FOOT : CAN 2025: L’autre dilemme de Pape Thiaw
Entre une longue trêve en Arabie-Saoudite, des cadres en manque de rythme et des jeunes talents à ménager, Pape Thiaw avance vers la CAN 2025 avec son lot d’interrogations même s’il a des certitudes par rapport à certains points. Le sélectionneur sénégalais doit jongler entre forme, continuité et hiérarchie, au moment où les détails feront la différence.
La route vers la CAN 2025 n’est pas un long fleuve tranquille pour Pape Thiaw. Alors que la compétition se profile dans un mois au Maroc, le sélectionneur sénégalais voit se multiplier les zones de tension dans la préparation de son groupe. Et le premier foyer d’inquiétude vient… d’Arabie-Soudite.
Une trêve saoudienne au pire moment
La Saudi Pro League va observer une interruption prolongée, du 25 novembre au 18 décembre, pour laisser place à la Coupe Arabe au Qatar. Résultat, près de trois semaines sans compétition pour trois piliers des Lions, et pas des moindres : Sadio Mané (Al-Nassr), Kalidou Koulibaly (Al-Hilal) et Édouard Mendy (Al-Ahli). Trois cadres, trois leaders, trois joueurs dont le rôle dépasse largement le rectangle vert.
Avant cette longue coupure, les deux premiers nommés pourraient, toutefois, se produire dans un dernier épisode continental. Sadio Mané pourrait disputer une ultime rencontre avec Al-Nassr, avec un déplacement ce mercredi au Tadjikistan pour y affronter l’Istiqlol Douchanbé en Coupe de l’AFC. Kalidou Koulibaly et Al-Hilal recevront ce mardi Al-Shorta d’Irak en Ligue asiatique des champions. Quant à Édouard Mendy, il a été ménagé ce lundi lors de la rencontre entre son club et Sharjah FC (Émirats arabes unis), toujours en Ligue asiatique des champions.
Mais une fois ces engagements expédiés, ils ne joueront plus jusqu’au début du stage de préparation à la CAN même s’ils ne manqueront de se maintenir physiquement.La montée en puissance vers une CAN exige cependant du rythme, de l’intensité et une régularité dans les repères. Cette coupure tombe donc au plus mauvais moment pour des joueurs qui, par leur statut ou leur âge, doivent arriver affûtés. Koulibaly, patron de la défense, sort déjà d’un début de saison dense avec la Coupe du monde des clubs.
Mendy, toujours précieux en sélection, a besoin d’enchaîner pour rester dans le tempo d’une compétition exigeante. Quant à Sadio Mané, cœur battant du jeu offensif sénégalais, le voir rejoindre la tanière sans compétition pendant près d’un mois n’a rien d’idéal.
Diao, Diarra : des pépites à manier avec précaution
À cette équation déjà complexe s’ajoute un autre défi : la gestion des jeunes Assane Diao et Habib Diarra dont les clubs entretiennent le flou à moins d’un mois de la CAN. Diao, explosif et talentueux, enchaîne les pépins physiques, et a été au cœur une passe d’armes tendue entre Côme et la Fédération sénégalaise de football (FSF) ce week-end. Diarra, opéré à l’aine, n’a plus joué depuis deux mois. Pour ne rien arranger, son entraineur, Regis Le Bris, a affirmé récemment qu’il ne prendrait « aucun risque » avec son joueur.
Comment gérer leur cas avec le risque de rechute ? Comment intégrer ces profils sans les exposer ? Comment leur offrir du temps de jeu sans fragiliser un collectif qui continue de monter en puissance ? Entre prudence médicale, ambition sportive et concurrence interne, la marge de manœuvre est étroite.
Pape Thiaw sait qu’il devra activer toutes les solutions entre charge de travail accrue en regroupement, match amical supplémentaire, ou adaptations tactiques pour compenser un éventuel manque de rythme. Car, la CAN 2025 s’annonce plus serrée que jamais. Et le Sénégal, champion en 2022 mais sorti prématurément en huitième de finale en 2024, n’a aucune marge.
Pour Pape Thiaw, il faudra être stratège, psychologue et gestionnaire. La forme de ses Saoudiens et l’intégration de ses deux jeunes Lions pourraient bien conditionner l’ensemble du tournoi. La CAN n’a pas encore débuté, mais le premier match, pour lui, est déjà lancé : celui du timing, de la forme… et des choix.
Mouhamed DIEDHIOU

