversité sociale est frappante. Étudiants, salariés, chefs de famille, expatriés africains… chacun adapte ses achats à sa réalité. M. Ghazi, ressortissant soudanais installé au Sénégal, fait le plein de produits conservables.

« Pendant le Ramadan, on veut se concentrer sur la prière et la famille. Acheter pour tout le mois, c’est plus pratique », dit-il.À Auchan Soprime, le week-end accentue encore le phénomène. Les chariots débordent de sacs de riz, cartons de lait, packs d’eau et produits surgelés.

M. Top explique que son entreprise lui offre des bons de ravitaillement. « C’est un avantage important. Cela nous aide à supporter les dépenses supplémentaires du mois », avoue le chef de famille.

Cette pratique, de plus en plus répandue dans certaines entreprises, illustre aussi l’impact économique du Ramadan : hausse des dépenses alimentaires, multiplication des dons et solidarité renforcée.

Étudiantes et jeunes ménages : une nouvelle génération de consommateurs

À Soprime, Fatou Diop et ses amies étudiantes font leurs courses en début de soirée. Elles privilégient les petits formats, les promotions et les produits faciles à cuisiner. Leur choix révèle une transformation des habitudes : recherche de praticité, importance de l’hygiène et du conditionnement, sensibilité aux offres promotionnelles.

Pour elles, la grande surface offre une expérience plus « moderne » du commerce, loin de la négociation et de l’effervescence des marchés traditionnels.Dans toutes les grandes surfaces visitées – Sacré-Cœur, Soprime, Parcelles Assainies – un élément revient dans les discours : la propreté. M. Bocoum, croisé aux Parcelles Assainies, résume : « Ici, tout est propre, bien rangé. On peut comparer les produits tranquillement ».

L’organisation des rayons, la traçabilité des produits, la présence de prix affichés clairement rassurent une clientèle de plus en plus attentive à la qualité sanitaire.Une économie boostée par la ferveur religieuseL’affluence observée ne relève pas seulement de la tradition. Elle reflète un véritable pic économique.

À l’approche du Ramadan et du Carême, les volumes d’achats augmentent significativement. Les produits alimentaires de base connaissent un bond de la demande.

Les grandes surfaces multiplient les promotions ciblées

Les gestionnaires mettent aussi en avant les produits locaux ou transformés au Sénégal. Riz local, jus naturels, produits agroalimentaires nationaux occupent désormais une place plus visible dans les rayons, répondant aux campagnes en faveur du « consommer local ». Tout comme la charcuterie qui est très prisé.

Marchés traditionnels contre grandes surfaces : concurrence ou complémentarité ?

Malgré l’affluence dans les supermarchés, aucun client interrogé ne parle de rupture avec les marchés traditionnels. La logique semble davantage complémentaire que concurrentielle.Les marchés restent privilégiés pour les produits frais (légumes, viande, poisson), les prix y sont négociables et le lien social est recherché.

Les grandes surfaces séduisent eux pour la diversité, le confort et la propreté, la rapidité, la disponibilité des stocks.Cette dualité reflète l’évolution d’un Dakar en mutation, où coexistent modernité commerciale et tradition marchande.

Une ville qui se prépare spirituellement… et économiquement

À mesure que le Ramadan et le Carême approchent, la capitale sénégalaise entre dans une phase de préparation intense. Derrière les chariots remplis et les rayons vidés puis réapprovisionnés, se dessine une réalité plus large : la religion façonne aussi les dynamiques économiques.

Les grandes surfaces deviennent ainsi des baromètres de la société urbaine. Elles traduisent l’évolution des modes de consommation. Elles révèlent les nouvelles aspirations des ménages.

Elles témoignent d’une économie saisonnière fortement influencée par le calendrier religieux.Entre foi, anticipation et stratégie budgétaire, Dakar vit pleinement cette période charnière où spiritualité et consommation avancent côte à côte.

Mariem DIA