DETTE « CACHÉE » DU SÉNÉGAL: Le FMI ouvre une enquête interne pour « comprendre les failles »
Alors que la polémique autour de la dette dite « cachée » continue d’ébranler le Sénégal, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé l’ouverture d’une enquête interne. L’information a été confirmée ce jeudi par la Direction de la communication du Fonds, à travers des déclarations rapportées par l’agence Reuters.
« Nous menons actuellement une enquête interne afin de comprendre les failles et comment ces anomalies ont pu passer inaperçues, et également afin de renforcer les mesures de sécurité dans nos propres processus », a confié Julie Kozack, porte-parole du FMI.Selon elle, l’examen portera sur les cadres d’intégrité des données afin de renforcer les mécanismes de contrôle et de prévention du Fonds. L’objectif est double : détecter plus efficacement d’éventuelles anomalies dans les données financières transmises par les États et mieux former le personnel interne pour éviter la répétition de telles situations.
Cette annonce intervient alors que le FMI avait lui-même réévalué le niveau d’endettement public du Sénégal, révélant des engagements financiers non déclarés estimés à environ 132% du PIB, selon ses dernières analyses.Malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs partenaires techniques et par les marchés, le FMI souligne que « la décision de restructurer ou non la dette appartient exclusivement aux autorités sénégalaises ».
Le Fonds admet que la situation place le pays face à des « vulnérabilités importantes », mais insiste sur le fait que « l’initiative de tout éventuel réaménagement de dette relève de la souveraineté de l’État sénégalais ».Cette précision survient dans un contexte où les débats se multiplient sur l’avenir de la dette publique, alors que plusieurs acteurs internationaux, dont Bank of America, considèrent qu’un rééchelonnement pourrait devenir « de plus en plus probable » à l’horizon 2026.
L’affaire de la dette « cachée » a créé un séisme politico-financier au Sénégal, mettant en lumière des défaillances dans la transmission et la fiabilité des données communiquées à ses partenaires, une difficulté croissante à absorber l’héritage d’un endettement plus lourd que prévu et des tensions avec le FMI, avec lequel le pays tente de renégocier un nouveau programme.
L’enquête interne du FMI, au-delà de la clarification technique, pourrait avoir des répercussions majeures sur la confiance institutionnelle entre Dakar et l’institution de Bretton Woods. Alors que les autorités sénégalaises réaffirment leur volonté de préserver la « dignité nationale » en refusant une restructuration imposée, les discussions avec le FMI devraient se poursuivre dans les prochaines semaines. L’enjeu est crucial pour l’économie : stabiliser les finances publiques et restaurer la crédibilité du pays sur les marchés internationaux.
Abdoulaye DIAO

