BAABA MAAL ET LE « DAANDÉ LENOL »: 40 ans de musique, de mémoire et de transmission
Le Grand Théâtre National de Dakar et l’Arène Nationale de Pikine vont vibrer, les 11 et 25 octobre prochains, au rythme d’une célébration historique : les 40 ans de l’orchestre « Daandé Lenol », fondé par Baaba Maal. Une commémoration sous le signe de la reconnaissance, de la mémoire et du partage intergénérationnel qui va s’étaler jusqu’en juin 2026 à travers une tournée international.
Le Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose de Dakar et l’Arène Nationale de Pikine, vont vibrer, les samedis 11 et 25 octobre prochains, au rythme d’une rencontre exceptionnelle entre l’histoire et la musique. Baaba Maal, icône de la culture sénégalaise et figure majeure de la musique africaine, y lancera les célébrations du 40e anniversaire de son orchestre : le « Daandé Lenol ». Un événement à la fois festif et symbolique, placé sous le signe de la mémoire, de la transmission et de l’universalité.« Quarante ans, c’est toute une vie », glisse l’artiste du Fouta.
Pour marquer cet anniversaire, une série de manifestations se déroulera jusqu’en juin 2026, au Sénégal et en Europe : expositions retraçant l’histoire du groupe, concerts, hommages et résidences artistiques. La première étape sera une soirée au Grand Théâtre de Dakar, en présence du chanteur guinéen Sekouba Bambino et de Youssou Ndour, invité d’honneur, samedi prochain, 11 octobre.
« Cette célébration est avant tout un remerciement au public qui nous a accompagnés toutes ces années, mais aussi un hommage à ceux qui ne sont plus là : Mansour Seck, Mbassou Niang… Nous ferons en sorte qu’ils soient présents sur scène, par leurs voix et leurs images », confie Baaba Maal, la voix chargée d’émotion.Les débuts d’un rêve : de « Wandama » à « Daandé Lenol »Créé en 1985, le « Daandé Lenol » (la voix du peuple en pulaar) n’est pas qu’un orchestre. C’est une vision culturelle et identitaire portée par un homme qui rêvait d’une musique à la fois enracinée et ouverte.Baaba Maal revient sur ces débuts.
« Nous, les Halpulaars, sommes très conservateurs. Beaucoup ne comprenaient pas que je veuille délaisser les Xodou et les Djembés pour jouer avec une guitare électrique, une batterie ou un clavier », explique l’artiste, auteur, compositeur et interprète. Issu du « Lasli Fouta » avec Mansour Seck et Mbassou Niang, il crée d’abord un petit ensemble, « Wandama », avant de fonder le « Daandé Lenol ».
Leurs premières prestations au stadium Amadou Barry furent un tournant. « Le stadium était devenu trop exigu pour nous. On est alors allé au grand stade de football et c’était pareil. Je me suis rendu compte qu’on avait créé quelque chose de fort, qui parlait autant à ma communauté qu’à ceux qui ne comprenaient pas notre langue », confesse Baaba. L’appui de figures comme Samba Thiam, alors à la Radio Sénégal, fut décisif.
« Il a cru en nous dès le premier jour. Il disait toujours : ‘Baaba Maal ira loin’ », se souvient-il.
Une aventure humaine et spirituelle
En quarante ans, « Daandé Lenol » a connu des tournées mondiales, des albums mythiques (Bayo, Firin’ in Fouta, Lam Toro, Missing You…), des collaborations avec des artistes internationaux – jusqu’à Hollywood, où la voix de Baaba Maal a marqué les bandes originales des films qui ont marqué le cinéma Américain tels « Black Panther » ou « La Chute du faucon noir », entre autres.
Mais derrière la gloire, demeure une philosophie : le collectif, la loyauté et le respect. « Nous sommes une famille. Le respect entre musiciens et envers notre public nous a maintenus unis. Nous n’avons jamais voulu trahir notre communauté, ni notre pays. ‘Daandé Lenol’ est une institution, et nous devons la préserver », confie-t-il.
Face à la presse, ce samedi, vêtu d’un boubou mauve trois pièces, l’enfant du Fouta incarne l’élégance et la fidélité à ses racines. Il évoque aussi les moments qui ont marqué sa vie d’artiste, notamment sa rencontre avec Nelson Mandela.
Une rencontre qui a marqué une vie
« La musique m’a permis d’aller jouer à Johannesburg. J’ai demandé à rencontrer Nelson Mandela. L’organisation m’a répondu : ‘On ne promet rien, mais on va essayer’. Une semaine avant le voyage, on m’a appelé pour dire que c’était bon. Le président Mandela va te recevoir samedi à 10 heures », renseigne-t-il.
Il raconte ce moment unique avec une émotion intacte, d’un voix tremblotante. Il dit : « Je me suis rendu à Pretoria à 10 heures du matin. Au hasard d’une cérémonie avant le voyage, j’ai rencontré le président Abdou Diouf et je lui ai dit je dois voir Mandela. Il m’a dit je vais te donner une lettre que tu lui remettra. J’ai remis la lettre. J’avais aussi fait confectionner un grand boubou trois pièces par Maguèye Ndir, et je le lui ai offert. Il m’a dit fait moi porter le boubou. Voir Mandela porter ce boubou sénégalais, c’était une joie que je ne saurai jamais décrire ».
Mais derrière le sourire, il évoque aussi la douleur de la perte de Mansour Seck, son frère de cœur. « C’était mon jumeau. Nous ne nous sommes jamais disputés », lache-t-il avec beaucoup de peine.
Un message aux jeunes : croire, créer, persévérer
Baaba Maal profite de cet anniversaire pour adresser un message vibrant à la jeunesse africaine : « Croyez en vous-mêmes, ne courbez jamais l’échine. Regardez droit devant vous. L’Afrique n’est pas le continent du futur, c’est celui du présent ».Pour transmettre son héritage et accompagner les nouveaux talents, il vient de lancer « Blues Connexion », une maison de production dédiée aux jeunes artistes africains, soutenu par les grandes firmes qui l’ont porté, Island Record et Mango. Un projet pensé comme un pont entre générations et continents.L’artiste engagéS’il n’est pas homme de partis, Baaba Maal reconnaît que sa musique est profondément politique. « Un musicien fait de la politique à travers ses thèmes.
La chanson ‘Soukonayo’ m’a valu d’être interdit de séjour en Mauritanie pendant 10 ans. Parce que je prenais position pour des prisonniers noirs. Et ‘Dental’, écrite à Paris, parle de la responsabilité des dirigeants élus. Si je la chantais pendant une campagne, on croirait que je m’adresse à certains candidats ! », relève le chanteur qui, dans un rire, s’empresse de préciser : « C’est une chanson universelle, qui parle à toutes les époques ».
Quarante ans après sa création, « Daandé Lenol » reste l’un des symboles les plus puissants de la musique africaine contemporaine : un pont entre tradition et modernité, entre le Fouta et le monde. Selon Baaba Maal, cette célébration, étalée sur un an, sera une fresque vivante, une manière de dire merci, de transmettre et de continuer à chanter la voix du peuple : « Daandé Lenol ».
Adama AIDARAOUMAR WADE, MANAGER DU « DAANDÉ LENOL »
« Baaba Maal, le décodeur du folklore pulaar »Manager du « Daandé Lenol » et compagnon de route, Oumar Wade dévoile les coulisses d’une amitié et d’une aventure artistique exceptionnelle.« Baaba Maal a révolutionné la musique halpulaar. Si le folklore musical pulaar était un logiciel, il en serait le décodeur et le détenteur du mot de passe », declare-t-il.
Il se confie sur les années partagées : « Baaba Maal, c’est un être humain comme tout le monde. Il a ses humeurs, parfois il se fâche. Il y a eu une période, vers 2006, où il fumait et paraissait souvent de mauvaise humeur. Mais c’est un homme au grand cœur, loyal, généreux, toujours prêt à aider ».Selon lui, la stabilité du groupe vient de cette fidélité. « Baaba est loyal envers ses musiciens et ses amis. C’est ce qui a permis au ‘Daandé Lenol’ de rester uni pendant quarante ans », souligne Oumar Wade.
Adama AIDARA

