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Présidentielle en Tanzanie: les tensions persistent, la population reste confinée

Au lendemain d’élections présidentielle et parlementaires ponctuées de manifestations et de violence, la situation était toujours tendue ce jeudi 30 octobre en Tanzanie, où les heurts se sont poursuivies dans la capitale économique Dar es Salaam.

Au lendemain d’une journée électorale marquée par des manifestations et des violences, les heurts se sont poursuivis ce jeudi en Tanzanie. À Dar es Salaam, la capitale économique, des détonations ont encore retenti jusque dans la soirée dans certains quartiers. Des témoins racontent avoir vu la police agresser des manifestants à coup de matraque, et leur demander de se rouler par terre dans la boue, pour les humilier. En raison du couvre-feu décrété mercredi soir et toujours en vigueur, les écoles et commerces étaient fermés, et toute personne qui souhaitait sortir était incitée par les forces de l’ordre à rentrer chez elles.Dans de telles conditions, difficile de se faire une image claire de la situation. D’autant que les connexions internet et 4G qui avaient été rétablies pendant quelques heures dans la journée ont de nouveau été coupées, rapporte notre correspondante sur place, Élodie Goulesque. Mais les rares informations qui parviennent à filtrer semblent indiquer que la révolte populaire a gagné de nombreuses villes : Arusha, Kigoma, Mwanza, Songwe… À Arusha, la situation était aussi particulièrement tendue. Une habitante rapporte avoir entendu des coups de feu jusqu’en début de soirée, et s’inquiète du prolongement de ce confinement. « Ici, on vit au jour le jour, surtout les taxis-motos. Ça ne pourra pas continuer longtemps ! », prévient-elle« La pire situation que j’ai jamais vue »Les quelques témoins joignables rapportent un large déploiement des forces de sécurité. Boniface Mwabukusi, président de la Tanganyika Law Society (TLS) et défenseur des droits de l’homme dans la région de Mbeya, dans le sud-ouest du pays, décrit un « chaos ». « Des gens se sont fait tirer dessus à balles réelles par la police. Elle tire sur des gens sans défense, qui sont assis devant leur maison, ou qui circulent dans les rues. Des gens ont été arrêtés, frappés, et même tués », rapporte-t-il au micro de Liza Fabbian, du service Afrique de RFI. « J’ai vécu et observé de nombreuses élections, peut-être quatre ou cinq, et c’est de loin la pire situation que j’ai jamais vue. »Selon un bilan non officiel, plus d’une centaine de personnes auraient été tuées en deux jours, et de nombreuses autres blessées. Aucun appel au calme n’a encore été lancé par le gouvernement, qui s’est contenté de renouveler son message pour encourager le télétravail.Dans une déclaration à la télévision d’État, le chef des armées Jacob Mkunda a qualifié de « criminels » les manifestants s’étant violemment opposés au régime mercredi. « Je demande aux criminels de s’arrêter immédiatement, sans quoi les forces de défense prendront des actions légales contre eux », a-t-il averti. De quoi clarifier la position de l’armée alors que des images montrant des militaires totalement passifs près de manifestants avaient fait dire mercredi au parti d’opposition Chadema que l’armée protégeait les manifestations.