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80 ans après Hiroshima, on croit encore trop à «l’arme nucléaire et sa sainte bombe»

Il y a 80 ans, le 6 août 1945, un avion américain larguait une bombe nucléaire sur Hiroshima, puis sur Nagasaki trois jours plus tard. Ces bombardements marquent l’entrée du monde dans l’âge nucléaire. Aujourd’hui, en France, Emmanuel Macron réaffirme sa volonté d’ouvrir le débat sur l’extension de la dissuasion nucléaire française à d’autres pays européens. Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France, campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, alerte sur les dangers de cette politique de défense qui consiste à en posséder comme pouvoir de dissuasion.
Que représentent les 80 ans de l’attaque nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki ? 

Jean-Marie Collin : Les commémorations du 6 et du 9 août n’ont qu’un seul but : rappeler l’impensable pour empêcher qu’il ne se reproduise. Et pour cela, il faut agir. C’est ce pourquoi notre campagne ICAN demande notamment aux parlementaires d’agir. En octobre prochain va être voté le budget de la défense pour 2026 avec une part liée aux armes nucléaires. En 2025, 13 450 euros sont dépensés chaque minute pour l’arsenal nucléaire français. Si ça continue comme ça, l’année prochaine, ce sera probablement près de 14 000 euros. Je crois que l’État cherche à faire des économies… On peut faire des économies de plusieurs milliards en réalisant autrement ces dépenses d’armement, autre part que dans les armes de destruction massive. 

La dissuasion nucléaire française est-elle crédible face à la Russie ?

Je crois qu’il faut être un petit peu sérieux. Ces armes de destruction massive peuvent changer véritablement l’histoire de notre société humaine en cas d’usage volontaire ou involontaire. On s’aperçoit depuis le début des années 50, date de la période de création de cette théorie de la dissuasion nucléaire, que celle-ci ne fonctionne pas, qu’il y a eu de nombreux échecs, de nombreuses failles… Il est temps de penser à la sécurité collective, et c’est pour ça qu’il y a eu des traités créés, notamment celui de non-prolifération nucléaire, ou encore plus récemment le traité d’interdiction des armes nucléaires, qui complète le premier.