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Japon: le Premier ministre Ishiba en danger aux sénatoriales face à la poussée de l’extrême droite

Le Premier ministre conservateur japonais Shigeru Ishiba, issu du Parti libéral-démocrate au pouvoir quasiment sans discontinuer depuis des décennies au Japon, pourrait perdre sa majorité à la chambre haute lors des élections sénatoriales de ce dimanche 20 juillet, après l’avoir perdue à la chambre basse en octobre 2024. L’inflation, les menaces de taxes américaines et l’émergence du parti populiste xénophobe Sanseito déstabilisent la coalition.

Depuis des mois, l’alliance formée par le Parti libéral-démocrate (PLD) et le petit parti du Komeito peine à convaincre les Japonais. Faute de majorité à la chambre basse, l’alliance est contrainte de gouverner en s’appuyant sur des petits partis d’opposition. Le Premier ministre, Shigeru Ishiba, est ainsi revenu sur plusieurs promesses de campagne ces derniers mois.

Le gouvernement ne parvient pas à juguler l’inflation persistante. Les prix du riz ont doublé en l’espace d’un an et un accord commercial avec les États-Unis de Donald Trump, qui menace le Japon de 25% de droits de douane, se fait toujours attendre. Face à cette situation, des petits partis dits antisystèmes empiètent sur le vote du PLD, en mauvaise posture dans les sondages avant ces sénatoriales, où 125 des 248 sièges seront renouvelés.

Le parti d’extrême droite Sanseito cible les étrangers et trouve un écho favorable

Le Sanseito, parti d’extrême droite apparu durant la pandémie de Covid-19, très actif sur les réseaux sociaux, cristallise sur les étrangers toutes les frustrations des Japonais, explique notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles. Le doublement des prix du riz est devenue un paratonnerre de leur mécontentement. Des Japonais viennent à s’en priver, dans un pays où cet aliment est considéré comme un symbole de prospérité et de bonheur.

Pendant ce temps, les touristes étrangers, si nombreux, mènent grand train de vie depuis le plongeon du yen face au dollar et à l’euro. Ils se rendent dans des hôtels, des endroits que les Japonais ne peuvent plus s’offrir, appauvris par l’inflation et la baisse continue des salaires réels. « Les enfants ne mangent plus à leur faim ! », prétend une candidate du Sanseito. Le parti anti-immigration accuse Shigeru Ishiba de négliger ses concitoyens, d’être trop globaliste et pas assez nationaliste. Et il séduit de plus en plus parmi les déçus du PLD, les nostalgiques de l’époque Shinzo Abe, mais aussi au sein de la jeunesse japonaise.

« L’émergence du Sanseito dit aussi quelque chose. Le PLD est constitué de factions et de courants très divers, qui vont de l’extrême droite (…) au centre-droit, limite centre-gauche. Il semblerait que beaucoup ont été déçus après la disparition du Premier ministre Shinzo Abe, qui était lui beaucoup plus proche des courants nationalistes très à droite au sein du PLD, et se reportent sur ce parti Sanseito », analyse la chercheuse Valérie Niquet, maître de recherche à la fondation pour la recherche stratégique, au micro de Jeanne Bartoli.

RFI