CONVOCATION A LA SECTION DE RECHERCHES: Pape Malick Ndour entendu à Colobane, puis relâché sans poursuite
Convoqué ce lundi à la Section de Recherches de la gendarmerie de Colobane, l’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, a été entendu dans le cadre de l’enquête sur les violences politiques survenues entre 2021 et 2024. Après environ une heure d’interrogatoire, il a pu regagner son domicile sans qu’aucune mesure ne soit prise contre lui. Son avocat dénonce néanmoins une procédure irrégulière, rappelant qu’un ancien membre du gouvernement ne peut être entendu qu’après une mise en accusation par l’Assemblée nationale.
L’audition de Pape Malick Ndour s’inscrit dans la vaste enquête ouverte par la justice sénégalaise sur les violences politiques ayant marqué la période 2021-2024, durant laquelle près de 80 personnes ont perdu la vie à travers le pays. Ces violences, survenues à la suite des tensions politico-judiciaires de l’époque, continuent de susciter une forte attente d’éclaircissement de la part des familles des victimes et de la société civile.
L’ancien ministre avait annoncé lui-même, lors d’un point de presse tenu dimanche après-midi, qu’il répondrait à la convocation. Sa comparution devant les enquêteurs intervient également après un épisode tendu à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), où il avait été interpellé puis interdit de voyager à destination de la France pour « vérifications administratives », dans la nuit du samedi au dimanche.
Une audition calme, mais scrutéeL’entretien, conduit dans les locaux de la Section de Recherches de Colobane, a duré un peu plus d’une heure. Selon des sources proches du dossier, les enquêteurs ont souhaité obtenir sa version sur les violences enregistrées dans plusieurs localités, notamment à Dakar, Ziguinchor et Kaolack, lors des heurts entre forces de l’ordre et manifestants.L’échange, décrit comme « courtois mais ferme », a porté sur plusieurs points, notamment sur des dénonciations portant sur les événements de 2021 à 2023.
Pape Malick Ndour a indiqué ne rien en savoir. Et lorsque les enquêteurs ont tenté d’aborder des aspects plus personnels, comme son parcours scolaire et professionnel, M. Ndour a exprimé ses réserves, jugeant ces questions « hors de propos ». Car, n’ayant rien à voir avec l’objet de sa convocation.Plainte et précisions procéduralesSelon l’ancien ministre, la convocation lui a été remise à la suite d’une plainte déposée par l’activiste Pape Abdoulaye Touré, qui l’accuse d’actes de torture.
Toutefois, le commandant chargé de l’enquête a tenu à préciser que l’audition n’était pas liée à cette plainte individuelle, mais s’inscrivait dans le cadre général des investigations sur les violences politiques.Aucune question relative à cette accusation n’a été abordée au cours de la séance. « Mon client a été entendu uniquement dans le cadre de l’enquête générale. Rien dans le dossier ne permet d’établir une quelconque responsabilité de sa part », a indiqué son avocat, Me El Hadji Diouf.
Au terme de l’audition, Me Diouf a tenu à rappeler un principe constitutionnel fondamental. « La Constitution sénégalaise est claire : un ancien membre du gouvernement ne peut être entendu qu’après une mise en accusation par l’Assemblée nationale », a-t-il insisté, soutenant ainsi que la démarche des enquêteurs viole le principe d’immunité procédurale réservé aux anciens ministres.
Il a néanmoins salué le calme et la coopération de son client, qui a répondu à toutes les questions sans incident.Aucune mesure restrictive prononcéeAprès cette audition, aucune mesure coercitive n’a été décidée à l’encontre de Pape Malick Ndour, qui a quitté librement les locaux de la gendarmerie.
« Il reste disponible pour la justice, mais tient à ce que ses droits soient respectés », a précisé Me Diouf.Cette audition fait partie d’une série de convocations de victimes ou de leurs familles et d’anciens responsables du pouvoir sous Macky Sall engagées par la Section de Recherches pour éclairer les violences de 2021-2024. Les enquêteurs poursuivent leurs investigations afin de déterminer les responsabilités politiques et administratives dans la chaîne des événements.
Mame Ndella FAYE

