International

Crash du vol Rio-Paris: ouverture du procès en appel, seize ans après la catastrophe

À l’issue d’un premier procès en 2022, Air France et Airbus, poursuivis pour « homicides involontaires », avaient été relaxés par le tribunal correctionnel de Paris. Ce lundi 29 septembre, le procès en appel débute. Il ravive l’espoir d’une condamnation chez les familles de victimes.
Ophélie Toulliou est partagée. « Je suis usée après seize années de procédure, mais également satisfaite qu’un second procès démarre ». Son frère aîné, Nicolas, est l’une des victimes de l’accident du vol reliant Rio de Janeiro à Paris, le 1er juin 2009. « Pour nous, c’est une seconde chance d’avoir enfin des sanctions contre Air France et Airbus. »

En octobre 2022, après plus de dix ans d’une enquête interminable et d’innombrables rebondissements pour les familles de victimes, un procès démarre enfin. Au tribunal correctionnel de Paris, sur le banc des prévenus, deux sociétés : Air France et Airbus. Elles sont jugées pour « homicides involontaires ». Treize ans plus tôt, le vol AF447 de la compagnie Air France disparaissait des radars au-dessus de l’océan Atlantique, quelques heures après son décollage du Brésil.

Cinq jours après l’accident, les premiers débris sont localisés, les premiers corps repêchés. La carcasse principale de l’Airbus A330-203 ainsi que les boîtes noires ne seront remontées à la surface que deux ans plus tard, en 2011. L’accident a causé la mort de 228 personnes, de 33 nationalités, dont une majorité de Français et de Brésiliens.

« Le premier procès nous a laissé un goût amer »

Avril 2023. Le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement. Stupeur des familles de victimes : la responsabilité pénale d’Air France et Airbus est écartée. Les deux entreprises sont relaxées. Si les juges estiment qu’elles ont bien commis plusieurs « fautes », « aucun lien de causalité certain n’a pu être démontré avec l’accident », ajoutent-ils. Le parquet décide de faire appel du jugement. Le second procès démarre ce lundi 29 septembre.

« La première instance nous a laissé un goût amer, se remémore Ophélie Toulliou, on a l’impression d’être passé à quelques centimètres d’une condamnation ». La sœur de Nicolas se rendra tous les jours à l’audience et prendra en note les débats pour les partager ensuite aux autres parties civiles qui ne pourront pas ou ne voudront pas se rendre au tribunal.

Comme lors du premier procès, l’audience permettra à nouveau d’éclairer l’enchaînement de défaillance qui a conduit à l’accident. Le point de départ est connu : il s’agit du gel des sondes Pitot, accrochées à la carlingue, à l’avant de l’avion. Elles sont essentielles pour permettre aux pilotes d’apprécier l’altitude et la vitesse de l’appareil. Mais en gelant, elles les ont désorientés au point de provoquer un décrochage de l’Airbus A330-203.

« Les pilotes n’étaient pas formés »

« Dans les mois qui ont précédé l’accident, il y a eu une recrudescence des incidents de givrage, mais Airbus n’a pas cru bon devoir changer les sondes Pitot », se désole Danièle Lamy, présidente de l’association Entraide et Solidarité AF447. « Le fabricant des sondes, Thalès, savait qu’elles devenaient inopérantes après 10 000 heures de vol. Celles de l’AF447, en totalisait 19 000. Cet accident était annoncé », poursuit celle qui a perdu son fils dans la catastrophe.

Mais la question des sondes Pitot ne représente qu’une partie de l’accusation. « L’élément central, c’est que les pilotes n’étaient pas formés à une situation de vol avec panne des sondes », estime Alain Jakubowicz, avocat d’une cinquantaine de familles parties civiles à ce second procès. « Sur le moment, Air France et Airbus considèrent qu’une panne des sondes Pitot est tellement peu probable qu’il n’est pas nécessaire de former les pilotes à ce genre de situation. Tout l’enjeu de ce nouveau procès est d’établir la preuve du lien de causalité entre ces fautes et la catastrophe. »

Les deux entreprises nient les accusations. « La compagnie Air France continuera à démontrer, désormais devant la cour d’appel [qu’elle] n’a pas commis de faute pénale à l’origine de cet accident », écrit la société française dans un communiqué. Sollicités, ni les avocats d’Air France ni ceux d’Airbus n’ont souhaité s’exprimer avant le début du procès. Tous disent vouloir réserver leurs arguments pour le tribunal.