{"id":33547,"date":"2020-12-21T16:47:36","date_gmt":"2020-12-21T16:47:36","guid":{"rendered":"http:\/\/toutinfo.net\/?p=33547"},"modified":"2020-12-21T22:52:28","modified_gmt":"2020-12-21T22:52:28","slug":"faire-carriere-au-ghana-un-triomphe-pour-les-afro-descendants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=33547","title":{"rendered":"Faire carri\u00e8re au Ghana, un \u00abtriomphe\u00bb pour les Afro-descendants"},"content":{"rendered":"\n<p><em>De notre correspondante \u00e0 Accra,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un&nbsp;<em>rooftop&nbsp;<\/em>en plein c\u0153ur d\u2019Accra, dans le quartier r\u00e9sidentiel d\u2019Asylum Down. Le barman sert des cocktails sophistiqu\u00e9s \u00e0 une cinquantaine de convives. Dans les enceintes pouss\u00e9es \u00e0 fond, on entend des classiques du hip-hop am\u00e9ricain et de la dancehall ghan\u00e9enne. Parmi les invit\u00e9s, un homme avec un T-shirt \u00ab&nbsp;I Love Black People&nbsp;\u00bb discute avec une jeune femme au fort accent am\u00e9ricain. L\u2019h\u00f4te de la soir\u00e9e, un trentenaire aux traits doux encadr\u00e9s par de longues tresses, interrompt la musique pour prendre la parole. \u00ab&nbsp;<em>Qui, parmi vous, est un&nbsp;<\/em>returnee&nbsp;<em>?<\/em>&nbsp;\u00bb Une dizaine de mains se l\u00e8vent, dont celle de l\u2019orateur. \u00ab&nbsp;<em>Nous ne sommes pas juste ici pour boire, danser et puis rentrer chez nous,<\/em>&nbsp;reprend-il sous les applaudissements.&nbsp;<em>Si nous sommes ici aujourd\u2019hui, c\u2019est pour cr\u00e9er des liens entre nous.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s.rfi.fr\/media\/display\/3940a1d4-2e72-11eb-bd45-005056a964fe\/w:980\/p:16x9\/_DSC7286.webp\" alt=\"Morris (G) et Voltaire (D), deux Afro-Am\u00e9ricains vivant au Ghana, parlent affaires sur un \u00abrooftop\u00bb surplombant Accra, le 11 novembre 2020.\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Au Ghana, on appelle \u00ab&nbsp;returnee&nbsp;\u00bb un Afro-descendant venu s\u2019\u00e9tablir sur le sol africain. \u00ab&nbsp;<em>Quand je vivais en Californie, j\u2019\u00e9tais bourr\u00e9 de clich\u00e9s sur l\u2019Afrique,&nbsp;<\/em>explique l\u2019homme avec le T-shirt \u00e0 slogan, tandis que la musique reprend.&nbsp;<em>Je pensais m\u00eame que les gens vivaient dans des huttes ! Mais j\u2019avais de la famille ghan\u00e9enne, et l\u2019un d\u2019entre eux est mort. Je suis venu ici pour l\u2019enterrement, et j\u2019ai ador\u00e9 le pays. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rester.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9construire les clich\u00e9s sur l\u2019Afrique<\/h2>\n\n\n\n<p>En 2019, le gouvernement ghan\u00e9en a lanc\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019Ann\u00e9e du Retour&nbsp;\u00bb, une initiative nationale destin\u00e9e \u00e0 comm\u00e9morer les victimes de l\u2019esclavage, 400 ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des premiers Africains sur le sol de Virginie. Les \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s pour l\u2019occasion avaient permis au Ghana d\u2019accueillir 200&nbsp;000 touristes suppl\u00e9mentaires, lesquels avaient largement document\u00e9 leur voyage sur les r\u00e9seaux sociaux. Certains d\u2019entre eux ont fait le choix de ne pas repartir, et d\u2019int\u00e9grer la florissante communaut\u00e9 des expatri\u00e9s am\u00e9ricains. Sur la seule ann\u00e9e 2019, une centaine d\u2019Afro-Am\u00e9ricains et Afro-Carib\u00e9ens ont ainsi obtenu la nationalit\u00e9 ghan\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un&nbsp;<em>rooftop&nbsp;<\/em>en plein c\u0153ur d\u2019Accra, dans le quartier r\u00e9sidentiel d\u2019Asylum Down. Le barman sert des cocktails sophistiqu\u00e9s \u00e0 une cinquantaine de convives. Dans les enceintes pouss\u00e9es \u00e0 fond, on entend des classiques du hip-hop am\u00e9ricain et de la dancehall ghan\u00e9enne. Parmi les invit\u00e9s, un homme avec un T-shirt \u00ab&nbsp;I Love Black People&nbsp;\u00bb discute avec une jeune femme au fort accent am\u00e9ricain. L\u2019h\u00f4te de la soir\u00e9e, un trentenaire aux traits doux encadr\u00e9s par de longues tresses, interrompt la musique pour prendre la parole. \u00ab&nbsp;<em>Qui, parmi vous, est un&nbsp;<\/em>returnee&nbsp;<em>?<\/em>&nbsp;\u00bb Une dizaine de mains se l\u00e8vent, dont celle de l\u2019orateur. \u00ab&nbsp;<em>Nous ne sommes pas juste ici pour boire, danser et puis rentrer chez nous,<\/em>&nbsp;reprend-il sous les applaudissements.&nbsp;<em>Si nous sommes ici aujourd\u2019hui, c\u2019est pour cr\u00e9er des liens entre nous.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au Ghana, on appelle \u00ab&nbsp;returnee&nbsp;\u00bb un Afro-descendant venu s\u2019\u00e9tablir sur le sol africain. \u00ab&nbsp;<em>Quand je vivais en Californie, j\u2019\u00e9tais bourr\u00e9 de clich\u00e9s sur l\u2019Afrique,&nbsp;<\/em>explique l\u2019homme avec le T-shirt \u00e0 slogan, tandis que la musique reprend.&nbsp;<em>Je pensais m\u00eame que les gens vivaient dans des huttes ! Mais j\u2019avais de la famille ghan\u00e9enne, et l\u2019un d\u2019entre eux est mort. Je suis venu ici pour l\u2019enterrement, et j\u2019ai ador\u00e9 le pays. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rester.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9construire les clich\u00e9s sur l\u2019Afrique<\/h2>\n\n\n\n<p>En 2019, le gouvernement ghan\u00e9en a lanc\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019Ann\u00e9e du Retour&nbsp;\u00bb, une initiative nationale destin\u00e9e \u00e0 comm\u00e9morer les victimes de l\u2019esclavage, 400 ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des premiers Africains sur le sol de Virginie. Les \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s pour l\u2019occasion avaient permis au Ghana d\u2019accueillir 200&nbsp;000 touristes suppl\u00e9mentaires, lesquels avaient largement document\u00e9 leur voyage sur les r\u00e9seaux sociaux. Certains d\u2019entre eux ont fait le choix de ne pas repartir, et d\u2019int\u00e9grer la florissante communaut\u00e9 des expatri\u00e9s am\u00e9ricains. Sur la seule ann\u00e9e 2019, une centaine d\u2019Afro-Am\u00e9ricains et Afro-Carib\u00e9ens ont ainsi obtenu la nationalit\u00e9 ghan\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Attir\u00e9s par le dynamisme de la communaut\u00e9 locale et un march\u00e9 en pleine expansion, les Afro-Am\u00e9ricains sont de plus en plus nombreux \u00e0 choisir de s&rsquo;installer au Ghana, la deuxi\u00e8me \u00e9conomie de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Nous ne sommes pas comme les Am\u00e9ricains qui venaient s\u2019installer ici dans les ann\u00e9es 1970, et qui \u00e9taient pour la plupart des retrait\u00e9s fortun\u00e9s<\/em>, d\u00e9taille Morris, un entrepreneur de 46 ans vivant \u00e0 Accra, o\u00f9 il a mont\u00e9 son agence de tourisme, Agence Roots Travel.&nbsp;<em>Nous sommes plus jeunes. Nous ne vivons pas dans des villas luxueuses, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la communaut\u00e9. Nous allons dans les bars et les restaurants locaux, nous nous m\u00e9langeons aux Ghan\u00e9ens. Nous voulons nous engager<\/em>.&nbsp;\u00bb Originaire de Detroit, dans le Michigan, Morris est \u00e0 moiti\u00e9 ghan\u00e9en. Lui aussi est arriv\u00e9 au Ghana pour des fun\u00e9railles, en 2015, et a d\u00e9cid\u00e9 de rester. \u00ab&nbsp;<em>Le Ghana, c\u2019est l\u2019Afrique pour les d\u00e9butants<\/em>&nbsp;<em>!<\/em>&nbsp;\u00bb, plaisante-t-il. \u00ab&nbsp;<em>Les&nbsp;<\/em>returnees&nbsp;<em>se sentent en s\u00e9curit\u00e9 ici. Les gens parlent anglais, le pays est stable, le gouvernement d\u00e9mocratique.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Un avis que partage Voltaire, l\u2019organisateur de la soir\u00e9e. Le trentenaire originaire de Los Angeles, en Californie, est arriv\u00e9 ici en 2018, juste avant l\u2019Ann\u00e9e du Retour. Il dit avoir v\u00e9cu dans une vingtaine de pays, et s\u2019y \u00eatre rarement senti autant en s\u00e9curit\u00e9 qu\u2019au Ghana. \u00ab&nbsp;<em>Accra est l\u2019un des seuls endroits o\u00f9 les femmes peuvent se promener seules au milieu de la nuit, sans craindre pour leur s\u00e9curit\u00e9. M\u00eame aux \u00c9tats-Unis ou en Angleterre, on se sent plus en danger.<\/em>&nbsp;\u00bb Mais si Voltaire a choisi de s\u2019installer en Afrique, c\u2019est avant tout par ambition professionnelle, \u00ab&nbsp;<em>pour rejoindre un march\u00e9 en pleine expansion<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019Afrique, pour moi, aujourd\u2019hui, c\u2019est comme la Chine des ann\u00e9es 1980. En Europe, aux \u00c9tats-Unis ou en Asie, la plupart des march\u00e9s sont satur\u00e9s. Mais ici, tout est possible.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Nos anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par la \u00ab\u00a0Porte du non-retour\u00a0\u00bb, et leurs descendants sont revenus&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Or, ce choix du Ghana n\u2019a rien d\u2019anodin. Le pays \u00e9tait un haut lieu du commerce triangulaire au XVIIe si\u00e8cle, et de nombreux forts esclavagistes \u00e9maillent la c\u00f4te. Le plus c\u00e9l\u00e8bre, dans la ville de Cape Coast, est devenu l\u2019une des destinations phares du tourisme m\u00e9moriel. Des centaines de visiteurs s\u2019y pressent chaque jour&nbsp;: la&nbsp;<em>First Lady<\/em>&nbsp;Melania Trump l\u2019a visit\u00e9&nbsp;en 2018, comme l\u2019avait fait Barack Obama avant elle. Tous deux ont franchi la tristement c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Porte du non-retour \u00bb, par laquelle les esclaves \u00e9taient envoy\u00e9s vers les bateaux n\u00e9griers.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ville, Voltaire et Morris l\u2019ont visit\u00e9e. Elle n\u2019est qu\u2019\u00e0 trois&nbsp;heures de route d\u2019Accra, o\u00f9 ils vivent aujourd\u2019hui. \u00ab&nbsp;<em>Non, ce n\u2019est pas douloureux,<\/em>&nbsp;explique Morris.<em>&nbsp;Je vois plut\u00f4t cela comme une c\u00e9l\u00e9bration. Quand vous allez dans les anciens forts esclavagistes, c\u2019est comme lancer un sourire \u00e0 vos anc\u00eatres, maintenant que vous \u00eates de retour \u00e0 la maison. Vous \u00eates libres, vous construisez votre propre existence. Et vous faites \u00e7a ici, d\u2019o\u00f9 vos anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s de force pour \u00eatre esclaves.<\/em>&nbsp;\u00bb Voltaire confirme&nbsp;: pour lui, \u00ab<em>&nbsp;c\u2019est un triomphe, d\u2019\u00eatre ici.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;<em>Nos anc\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s par la \u00ab\u00a0Porte du non-retour\u00a0\u00bb, et leurs descendants sont revenus. Ils ont refus\u00e9 de mourir pour que nous puissions vivre. Et&nbsp;aujourd\u2019hui, nous sommes de retour, libres et prosp\u00e8res.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour enterrer d\u00e9finitivement le sombre pass\u00e9 de Cape Coast, la m\u00e9tropole vient de lancer le projet \u00ab&nbsp;Wakanda City of Return&nbsp;\u00bb, nomm\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le royaume mythique du film&nbsp;<em>Black Panther<\/em>. La Wakanda ghan\u00e9enne offrira aux touristes des s\u00e9jours de grand standing dans des h\u00f4tels 5 \u00e9toiles, mais aussi des visites et conf\u00e9rences sur l\u2019histoire des civilisations africaines&nbsp;et sur le r\u00f4le \u00e9mergent du continent dans la nouvelle \u00e9conomie mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>rfi<\/p>\n\n\n\n<p><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/dialog\/share?app_id=113191652055439&amp;href=https%3A%2F%2Frfi.my%2F6xFl.F&amp;redirect_uri=https%3A%2F%2Fwww.rfi.fr%2Ffr%2Fafrique%2F20201219-faire-carri%C3%A8re-au-ghana-un-triomphe-pour-les-afro-descendants&amp;locale=fr_FR\" target=\"_blank\"><\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https%3A%2F%2Frfi.my%2F6xFl.T&amp;via=RFI&amp;related=Marine_Jeannin_&amp;text=Faire%20carri%C3%A8re%20au%20Ghana%2C%20un%20%C2%ABtriomphe%C2%BB%20pour%20les%20Afro-descendants&amp;lang=fr\" target=\"_blank\"><\/a><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/web.whatsapp.com\/send?text=Faire%20carri%C3%A8re%20au%20Ghana%2C%20un%20%C2%ABtriomphe%C2%BB%20pour%20les%20Afro-descendants%20-%20https%3A%2F%2Frfi.my%2F6xFl.W\" target=\"_blank\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De notre correspondante \u00e0 Accra, Un&nbsp;rooftop&nbsp;en plein c\u0153ur d\u2019Accra, dans le quartier r\u00e9sidentiel d\u2019Asylum Down. 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