En mer Jaune, ces installations chinoises qui irritent la Corée du Sud
Quand des navires envoyés par Séoul tentent de s’approcher des installations piscicoles novatrices, mais déployées sans préavis par les Chinois, selon les Sud-Coréens, au sein de la zone maritime de « mesures provisoires » séparant les deux pays, ils sont accueillis par la garde-côtière adverse. Un sujet de préoccupation, sans doute suivi par l’armée américaine.
Des questions se posent à Séoul, depuis un moment déjà, mais de manière ostensible depuis quelques mois, au sujet des activités menées ces dernières années par la Chine populaire, son voisin, en matière de salmoniculture en milieu ouvert, dans l’étendue d’eau séparant les deux pays, la mer Jaune.
En cause, deux vastes cages d’élevage de poisson, et par-dessus tout, une vieille plateforme d’hébergement offshore « auto-élévatrice » en fonction de la marée, autrement dit un « jack-up », sorti de Dunkerque, en France, en 1982, et acheminé depuis le Danemark en 2021 via le passage arctique du Nord-Est – une première –, avant d’être rénové à Qingdao, puis d’être déployé au loin en 2022.
Si la Convention des Nations unies pour le droit de la mer donne des privilèges à un État dans les 200 milles marins au large de ses côtes, entre la péninsule de Corée et la Chine, les lieux sont trop étroits pour que cette logique puisse s’appliquer, car les revendications des deux rives se chevauchent largement. Alors, depuis la CNDUM, ratifiée par les deux parties, on a discuté de manière bilatérale, entre Sud-Coréens et Chinois, et l’on avait abouti, en 2001, à un accord délimitant, à l’intersection des deux Zones économiques exclusives revendiquées (ZEE), une « zone de mesures provisoires », la PMZ, en attendant un règlement frontalier définitif.
Or, c’est précisément là, côté chinois de la ligne médiane théorique entre les deux nations, certes, mais au-delà de la ligne de revendication des 200 milles marins de la Corée du Sud, que Pékin a déployé son vaste dispositif piscicole, novateur sur le plan technologique, mais sans préavis selon Séoul, à partir de l’année 2018.
« La PMZ avait surtout été créée pour établir un endroit où les deux parties seraient autorisées à pêcher », rappelle pour RFI Harrison Prétat, directeur adjoint du site internet Asian Maritime Transparacy Initiative (AMTI), rattaché au « think tank » Center for Strategic and International Studies (CSIS), basé à Washington et très au fait des contentieux de ce genre.
« Certains détails dans l’accord décrivaient la manière dont les protagonistes étaient censés ne pas interférer avec les activités de pêche de l’autre partie, poursuit-il. Cependant, l’accord ne mentionnait pas explicitement l’aquaculture ou la pisciculture (« fish farming », NDLR), ce qui est le problème qui se pose ici. La Chine a établi ses structures dans la zone partagée. La Corée du Sud affirme que c’est contraire à l’accord, et Pékin rétorque que l’accord ne dit rien sur ce sujet précis et que, par conséquent, on doit supposer que c’est une activité autorisée. »
« Pour nous, le vrai sujet, c’est le type de données collectées »
La ZEE d’un pays ne lui confère pas tous les droits relatifs à la souveraineté, contrairement à la zone comprise dans les douze milles marins. Mais elle offre l’exclusivité en matière d’« exploration, exploitation, conservation et gestion des ressources biologiques », ainsi que l’exercice juridictionnel sur la recherche scientifique ou la protection du milieu marin, sans parler de l’installation de structures, dont les fameux « polders ». La Chine joue sur les mots, car l’accord n’autorise pas l’installation de structures fixes susceptibles d’avoir un impact sur les négociations futures.
Si la position de Pékin est habile, s’engouffrant dans un vide juridique, la Corée du Sud est en droit de redouter, de la part de son riverain, « une présence juridictionnelle rampante sous couvert d’activités civiles ou de pêche », d’autant plus compte tenu des agissements de la RPC dans d’autres zones maritimes contentieuses, et en premier lieu dans les Spratleys. Mais les craintes sont plus précises encore. À court terme, la véritable inquiétude des observateurs, c’est le risque de « double usage », le fait que ces structures puissent déjà mener sur place une deuxième activité dissimulée.
Également jointe par RFI, Jennifer Jun est responsable de projet pour l’analyse d’images satellites au iDeas Lab, et titulaire de la chaire Corée du CSIS. Elle a cosigné, en juin 2025, un rapport inédit sur cette affaire pour le site Beyond Parallel. Et ce n’est pas vraiment le risque d’une possible activité relative au secteur énergétique, qui la préoccupe. La structure centrale, explique-t-elle, s’appelle l’Atlantic Amsterdam. Il est vrai qu’il s’agissait d’une plateforme dédiée au forage pétrolier. « Mais si les données disponibles sont limitées, confie notre interlocutrice, nous n’avons aucune indication, sur les images, d’une activité de ce genre. Pour nous, le vrai sujet, c’est le type de reconnaissance maritime régionale que les données collectées ici sont susceptibles d’apporter à la Chine. »

