ActualitéInternational

Turquie: l’inquiétude d’Ankara face à la guerre entre Israël et l’Iran

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, est attendu en Turquie ce vendredi 20 juin à l’invitation du président Recep Tayyip Erdogan. Une visite importante, dans le cadre des efforts que mènent ces pays voisins pour nouer des relations diplomatiques. Mais les deux dirigeants discuteront aussi de dossiers régionaux, en particulier du conflit en cours entre l’Iran et Israël.

La Turquie, qui partage – comme l’Arménie – une frontière avec l’Iran, suit avec inquiétude l’escalade du conflit entamé il y a une semaine. D’autant que la Turquie mettait en garde, depuis plusieurs mois, contre ce qui est en train de se passer, contre une extension de la guerre par Israël jusqu’en Iran.

Le fait que l’Iran soit un rival régional de la Turquie, le fait qu’elle considère l’Iran – depuis des décennies – comme une force déstabilisatrice dans la région et qu’elle s’oppose aux ambitions nucléaires iraniennes, tout cela ne veut pas dire qu’Ankara se réjouit des frappes israéliennes. Au contraire, le président Erdogan a parlé de « banditisme », « d’attaques terroristes », il a estimé que Téhéran avait le droit « légitime » de se défendre. Il a aussi affirmé que son pays était « en état d’alerte concernant les effets possibles de ces attaques sur la Turquie ».

Outre les inquiétudes liées à l’économie, notamment aux prix du pétrole, et à sa sécurité énergétique – puisqu’elle dépend en partie de l’Iran pour ses besoins en gaz – la première crainte d’Ankara est liée aux frontières.

La Turquie partage 560 km de frontière avec l’Iran. Elle a renforcé ces derniers jours les mesures de sécurité dans la zone frontalière, avec un déplacement très médiatisé du ministre de la Défense et du chef d’état-major.

La crainte n’est pas celle d’une menace militaire, mais migratoire. Si le conflit se prolonge et s’intensifie, la Turquie redoute un afflux de réfugiés iraniens, comme elle avait vu arriver des millions de Syriens au cours de la décennie précédente. Jusqu’ici, toutefois, les autorités affirment qu’il n’y a pas d’augmentation des migrations irrégulières à la frontière turco-iranienne.

Le président Erdogan a proposé de jouer les facilitateurs dans le conflit entre Tel-Aviv et Téhéran. En raison de ses inquiétudes, la Turquie réclame avec insistance une solution diplomatique dans ce conflit et sur la question du nucléaire iranien. Ses relations extrêmement tendues avec Israël depuis le début de la guerre à Gaza empêchent la Turquie de jouer un rôle de médiateur.

Mais elle peut en effet faire passer des messages. Depuis une semaine, le président Erdogan s’est notamment entretenu, à chaque fois à deux reprises, avec son homologue américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezechkian.