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DIASPORA BONDS, EMPRUNT OBLIGATAIRE, APPEL A L’EPARGNE, MATURITE, COUPONS…Comprendre l’opération de 300 milliards FCFA du Sénégal

Les autorités Sénégalaises ont officiellement lancé, jeudi dernier, un emprunt obligataire de 300 milliards de francs CFA, auquel les expatriés sénégalais sont fortement encouragés à souscrire, avec des taux d’intérêt allant de 6,40 % à 6,95 % selon la durée. Mais au-delà des chiffres bruts, il est essentiel de définir ces termes économiques, encore très peu connus du public sénégalais.

C’est l’une des décisions fortes de la loi des finances 2025 : le Sénégal fera recours aux « Diaspora Bonds » afin de diversifier l’endettement en monnaie locale.

En quoi consiste ce concept ?

Il s’agit de souscriptions participatives sous forme d’emprunts obligataires ouverts par le gouvernement auprès des compatriotes expatriés. Les « Diaspora Bonds » constituent ainsi un instrument financier d’investissement à moyen et long terme.Selon l’économiste Mamadou Ngom, les « Diaspora Bonds » sont des formules d’emprunt obligataire souscrites par des investisseurs africains.

Pour le cas du Sénégal, ce sont les Sénégalais de la diaspora qui deviennent des prêteurs, précise-t-il, non sans rappeler que le « Diaspora Bond » reste ouvert à tous les expatriés.Quant au Dr Yankhoba Mané, professeur à Sciences Po, il estime que les « Diaspora Bonds » sont des titres obligataires destinés prioritairement à la diaspora. Selon lui, il s’agit d’une stratégie visant à lever des ressources en privilégiant spécifiquement la diaspora nationale.

Dans une tribune intitulée « Les Diaspora Bonds : une alternative stratégiquement souveraine pour le financement du Projet Sénégal 2050 », Babacar Sané Ba, ancien banquier d’affaires, souligne que, contrairement aux Eurobonds qui exposent les économies émergentes à des risques de change, à des fluctuations des taux d’intérêt internationaux et à des pressions spéculatives, les « Diaspora Bonds » s’appuient sur un capital social et émotionnel unique.

En mobilisant l’attachement patriotique des Sénégalais vivant à l’étranger, ces instruments de financement permettent de lever des fonds à des conditions plus favorables, tout en renforçant l’engagement direct de la diaspora dans le développement national.

Autre avantage, ces obligations réduisent la vulnérabilité financière liée aux fluctuations des devises, puisqu’elles peuvent être libellées en monnaie locale ou dans des devises fortes détenues par la diaspora. Contrairement aux Eurobonds – qui sont des obligations internationales destinées aux investisseurs institutionnels et aux marchés financiers mondiaux -, les Diaspora Bonds sont spécialement conçus pour mobiliser l’épargne de la diaspora d’un pays.

Ils visent à financer des projets structurants dans le pays d’origine et à renforcer le lien émotionnel et financier entre la diaspora et son pays, tandis que les Eurobonds poursuivent des objectifs plus larges sur les marchés internationaux.

Selon les économistes, les investisseurs qui prêtent à travers les Diaspora Bonds reçoivent, en contrepartie, des intérêts appelés « coupons », calculés en fonction de la durée de vie de l’obligation.

Pour sa part, Boubacar Camara estime qu’il est important de mettre en place des incitations fiscales attractives, telles que des exonérations d’impôts sur les intérêts générés par ces obligations, ainsi qu’une campagne de sensibilisation ciblée.

Il ajoute que l’intégration de mécanismes participatifs, comme la possibilité pour les membres de la diaspora d’influencer le choix des projets financés, renforcerait leur sentiment d’appartenance et leur engagement.

Le Sénégal pourrait également s’inspirer des succès de pays comme l’Inde, qui a levé des milliards de dollars grâce aux Diaspora Bonds pour financer des infrastructures critiques, ou encore Israël qui, depuis plusieurs décennies, mobilise des ressources auprès de sa diaspora avec une constance remarquable.

Un emprunt obligataire, qu’est-ce que c’est ?

Dans l’objectif de diversifier leurs sources de financement et de disposer de ressources financières plus longues, les entreprises, les États et les collectivités territoriales peuvent emprunter sur un marché financier, par exemple à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) de l’UEMOA.

À ce titre, ces émetteurs (États, entreprises privées, entreprises publiques, collectivités territoriales) peuvent réaliser un « emprunt obligataire ». Celui-ci consiste à émettre des obligations, c’est-à-dire des titres de créance négociables assimilables à une dette pour l’entité émettrice.« L’Appel Public à l’Épargne (APE) est un mécanisme de financement de l’économie nationale via la mobilisation de l’épargne des particuliers (ménages en général) », explique le Dr Mané.

Dans ce cadre, les émetteurs reçoivent de l’argent en prêt de la part des souscripteurs (investisseurs) de ces titres.Il convient de préciser que, lors d’un emprunt obligataire, l’émetteur et le souscripteur signent un contrat fixant la maturité (durée du prêt) et le taux d’intérêt. Les souscripteurs reçoivent, en contrepartie, un revenu fixe ou régulier selon un échéancier établi dès le départ.

Appel public à l’épargne, qu’est-ce que c’est ?

Une entreprise ou un État procède à un Appel public à l’épargne (APE) lorsqu’il propose des titres (actions ou obligations) au public afin de mobiliser des ressources financières sur le marché.Pour ce faire, plusieurs moyens peuvent être utilisés : le démarchage, la publicité, ou encore la sollicitation des établissements de crédit et des prestataires de services d’investissement.

L’entité qui choisit ce mécanisme doit obligatoirement mettre à la disposition des investisseurs toutes les informations nécessaires sur l’opération (note d’information, dépliant, bulletin de souscription, etc.).

Qu’est-ce que la titrisation des créances ?

La titrisation de créances est un mécanisme financier qui transforme des actifs peu liquides (comme des prêts ou des factures clients) en titres financiers négociables sur le marché. Elle permet aux entreprises ou aux banques de générer des liquidités en cédant des portefeuilles de créances à un fonds spécialisé, lequel émet ensuite des titres adossés à ces créances pour les proposer à des investisseurs.

Quelle sera la période de souscription ?

Dans le cas de la dernière levée de fonds de 300 milliards du Sénégal, les souscriptions à l’emprunt obligataire seront ouvertes du 22 septembre au 10 octobre 2025, soit une durée de 19 jours. Toutefois, la période pourra être raccourcie, prolongée ou déplacée à la discrétion de l’émetteur (l’État du Sénégal), après avis de l’Autorité des Marchés Financiers de l’UEMOA (AMF-UMOA).

Quelle est la maturité de l’emprunt ?

L’opération, qui porte sur 300 milliards de FCFA, est structurée en quatre tranches : Émission A : 60 milliards FCFA, maturité de 3 ans in fine. Émission B : 100 milliards FCFA, maturité de 5 ans avec 1 an de différé partiel. Émission C : 80 milliards FCFA, maturité de 7 ans avec 2 ans de différé partiel. Émission D : 60 milliards FCFA, maturité de 10 ans avec 2 ans de différé partiel

Quels sont les taux d’intérêt ?

Pour l’émission A, le taux d’intérêt est de 6,40%. Pour l’émission B, ce taux est de 6,60%. Pour l’émission C, il est de 6,75%, alors que pour l’émission D, le taux est fixé à 6,95%.

Comment se feront le paiement des intérêts et le remboursement du capital ?

Intérêts : Payables semestriellement à partir de la date de jouissance des titres, ou le jour ouvré suivant.Remboursement du capital. Pour l’émission A, c’est un amortissement in fine. Pour l’émission B, c’est un amortissement constant semestriel, différé partiel de 12 mois. Pour l’émission C, c’est un amortissement constant semestriel, différé partiel de 24 mois, Et pour l’émission D, on est dans un amortissement constant semestriel, différé partiel de 24 mois

Les revenus sont-ils fiscalisés ?

Les revenus liés à ces obligations sont exonérés de tout impôt pour les investisseurs résidant au Sénégal. Pour les non-résidents, ils sont soumis à la législation fiscale en vigueur dans leur pays au moment du paiement des intérêts et du remboursement du capital.

Abdoulaye DIAO