LIONS AFFAMES, PLACES RARES: Pape Thiaw face à son casse-tête offensif
Avec dix attaquants convoqués pour affronter le Brésil et le Kenya, Pape Thiaw doit désormais trier dans la profusion. Entre cadres intouchables, jeunes ambitieux et buteurs en quête de confiance, les deux matchs amicaux de novembre serviront de révélateur avant la CAN, avec une bataille féroce pour une place dans le secteur offensif des Lions.
Pape Thiaw va devoir faire des choix. Et pas des moindres. Pour affronter le Brésil, le 15 novembre à Londres, puis le Kenya, trois jours plus tard à Atalya, le sélectionneur du Sénégal a convoqué dix attaquants. Une abondance rare à ce niveau qui traduit à la fois la richesse du vivier offensif sénégalais et la complexité des décisions à venir à un peu plus d’un mois de la CAN 2025.
Dans le secteur le plus concurrentiel de sa sélection, le technicien devra départager talent, forme du moment et complémentarité.Si certains noms semblent gravés dans le marbre, le reste du casting est loin d’être figé. Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Iliman Ndiaye, Nicolas Jackson et Assane Diao disposent d’une longueur d’avance. Tous ont démontré leur capacité à s’intégrer dans le projet de jeu de Pape Thiaw, que ce soit par leur polyvalence, leur expérience ou leur créativité.
À eux cinq, ils incarnent le cœur du secteur offensif des Lions.Mais derrière ce quintette, la bataille s’annonce rude. Cheikh Tidiane Sabaly, joker de luxe par excellence, capable de dynamiter un match en quelques minutes, devra défendre sa place face au néo-international Ibrahim Mbaye. Le jeune titi parisien, âgé de 17 ans, symbolise un avenir à moyen et long terme de l’attaque sénégalaise. Rapide, imprévisible et doté d’une belle maturité technique, il pourrait séduire le sélectionneur par sa fraîcheur et sa capacité à déséquilibrer sur le couloir droit.
Les buteurs en question
C’est pourtant dans l’axe que se posent les interrogations les plus fortes. Nicolas Jackson, malgré son immense potentiel, n’affiche pas encore la régularité attendue avec le Bayern Munich (3 buts en 10 matchs) et quelque peu en sélection (3 buts et 5 passes décisives en 23 sélections). Boulaye Dia, lui, traverse une période de doute avec un seul but inscrit depuis le début de la saison, et plus rien depuis le 31 août face au Hellas Vérone.
Absent de la dernière CAN pour cause de blessure, l’attaquant de la Lazio Rome (6 buts en 35 sélections) est en ballotage et n’est pas un titulaire en puissance sous Pape Thiaw. Habib Diallo, discret mais précieux dans le jeu, reste bloqué à deux réalisations et une passe décisive en huit matchs avec Metz.
Plus prolifique en sélection parmi les attaquants de pointe avec 8 buts et 6 passes décisives en 36 sélections, le joueur formé par Génération Foot s’est offert une nouvelle chance en marquant contre la Mauritanie après avoir raté les fenêtres de juin et septembre.Cherif Ndiaye (1 but en 8 sélections), pour sa part, fait figure d’exception. Transféré cet été de l’Étoile rouge de Belgrade à Samsunspor, il affiche une belle efficacité (3 buts en 5 matchs en Turquie, après 3 buts et 2 passes décisives en Serbie).
Il revient fort au bon moment et pourrait bien s’inviter dans la discussion.Trouver l’équilibreLe dilemme de Pape Thiaw n’est pas seulement arithmétique. Il est aussi tactique. Avec dix profils différents pour animer les trois postes de devant, le sélectionneur devra décider quel type d’attaque il souhaite aligner au Maroc.
Une ligne rapide et mobile autour de Mané, Ndiaye et Sarr ? Ou un trio plus axial, avec un vrai numéro 9 capable de peser dans la surface ?
L’autre inconnue réside dans la polyvalence. Sadio Mané, repositionné à plusieurs reprises en pointe, offre des solutions qui pourraient rebattre les cartes. Si le capitaine des Lions est utilisé dans l’axe, la place des buteurs « naturels » se réduit considérablement, laissant entrevoir une hiérarchie resserrée à deux voire trois véritables avant-centres pour la CAN.
Les deux tests face au Brésil et au Kenya ne seront donc pas de simples matchs amicaux. Pour Pape Thiaw, ils serviront de baromètre. Le Brésil, adversaire de prestige, permettra de jauger la capacité des attaquants à exister face à une défense de haut niveau mondial. Le Kenya, plus abordable, offrira un cadre pour tester des combinaisons et évaluer les automatismes.À ce stade de la préparation, il ne s’agit plus de découvrir, mais de trancher.
Le sélectionneur devra réduire son groupe à une liste resserrée, avec des choix forcément douloureux. Entre la forme du moment, les équilibres collectifs et le vécu en sélection, la balance sera délicate à ajuster.
Un luxe à gérer
Ce « problème de riches », comme aiment à le dire les entraîneurs, pourrait se transformer en casse-tête. Car, si le Sénégal dispose d’un réservoir dense en attaque, il faudra bien que certains restent sur le quai. Et dans un groupe où chacun nourrit l’ambition légitime de disputer la CAN, les frustrations seront inévitables. Pour Pape Thiaw, l’enjeu sera donc de transformer cette abondance en atout collectif afin d’éviter l’erreur de Bata 2012. La concurrence, si elle est bien gérée, peut devenir un formidable moteur de performance.
Mais elle peut aussi fragiliser l’équilibre d’un vestiaire si les ego prennent le dessus.À un peu plus d’un mois du grand rendez-vous continental, le Sénégal avance avec l’un des plus beaux potentiels offensifs d’Afrique. Encore faut-il trouver la bonne formule. Entre certitudes et promesses, entre hiérarchie et surprises, Pape Thiaw a désormais deux matchs pour trancher. Et éviter que la richesse de son attaque ne devienne son plus grand dilemme.
Mouhamed DIEDHIOU

