Japon: le Premier ministre Shigeru Ishiba démissionne sous la pression de son parti
Le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a annoncé dimanche 7 septembre sa démission, moins d’un an après son arrivée au pouvoir. Âgé de 68 ans, il quitte ses fonctions sous la pression croissante de son propre camp, le Parti libéral-démocrate (PLD), affaibli par les mauvais résultats aux élections sénatoriales cet été
« J’ai décidé de démissionner du poste de président du Parti libéral démocrate », a déclaré le Premier ministre Shigeru Ishiba, en référence au parti au pouvoir au Japon, qui a gouverné presque sans interruption pendant des décennies. « Maintenant que les négociations sur les mesures tarifaires américaines sont arrivées à leur terme, je pense que c’est le moment approprié, a-t-il déclaré pour justifier son changement de position, lors de sa prise de parole dimanche. J’ai décidé de me retirer et de laisser la place à la prochaine génération. »
Cette décision n’est pas une surprise tant le chef du gouvernement était sous pression. Mais Shigeru Ishiba avait jusqu’à présent ignoré ces appels, déclarant mardi encore qu’il « prendrai[t] une décision appropriée le moment venu ».
Arrivé au pouvoir en octobre 2024 après le départ de Fumio Kishida, il était critiqué pour les défaites successives du PLD. Lors des élections sénatoriales du 20 juillet, la coalition dirigée par son parti – composée du Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) et de son allié centriste Komeito – a perdu sa majorité dans cette chambre haute, quelques mois seulement après avoir déjà dû former un gouvernement minoritaire à la chambre basse.
Ce qui est devenu le pire résultat de son parti Liberal démocrate depuis 15 ans est devenu impardonnable, faisant perdre à la formation son long monopole du pouvoir, rapporte notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles.
Selon la principale chaîne de télévision nippone, la NHK, le Premier ministre a préféré se retirer pour éviter des divisions internes, tandis que le quotidien Asahi Shimbun estime qu’il ne pouvait plus résister aux appels croissants à son départ.
La veille au soir, Ishiba a rencontré le ministre de l’Agriculture Shinjiro Koizumi et l’ancien Premier ministre Yoshihide Suga, qui l’ont exhorté à quitter son poste. Quelques jours plus tôt, quatre hauts responsables du PLD, dont le secrétaire général Hiroshi Moriyama, avaient proposé leur démission, accentuant la fragilité de son gouvernement.
Shigeru Ishiba n’est toutefois pas le seul responsable de cette crise politique qui s’ouvre dans un Japon, longtemps présenté comme un modèle de stabilité politique. Les défaites du parti Liberal démocrate s’expliquent par la défiance des Japonais pour leur système politique. La révélation de l’existence de « caisses noires » au sein du parti conservateur, du financement occulte du parti lui-même, ou encore de ses liens avec l’Église de l’unification de la secte Moon, sont révélateurs d’un malaise de la démocratie japonaise. Résultat : près de la moitié des Japonais ne votent pas.
Un paradoxe politique
Cette démission survient alors que la popularité d’Ishiba connaissait un rebond inattendu. D’après un sondage du quotidien Yomiuri, sa cote est passée fin août à 39 % d’opinions favorables, soit une hausse de 17 points en un mois. Un autre sondage du Mainichi le créditait de 33 % de soutien, un record depuis février.
Ce regain est attribué à l’accord commercial signé fin juillet avec les États-Unis. Ce dernier a permis de réduire les droits de douane américains de 25 % à 15 %, ainsi qu’aux mesures de son gouvernement pour contenir la flambée des prix du riz, un facteur majeur d’inflation au Japon.
Alors qu’il avait proposé de nombreuses réformes, dont la création d’une Otan asiatique, Shigeru Ishiba avait trop d’ennemis dans son parti pour le reformer et redonner confiance aux électeurs japonais.
Selon la NHK, le PLD pourrait annoncer dès lundi 8 septembre la tenue d’une nouvelle élection interne pour désigner son prochain chef, et donc le futur Premier ministre. Reste à savoir si le parti dominant saura retrouver sa stabilité après cette crise de leadership.

