{"id":9903,"date":"2018-06-07T23:39:48","date_gmt":"2018-06-07T23:39:48","guid":{"rendered":"http:\/\/toutinfo.net\/?p=9903"},"modified":"2018-06-07T23:39:48","modified_gmt":"2018-06-07T23:39:48","slug":"miracle-ou-mirage-rwandais-faut-il-croire-aux-bienfaits-de-la-revolution-verte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=9903","title":{"rendered":"Miracle ou mirage rwandais: faut-il croire aux bienfaits de la r\u00e9volution verte?"},"content":{"rendered":"<h2>Des Journ\u00e9es europ\u00e9ennes de d\u00e9veloppement au sommet du G7, Paul Kagame, actuel pr\u00e9sident en exercice de l\u2019Union africaine, est invit\u00e9 partout, malgr\u00e9 son troisi\u00e8me mandat officiellement obtenu \u00e0 pr\u00e8s de 99% des suffrages exprim\u00e9s. M\u00eame en France, malgr\u00e9 les accusations r\u00e9ciproques et la suppression de l\u2019enseignement du fran\u00e7ais au primaire, c\u2019est au Rwanda et \u00e0 sa candidate Louise Mushikiwabo que le pr\u00e9sident Emmanuel Macron apporte son soutien pour le poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Francophonie. Le Rwanda est pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement pour l\u2019Afrique et le bon \u00e9l\u00e8ve de la politique de l\u2019aide. Pourtant, tout comme sur la question des droits de l\u2019homme et de la d\u00e9mocratie, de plus de plus de voix se font entendre pour critiquer ce mod\u00e8le qui exclut des fruits de la croissance des millions de paysans rwandais parmi les plus d\u00e9favoris\u00e9s.<\/h2>\n<p>La F\u00e9d\u00e9ration des agriculteurs et des \u00e9leveurs du Rwanda, Imbaraga, ose aujourd\u2019hui le dire tout haut, ce que beaucoup d\u2019observateurs \u00e9trangers n\u2019auraient pas cru possible il y a encore quelques mois. \u00ab\u00a0<em>Le gouvernement fait beaucoup d\u2019efforts, mais les agriculteurs rwandais restent les plus pauvres parce qu\u2019ils d\u00e9pensent aujourd\u2019hui plus qu\u2019ils ne re\u00e7oivent<\/em>\u00a0\u00bb, assure son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Joseph Gafaranga. Une d\u00e9claration que les experts du r\u00e9gime rwandais jugent exag\u00e9r\u00e9e. \u00ab\u00a0<em>Ces paysans sont des assist\u00e9s, le gouvernement d\u00e9pense des millions en subventions et en formation<\/em>\u00a0\u00bb, insiste l\u2019un d\u2019eux. Et pourtant la liste des d\u00e9penses est longue, de l&rsquo;achat des semences et des fertilisants \u00e0 l&rsquo;imposition de taxes r\u00e9elles ou ill\u00e9galement \u00e9tablies par les dirigeants des coop\u00e9ratives ou des autorit\u00e9s locales. Mais des discussions sont en cours entre le gouvernement et la f\u00e9d\u00e9ration paysanne qui a formul\u00e9 une s\u00e9rie de propositions visant \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de vie des paysans les plus pauvres, tr\u00e8s largement majoritaires dans le pays.<\/p>\n<p>Avec la politique d\u2019intensification des cultures mise en place depuis dix ans, le Rwanda s\u2019est inscrit dans la \u00ab\u00a0r\u00e9volution verte\u00a0\u00bb \u00e2prement d\u00e9fendue par la Banque mondiale et le FMI, maintes fois r\u00e9form\u00e9e officiellement pour produire plus de justice sociale, mais toujours aussi critiqu\u00e9e quarante ans pour les in\u00e9galit\u00e9s qu\u2019elle creuse et son co\u00fbt \u00e9cologique. L\u2019id\u00e9e de cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb est simple : avec des semences am\u00e9lior\u00e9es et des fertilisants, la production peut cro\u00eetre et nourrit une population toujours croissante. En Asie, entre 1970 et 1995, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019introduction de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s de bl\u00e9 et de riz, la production agricole a cru de 310 millions \u00e0 650 millions de tonnes par an, alors que la population asiatique a plus que doubl\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les d\u00e9tracteurs de la r\u00e9volution verte, cette politique a eu un co\u00fbt \u00e9cologique \u00e9lev\u00e9 et aurait m\u00eame plong\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 800 millions d\u2019Asiatiques sous le seuil de pauvret\u00e9. Vivre avec moins d\u2019un dollar par jour, c\u2019est le niveau choisi par la Banque mondiale pour d\u00e9finir le seuil de la pauvret\u00e9, selon ses plus \u00e2pres critiques. Certains de ses d\u00e9fenseurs r\u00e9torquent que, sans la R\u00e9volution verte, au vu de la croissance de la population mondiale (quatre milliards de plus d\u2019\u00eatres humains), le nombre de pauvres serait plus \u00e9lev\u00e9 encore. Le d\u00e9bat est presque aussi vieux que l\u2019id\u00e9e, m\u00eame si les Institutions de Bretton Woods promettent \u00e0 chaque r\u00e9forme que la redistribution des ressources sera plus \u00e9quitable.<\/p>\n<p><b>L\u2019\u00e9pineuse question des terres<\/b><\/p>\n<p>\u00ab <em>Il y a beaucoup de rapports d\u2019\u00e9tudes l\u00e0-dessus, ce sont les paysans les plus pauvres qui s\u2019en sortent le moins avec la r\u00e9volution verte, mais au Rwanda, malheureusement, cela constitue une tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de la population<\/em>\u00a0\u00bb, explique Chris Huggins, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Ottawa. Ce dernier a pass\u00e9 plus de quinze ans \u00e0 travailler sur l\u2019\u00e9pineuse question des terres, notamment au Rwanda, il a publi\u00e9 l\u2019an dernier un livre intitul\u00e9 <em>La r\u00e9forme agricole au Rwanda : autoritarisme, march\u00e9s et zones de gouvernance<\/em>. Au pays des Mille Collines, la question des terres reste un sujet sensible. Ce n\u2019est que dix ans apr\u00e8s le g\u00e9nocide qu\u2019une loi encadrant la propri\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, avec pour objectif affich\u00e9 de renforcer les droits des propri\u00e9taires terriens.<\/p>\n<p>Pour enrayer le morcellement des terres, le gouvernement rwandais a interdit de diviser les terres de moins d\u2019un hectare. \u00ab\u00a0<em>M\u00eame si c&rsquo;est une bonne mesure d\u2019essayer d\u2019\u00e9viter les subdivisions \u00e0 l\u2019infini, chaque m\u00e9daille a son revers<\/em>\u00a0\u00bb, explique un membre de la soci\u00e9t\u00e9 civile. \u00ab\u00a0<em>70% des Rwandais n&rsquo;ont que \u00e7a \u00e0 transmettre en h\u00e9ritage \u00e0 leurs enfants<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019autre mesure qui r\u00e9duit la possibilit\u00e9 pour le petit paysan de vendre ou de transmettre sa terre, ce sont les 30\u00a0000\u00a0francs rwandais de frais administratifs, exig\u00e9s jusqu\u2019ici pour enregistrer le titre de propri\u00e9t\u00e9, quelle que soit la taille de la parcelle. Pour le professeur Chris Huggins, cette derni\u00e8re mesure est de nature \u00e0 encourager les petits paysans \u00e0 transmettre ill\u00e9galement leurs parcelles et \u00e0 nuire \u00e0 terme \u00e0 la fiabilit\u00e9 du cadastre que le gouvernement rwandais a mis quatre ans \u00e0 constituer.<\/p>\n<p>Avec 500 habitants au kilom\u00e8tre carr\u00e9, le Rwanda, c\u2019est Ta\u00efwan sans les gratte-ciel, un maillage serr\u00e9 de micro-parcelles cultiv\u00e9es flanqu\u00e9es sur des collines plus ou moins escarp\u00e9es, des agriculteurs, des \u00e9leveurs, des d\u00e9placements de populations depuis l\u2019ind\u00e9pendance et des conflits fonciers \u00e0 foison. Au Rwanda, m\u00eame les mar\u00e9cages sont mis \u00e0 contribution, surtout en saison s\u00e8che. Seuls les parcs, ses volcans et ses gorilles, sont prot\u00e9g\u00e9s. Or depuis le g\u00e9nocide de 1994, la population rwandaise a doubl\u00e9, d\u00e9passant les 13 millions d\u2019habitants. Le nombre de terres cultiv\u00e9es au Rwanda cro\u00eet chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Une surexploitation sur fond de croissance d\u00e9mographique<\/b><\/p>\n<p>Selon le dernier rapport de l\u2019Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), entre 2007 et 2010, le nombre de terres officiellement cultiv\u00e9es a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par dix. Aujourd\u2019hui encore, la F\u00e9d\u00e9ration des paysans et \u00e9leveurs du Rwanda demande au minist\u00e8re de l\u2019Agriculture \u00e0 pouvoir utiliser les terres disponibles le long des rivi\u00e8res, des lacs, \u00e0 l\u2019aider \u00e0 consolider les terres d\u2019altitude. Toutes ces propositions ont \u00e9t\u00e9 favorablement accueillies par le gouvernement tant la pression sur les terres est forte. \u00ab\u00a0<em>Depuis 2012, les femmes peuvent aujourd\u2019hui h\u00e9riter au Rwanda, ce qui est une bonne chose, mais cela rajoute encore de la pression<\/em>\u00a0\u00bb, dit Chris Huggins.<\/p>\n<p>Au Rwanda, c\u2019est dans les milieux ruraux que la croissance de la population reste la plus forte. Sur les collines, les femmes continuent de faire cinq \u00e0 six enfants. \u00ab\u00a0<em>Le nombre d\u2019agriculteurs augmente et la superficie de terres cultiv\u00e9es par famille diminue. Nous avons moins de terres que nos voisins, \u00e7a nous rend moins comp\u00e9titifs, on ne produit pas assez<\/em>\u00a0\u00bb, regrette le patron du syndicat paysan Joseph Gafaranga, quand la production agricole repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 30% du PIB. C\u2019est aussi sur les collines qu\u2019on enregistre les taux de malnutrition chronique les plus \u00e9lev\u00e9s chez les enfants de moins de cinq ans, 37% au niveau national, jusqu\u2019\u00e0 60% dans certains districts selon les statistiques officielles de 2015. Ces districts d\u00e9favoris\u00e9s sont aussi trop souvent ceux qui ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es par la s\u00e9cheresse, les inondations, les invasions de parasites.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Si vous comparez la taille des enfants par rapport \u00e0 leur \u00e2ge, ils sont tr\u00e8s petits, ils ont des probl\u00e8mes d\u2019an\u00e9mie, ils ont du mal \u00e0 suivre \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ils sont condamn\u00e9s \u00e0 ne pas \u00eatre productifs, c\u2019est une g\u00e9n\u00e9ration de perdue<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e9plore un membre de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Comme dans les autres pays qui ont adopt\u00e9 la r\u00e9volution verte, le gouvernement a d\u00fb subventionner les intrants pour permettre aux petits producteurs de pouvoir produire plus, visant non seulement l\u2019autosuffisance alimentaire, mais aussi l\u2019exportation. \u00ab\u00a0<em>Comme la densit\u00e9 augmente, il y a une surexploitation des terres qui n\u00e9cessite d\u2019utiliser beaucoup d\u2019intrants agricoles, en particulier des fertilisants.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>Des prix impos\u00e9s aux paysans<\/b><\/p>\n<p>Le r\u00e9seau europ\u00e9en pour les Grands Lacs, EurAc, va plus loin, en reprenant tout ce qui fait le socle des critiques de la r\u00e9volution verte. \u00ab\u00a0<em>Les politiques du gouvernement ont chang\u00e9 de fa\u00e7on radicale la mani\u00e8re dont les Rwandais produisent de la nourriture et cela d\u00e9grade leur s\u00e9curitaire alimentaire<\/em>\u00a0\u00bb, explique l\u2019un de ses charg\u00e9s de plaidoyer et chercheur sur le Rwanda, Giuseppe Cioffo. Le sorgho, la banane \u00e0 bi\u00e8re et parfois m\u00eame la patate douce, \u00ab\u00a0<em>que l\u2019on peut pourtant r\u00e9colter toute l\u2019ann\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb, ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des cultures destin\u00e9es \u00e0 la commercialisation et \u00e0 l\u2019exportation, un mod\u00e8le \u00ab\u00a0<em>plus risqu\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb face au changement climatique, pas adapt\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0<em>agriculture encore vivri\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb, mod\u00e8le \u00ab\u00a0<em>trop cher<\/em>\u00a0\u00bb aussi pour la majorit\u00e9 des Rwandais et avec un co\u00fbt \u00e9cologique \u00e9lev\u00e9 qui est contraire \u00e0 toute id\u00e9e de durabilit\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Il y a des terres \u00e9rod\u00e9es, des terres qui deviennent infertiles, des semences qui n\u2019ont pas donn\u00e9 la production promise<\/em>\u00a0\u00bb, mart\u00e8le le charg\u00e9 de plaidoyer.<\/p>\n<p>Dans son dernier rapport dat\u00e9 d\u2019avril 2018, l\u2019IRDP partage une partie de ces conclusions, mais soutient que les faiblesses observ\u00e9es sont moins du fait de la politique en elle-m\u00eame que dans sa mise en \u0153uvre. \u00ab\u00a0<em>On ne peut pas nier que dans la politique d\u2019intensification des cultures (CIP), il y a une vision. Sur le papier, ce mod\u00e8le se veut \u00e9quitable<\/em>\u00a0\u00bb, explique son directeur, Eric Ndushabandi. Dans les textes, la CIP est cens\u00e9e permettre aux petits paysans r\u00e9unis en coop\u00e9rative de \u00ab\u00a0<em>consolider leur terre<\/em>\u00a0\u00bb, en produisant suivant les instructions du gouvernement une culture d\u00e9sign\u00e9e comme favorable pour son district.<\/p>\n<p>Au niveau national, toutes ses productions devaient amener \u00e0 cr\u00e9er une alimentation peu ch\u00e8re et diversifi\u00e9e pour les Rwandais. Mais selon l\u2019enqu\u00eate de satisfaction men\u00e9e par l\u2019IRDP, 47% des paysans interrog\u00e9s disent ne pas \u00eatre int\u00e9ress\u00e9s par cette politique, persuad\u00e9s apr\u00e8s dix ans de mise en \u0153uvre qu\u2019elle entra\u00eenerait des famines ou permettrait \u00e0 l\u2019Etat de s\u2019accaparer leurs terres. Cette insatisfaction envers les r\u00e9formes agraires et fonci\u00e8res est m\u00eame perceptible dans le Citizen Report Card financ\u00e9 par l\u2019ONU et bas\u00e9 sur des statistiques produites par le comit\u00e9 de gouvernance du Rwanda.<\/p>\n<p>Ce que d\u00e9noncent les paysans et chercheurs, c\u2019est qu\u2019au Rwanda, sans surprise, on est bien loin du mod\u00e8le lib\u00e9ral pourtant claironn\u00e9 par les institutions de Bretton Woods. Dans un pays o\u00f9 presque toutes les voix dissidentes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9es, c\u2019est difficile de n\u00e9gocier. \u00ab\u00a0<em>Le petit paysan n\u2019a pas beaucoup son mot \u00e0 dire sur le prix des semences, des fertilisants, le prix d\u2019achat des r\u00e9coltes. Ce sont les gros vendeurs et acheteurs qui les fixent<\/em>\u00a0\u00bb, explique Joseph Gafaranga, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat paysan. Le docteur Eric Ndushabandi rench\u00e9rit sur ce point\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il y a deux choses que les coop\u00e9ratives ne doivent pas faire<\/em>\u00a0<em>: imposer des contributions sup\u00e9rieures au prix que le paysan va obtenir avec sa r\u00e9colte ; et elles doivent surtout, comme c\u2019est \u00e9crit dans les textes, favoriser les petits paysans et non les grands producteurs<\/em> \u00bb. Pour l\u2019IRDP, il est crucial de rendre le syst\u00e8me des coop\u00e9ratives plus attractif, et de mieux vulgariser ses effets positifs, car c\u2019est dans cet espace que se concentrent les interventions du gouvernement, appui technique, formation, subventions.<\/p>\n<p><b>\u00ab Education, \u00e9ducation, \u00e9ducation \u00bb<\/b><\/p>\n<p>Pour la F\u00e9d\u00e9ration des paysans et \u00e9leveurs du Rwanda, il y a urgence \u00e0 donner un statut aux agriculteurs, de d\u00e9finir des cat\u00e9gories pour pouvoir adapter les services, alors que trop souvent \u00ab\u00a0<em>m\u00eame ceux qui n\u2019ont pas de terres, m\u00eame ceux qui ne travaillent pas ont ce statut<\/em> \u00bb, justifie son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. Pour Joseph Gafaranga, cette proposition \u00ab\u00a0<em>est aussi avantageuse pour le gouvernement<\/em>\u00a0\u00bb, parce qu\u2019elle permettrait de lister les devoirs des agriculteurs vis-\u00e0-vis des terres ou de l\u2019Etat. \u00ab\u00a0<em>Les objectifs de commercialisation et d\u2019exportations sont bons, mais la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est qu\u2019au Rwanda, cela reste en majorit\u00e9 une agriculture de subsistance, avec des paysans tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 leur terre, \u00e0 leurs traditions et encore trop peu form\u00e9s aux nouvelles techniques<\/em>\u00a0\u00bb, commente le docteur Eric Ndushabandi.<\/p>\n<p>Une r\u00e9volution est pourtant en marche au Rwanda. Selon l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par l\u2019IRDP, moins de 3% des jeunes de 15 \u00e0 24 ans vivent des activit\u00e9s agricoles. Les trois quarts des paysans rwandais ont aujourd\u2019hui entre 35 et 54 ans et ils ont \u00e0 peine un niveau d\u2019\u00e9ducation primaire. \u00ab\u00a0<em>Le gouvernement rwandais fait beaucoup d\u2019efforts sur la formation des jeunes et sur la cr\u00e9ation d\u2019emplois, car c\u2019est le d\u00e9fi d\u2019avenir<\/em>\u00a0\u00bb, souligne le directeur de l\u2019IRDP. Mais ce dernier insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer l\u2019information et la formation des agriculteurs pour \u00ab\u00a0<em>r\u00e9duire les r\u00e9sistances au changement<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019ai qu\u2019un mot pour les autorit\u00e9s : \u00e9ducation, \u00e9ducation, \u00e9ducation pour cr\u00e9er des perspectives d\u2019emploi.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019autre aspect de cette r\u00e9volution dans les campagnes, c\u2019est que, selon cette \u00e9tude, un petit plus de la moiti\u00e9 des agriculteurs poss\u00e8de sa propre terre. Les autres 40% louent ou travaillent sur des propri\u00e9t\u00e9s qui appartiennent \u00e0 des tiers. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est l\u2019une des cons\u00e9quences de cette politique, les paysans s\u2019endettent, ils finissent par perdre leurs terres, doivent travailler pour d\u2019autres pour des salaires souvent tr\u00e8s limit\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0 explique An Ansoms, professeure \u00e0 l\u2019universit\u00e9 catholique de Louvain. Il est difficile d\u2019\u00e9valuer le volume de \u00ab\u00a0paysans sans terres\u00a0\u00bb ni m\u00eame d\u2019expropriations. Mais la loi autorise les pouvoirs publics depuis 2015 \u00e0 exproprier des citoyens pour une large palette de motifs, infrastructures \u00ab\u00a0<em>et autres activit\u00e9s sur d\u00e9cret minist\u00e9riel<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><b>La hantise de l\u2019expropriation<\/b><\/p>\n<p>Selon une \u00e9tude men\u00e9e cette fois par la soci\u00e9t\u00e9 civile sur les expropriations et transferts des terres, publi\u00e9e en octobre 2017, le monde agricole, peu inform\u00e9 des lois et des recours, reste le principal touch\u00e9 par ce ph\u00e9nom\u00e8ne, inh\u00e9rent \u00e0 la politique du gouvernement rwandais d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e0 marche forc\u00e9e, \u00e0 coup de grands projets pilot\u00e9s par l\u2019Etat. Si un syst\u00e8me de compensation est pr\u00e9vu dans la loi, l\u2019\u00e9cart entre les villes et les campagnes peut d\u00e9passer les 150% et renforce le ressenti vis-\u00e0-vis du r\u00e9gime d\u2019une partie des paysans, priv\u00e9s de leurs moyens de substances. \u00ab\u00a0<em>Pour comprendre ce ressenti, il ne faut pas n\u00e9gliger le poids du pass\u00e9 et les interf\u00e9rences permanentes exerc\u00e9es par le r\u00e9gime \u00e0 la base. Mais cette tension porte moins aujourd\u2019hui sur l\u2019ethnie que sur l\u2019adh\u00e9sion politique ou non au FPR<\/em>\u00a0\u00bb, explique encore le professeur Chris Huggins.<\/p>\n<p>Depuis presque deux ans, des discussions sont ouvertes entre le gouvernement et les repr\u00e9sentants du monde paysan, avec une libert\u00e9 de ton qui surprennent les partenaires, comme les observateurs \u00e9trangers, habitu\u00e9 aux discussions plus polic\u00e9es dans une sph\u00e8re publique tr\u00e8s contr\u00f4l\u00e9e. Pour la professeure An Ansoms, Kigali, comme les bailleurs de fonds, reconna\u00eet jusqu\u2019ici \u00ab\u00a0<em>des couacs<\/em>\u00a0\u00bb dans la politique agricole, mais n\u2019est pas encore pr\u00eate \u00e0 une \u00ab\u00a0<em>remise en cause syst\u00e9mique<\/em>\u00a0\u00bb plus \u00e0 m\u00eame de permettre une meilleure r\u00e9partition des ressources. \u00ab\u00a0<em>Le gouvernement sait aussi qu\u2019il doit parfois les entendre<\/em>\u00a0\u00bb, car la faim reste \u00ab\u00a0<em>le meilleur catalyseur pour une r\u00e9volte<\/em>\u00a0\u00bb, estime un observateur avis\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Il ne peut y avoir deux Rwanda, celui qu\u2019on vend \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et la r\u00e9alit\u00e9 du quotidien<\/em>\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit un responsable de la soci\u00e9t\u00e9 civile. \u00ab\u00a0<em>Ces paysans, c\u2019est la majorit\u00e9 de la population, ils peuvent faire dispara\u00eetre les pauvres dans les villes, mais pas dans les campagnes. Il faut faire avec.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rfi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des Journ\u00e9es europ\u00e9ennes de d\u00e9veloppement au sommet du G7, Paul Kagame, actuel pr\u00e9sident en exercice de l\u2019Union africaine, est invit\u00e9<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":9904,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"colormag_page_layout":"default_layout","footnotes":""},"categories":[18,6],"tags":[],"class_list":["post-9903","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-international"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9903","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9903"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9903\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/9904"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9903"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9903"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/toutinfo.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9903"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}