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DANS UNE NOUVELLE DIMENSION EN CLUB ET EN SELECTION: Iliman Ndiaye, l’artiste devenu patron

Auteur d’un but d’anthologie face à Sunderland, Iliman Ndiaye confirme semaine après semaine qu’il a changé de dimension. Plus décisif, plus constant, l’international sénégalais d’Everton s’impose désormais comme le cœur battant d’Everton et l’un des talents les plus inspirants de Premier League.

Il n’a pas seulement marqué un but, lundi soir au Stadium of Light de Sunderland. Iliman Ndiaye (Everton) a signé une œuvre. Un slalom géant, une démonstration de souplesse et de sang-froid, un but de joueur différent. Quatre adversaires éliminés, un crochet final et une frappe du gauche en pleine lucarne pour conclure un récital face à Sunderland (1-1). Le stade en est resté bouche bée, puis a fait exploser les supporters des Toffees qui ont fait le déplacement. Car c’était du pur Iliman, ce mélange rare de spontanéité, d’élégance et de verticalité.

L’homme-clé d’un Everton en reconstruction

Pour la première fois cette saison à Everton, le Sénégalais a marqué sans que les Toffees ne s’imposent. Mais le symbole est ailleurs. Ce but, plus que les trois précédents, dit beaucoup de la dimension nouvelle qu’a prise Ndiaye cette saison. Quatre réalisations et une passe décisive en dix matchs de Premier League, soit une implication directe sur la moitié des buts de son équipe. Dans une formation en reconstruction, encore hésitante dans le jeu, il est devenu le fil conducteur, le joueur autour duquel tout s’articule.

Sorti en fin de match, la main sur la cuisse, David Moyes a vite rassuré sur son état n : « Je ne pense pas que ce soit grave. Il a eu une petite crampe, ça l’inquiétait un peu. C’était un but magnifique, du pur Ili. Il a un jeu de jambes incroyable ». Les mots de son entraîneur sonnent comme un hommage à un artiste en pleine confiance.Les observateurs ne s’y trompent pas. Jamie Carragher, consultant de Sky Sports, n’a pas caché son admiration.

« C’est un joueur absolument fabuleux. Je l’ai vu contre Manchester City, et on aurait dit un joueur de City jouant pour Everton. On parle de Grealish, de Dewsbury-Hall, mais Ndiaye est le meilleur joueur d’Everton. Il l’était déjà la saison dernière, et il l’est encore cette saison », dit-il.

« Il a pris conscience de sa capacité à peser sur le sort d’un match »

Une analyse partagée par le journaliste à Sport News Africa, El Hadji Malick Sarr, qui voit dans cette métamorphose une évolution majeure. « Iliman Ndiaye a longtemps été un joueur intermittent du spectacle : capable, sur une seule action, de faire éclater son talent avant de disparaître ensuite du match. Iliman a un don rare, une relation exceptionnelle avec le ballon.

Entre ses débuts en sélection et son passage à l’Olympique de Marseille, il brillait souvent loin de la zone de vérité. À quarante ou cinquante mètres du but adverse, il pouvait enchaîner un geste de classe, une inspiration, mais sans véritable continuité pour créer le danger », souligne-t-il.

« Depuis quelque temps, Iliman Ndiaye est passé dans une autre dimension. Il a pris conscience de son potentiel et de sa capacité à peser sur le sort d’un match. Il n’est plus ce joueur qui se contente d’éblouir par séquences. Il est devenu un game-changer, un joueur capable de décider du résultat d’une rencontre. Désormais, il inspire la crainte chez ses adversaires, car il peut frapper à tout moment. Il a énormément progressé dans l’efficacité et le dernier geste. Il marque, il délivre des passes décisives, et assume pleinement son statut de leader technique d’Everton, malgré l’arrivée de Jack Grealish », indique El Hadji Malick Sarr.

Le talent devenu influence

À 25 ans, le gamin de Rouen, passé par Sheffield United et l’Olympique de Marseille avant de rallier la Mersey, a franchi un cap. Sa palette technique, sa capacité à créer dans les petits espaces et à porter le ballon sur 30 mètres font de lui l’un des joueurs les plus excitants du moment. Surtout, il a gagné en constance, en maturité. Fini le joueur intermittent, place à un cadre, un guide.

Cette montée en puissance trouve naturellement un prolongement en sélection. Sous la houlette de Pape Thiaw, Iliman Ndiaye (3 buts et 6 passes décisives en 31 sélections) s’affirme désormais comme un élément clé des Lions de la Téranga, ce joueur capable de faire basculer une rencontre d’un simple éclair à l’image de son but contre la Mauritanie ou de sa passe décisive pour Ismaïla Sarr contre le Soudan du Sud il y a quelques semaines.

« Il est devenu une pièce maîtresse depuis la nomination de Pape Thiaw à la tête des Lions. Il incarne de plus en plus ce rôle de leader créatif et décisif que l’équipe attendait », souligne El Hadji Malick Sarr, admiratif devant la maturité nouvelle du meneur d’Everton.

Nommé pour le titre de Joueur africain de l’année par la CAF et pour le Ballon d’Or Sénégalais décerné par l’ANPS, Ndiaye symbolise cette génération de footballeurs décomplexés, conscients de leur valeur et décidés à imposer leur empreinte. Chez lui, la technique n’est plus un ornement, elle est devenue une arme. L’efficacité, une obsession.

Everton a trouvé son joyau, le Sénégal une autre arme de dissuasion en attaque. Et si ce but magique contre Sunderland n’était qu’un prélude ? Celui d’une saison où Iliman Ndiaye passera définitivement du statut d’artiste inspiré à celui de patron accompli. Un joueur dont le talent ne se contemple plus seulement, mais s’impose, irrésistiblement.

Mouhamed DIEDHIOU