{"id":182675,"date":"2026-05-20T14:43:04","date_gmt":"2026-05-20T14:43:04","guid":{"rendered":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=182675"},"modified":"2026-05-20T14:43:25","modified_gmt":"2026-05-20T14:43:25","slug":"dr-ibrahima-diawara-ancien-coordonnateur-du-pada-lapiculture-est-le-secteur-le-plus-rentable-de-lelevage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=182675","title":{"rendered":"DR IBRAHIMA DIAWARA, ANCIEN COORDONNATEUR DU PADA: \u00ab L\u2019apiculture est le secteur le plus rentable de l\u2019\u00e9levage \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, il est difficile d\u2019\u00e9voquer la modernisation de l\u2019apiculture sans citer le Dr Ibrahima Diawara. Ancien responsable du Centre national d\u2019apiculture de Mbao et coordonnateur du Projet d\u2019appui au d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture (PADA) pendant 17 ans, ce v\u00e9t\u00e9rinaire de formation a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans la transformation de la fili\u00e8re ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Son pari de miser sur la jeunesse afin de rendre l\u2019apiculture attractive porte aujourd\u2019hui ses fruits. Aujourd\u2019hui admis \u00e0 la retraite apr\u00e8s une longue carri\u00e8re au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9levage, Dr Diawara reste convaincu que \u00ab l\u2019apiculture est le secteur le plus rentable de l\u2019\u00e9levage \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez pilot\u00e9 le Projet d\u2019appui au d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture (PADA) pendant 17 ans. Comment se porte aujourd\u2019hui l\u2019apiculture au S\u00e9n\u00e9gal ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>L\u2019apiculture se porte tr\u00e8s bien au S\u00e9n\u00e9gal. Nous constatons une bonne croissance de la production ainsi qu\u2019une multiplication des colonies d\u2019abeilles, qui sont d\u00e9sormais des esp\u00e8ces prot\u00e9g\u00e9es. On ne doit plus les tuer. Les conditions sont aujourd\u2019hui r\u00e9unies pour favoriser leur d\u00e9veloppement, compte tenu de leur r\u00f4le essentiel dans la pollinisation et la production de miel ainsi que d\u2019autres produits d\u00e9riv\u00e9s. Les autorit\u00e9s publiques ont \u00e9galement pris conscience de l\u2019importance des abeilles, aussi bien pour la pollinisation que pour la cr\u00e9ation d\u2019emplois et la production de miel. Beaucoup de jeunes s\u2019int\u00e9ressent d\u00e9sormais \u00e0 cette activit\u00e9. Ces 15 derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019apiculture a fait un grand bond parce que les principaux facteurs limitants &#8211; notamment le manque de formation, de mat\u00e9riel, de financement et de d\u00e9bouch\u00e9s &#8211; sont progressivement pris en charge. Pour comprendre l\u2019\u00e9volution de l\u2019apiculture au S\u00e9n\u00e9gal, il faut regarder plusieurs aspects. D\u2019abord, l\u2019engagement de l\u2019\u00c9tat. Aujourd\u2019hui, dans beaucoup de programmes publics, le d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture est int\u00e9gr\u00e9. Ensuite, il y a les partenaires nationaux et internationaux qui financent de nombreux projets, allant de petits microprojets \u00e0 de grands programmes structurants. Je peux citer le projet japonais que nous avons pilot\u00e9 entre 2015 et 2023-2024, qui a permis le financement de quelque 6 000 ruches. La ruche constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment de base du d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture moderne. Ce projet a \u00e9galement permis de former plus de 1 000 apiculteurs et leurs organisations. Il y a aussi le projet panafricain qui a contribu\u00e9 \u00e0 la mise en place de la plateforme des acteurs de la fili\u00e8re apicole du S\u00e9n\u00e9gal. Aujourd\u2019hui, nous \u00e9voluons vers la cr\u00e9ation de coop\u00e9ratives locales. Ce travail est d\u00e9j\u00e0 en cours dans plusieurs zones du pays. L\u2019Organisation internationale du Travail (OIT) a \u00e9galement financ\u00e9 un projet intitul\u00e9 \u00ab Des emplois verts pour les femmes et les jeunes dans le delta du Saloum \u00bb, destin\u00e9 \u00e0 favoriser l\u2019emploi des jeunes et des femmes. Ce programme a appuy\u00e9 la mise en place de coop\u00e9ratives et la formation de formateurs en milieu rural. En Casamance, beaucoup de jeunes s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019apiculture. Dans d\u2019autres r\u00e9gions \u00e9galement, des coop\u00e9ratives sont en train de voir le jour. Avec l\u2019appui de l\u2019OIT et de son projet sur les emplois verts, la dynamique se d\u00e9veloppe partout. Au nord du pays aussi, dans le cadre de la Grande Muraille Verte, des structures apicoles sont en cours d\u2019installation.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, quelle est la capacit\u00e9 de production du miel au S\u00e9n\u00e9gal ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>En 2024, nous \u00e9tions \u00e0 environ 9 500 tonnes de miel produites. Cette production continue d\u2019\u00e9voluer. Toutefois, il faut distinguer deux types de production : la production moderne et la production traditionnelle. Il ne faut pas non plus confondre cela avec la cueillette de miel sauvage, qui donne g\u00e9n\u00e9ralement un miel de qualit\u00e9 moyenne. La production traditionnelle tend cependant \u00e0 mieux ma\u00eetriser les techniques de traitement du miel que la simple cueillette. Gr\u00e2ce \u00e0 la formation, nous nous orientons progressivement vers un v\u00e9ritable d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture moderne au S\u00e9n\u00e9gal. Aujourd\u2019hui, beaucoup de jeunes apiculteurs sont bien structur\u00e9s au sein de coop\u00e9ratives et assurent une production r\u00e9guli\u00e8re. Ils \u00e9voluent aussi vers l\u2019autonomisation dans la fabrication du mat\u00e9riel apicole, notamment les ruches et les tenues, qui \u00e9taient auparavant import\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le miel produit au S\u00e9n\u00e9gal peut-il couvrir les besoins de consommation nationale ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Pas encore, car la demande est devenue tr\u00e8s forte. Les populations connaissent d\u00e9sormais les bienfaits du miel, ce qui explique l\u2019augmentation de la consommation. L\u2019autre opportunit\u00e9, c\u2019est que le miel s\u00e9n\u00e9galais est de plus en plus export\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa qualit\u00e9 reconnue. Une bonne partie de la production est aujourd\u2019hui export\u00e9e vers le Maroc et d\u2019autres pays maghr\u00e9bins. La qualit\u00e9 du miel s\u00e9n\u00e9galais est appr\u00e9ci\u00e9e. La production nationale ne suffit donc pas encore \u00e0 couvrir tous les besoins, surtout qu\u2019une part importante est orient\u00e9e vers l\u2019exportation.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-on avoir une id\u00e9e des quantit\u00e9s export\u00e9es chaque ann\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Nous ne disposons pas encore de chiffres exacts, mais nous constatons une forte tendance \u00e0 l\u2019exportation vers les pays arabes, certains pays asiatiques et m\u00eame l\u2019Europe, o\u00f9 le miel est tr\u00e8s demand\u00e9. Nous avions engag\u00e9 des d\u00e9marches pour obtenir l\u2019agr\u00e9ment permettant d\u2019exporter vers l\u2019Union europ\u00e9enne. Mais les exigences europ\u00e9ennes en mati\u00e8re de contr\u00f4le sanitaire, de suivi et de monitoring sont tr\u00e8s lourdes. Aujourd\u2019hui, l\u2019orientation consiste plut\u00f4t \u00e0 permettre \u00e0 chaque coop\u00e9rative ou structure d\u2019obtenir son propre agr\u00e9ment. Chaque coop\u00e9rative devra remplir les conditions exig\u00e9es en mati\u00e8re de suivi sanitaire et de qualit\u00e9 afin d\u2019exporter. Si nous parvenons \u00e0 acc\u00e9der pleinement au march\u00e9 europ\u00e9en, les prix pratiqu\u00e9s y sont sans commune mesure avec ceux du march\u00e9 local. Cela pourrait v\u00e9ritablement booster l\u2019apiculture et favoriser davantage la cr\u00e9ation d\u2019emplois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 combien s\u2019\u00e9l\u00e8ve le portefeuille de financement des projets d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019apiculture ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Par le pass\u00e9, l\u2019\u00c9tat allouait d\u00e9j\u00e0 un budget annuel \u00e0 l\u2019apiculture \u00e0 travers le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9levage. Aujourd\u2019hui, plusieurs projets relevant des minist\u00e8res de l\u2019Environnement et de l\u2019Agriculture comportent \u00e9galement des volets apicoles. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les ONG, les partenaires internationaux et la coop\u00e9ration internationale qui interviennent dans le financement de la fili\u00e8re. Aujourd\u2019hui, on peut chiffrer \u00e0 plusieurs milliards les financements destin\u00e9s au d\u00e9veloppement de l\u2019apiculture. La fili\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficie d\u00e9sormais d\u2019un soutien important, notamment en mati\u00e8re de formation, d\u2019\u00e9quipements et d\u2019infrastructures. Quand je parle d\u2019infrastructures, je fais r\u00e9f\u00e9rence aux unit\u00e9s de traitement du miel et aux mielleries qui doivent r\u00e9pondre aux normes de qualit\u00e9. Le co\u00fbt moyen d\u2019une miellerie varie entre 15 et 25 millions de FCFA. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des infrastructures collectives mises en place au niveau des coop\u00e9ratives, avec l\u2019appui de l\u2019\u00c9tat, des ONG ou d\u2019autres partenaires. Il est \u00e9galement pr\u00e9vu de r\u00e9habiliter le Centre national d\u2019apiculture de Mbao et de cr\u00e9er un centre des m\u00e9tiers de l\u2019apiculture.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ce potentiel, le S\u00e9n\u00e9gal continue d\u2019importer du miel. Que faut-il faire pour combler ce d\u00e9ficit ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Le premier d\u00e9fi consiste \u00e0 renforcer le contr\u00f4le et \u00e0 former davantage les agents charg\u00e9s de cette mission. Il faut \u00e9galement poursuivre le financement des structures apicoles qui se d\u00e9veloppent actuellement. Si ces aspects sont pris en compte, nous pouvons esp\u00e9rer une forte augmentation de la production dans les prochaines ann\u00e9es. Entre 2008 et 2009, nous produisions entre 2 000 et 3 000 tonnes. En 2024, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 9 500 tonnes. Nous avons \u00e9galement lanc\u00e9 un projet de recensement des ruches et d\u2019\u00e9valuation de leur productivit\u00e9 afin d\u2019obtenir des donn\u00e9es fiables sur les capacit\u00e9s r\u00e9elles du S\u00e9n\u00e9gal. Cette \u00e9tude permettra de mieux orienter les politiques de d\u00e9veloppement de la fili\u00e8re. Nous avons aussi la capacit\u00e9 locale de fabrication du mat\u00e9riel apicole, ce qui est fondamental. On ne peut pas d\u00e9velopper durablement une fili\u00e8re en d\u00e9pendant des importations de mat\u00e9riel et d\u2019intrants. Aujourd\u2019hui, les ruches sont fabriqu\u00e9es presque partout au S\u00e9n\u00e9gal. Une bonne partie des tenues apicoles est \u00e9galement produite localement. Cela cr\u00e9e des emplois indirects, notamment chez les menuisiers, les tailleurs et les artisans qui fabriquent le mat\u00e9riel. Quand on parle des emplois cr\u00e9\u00e9s par l\u2019apiculture, on pense souvent uniquement aux apiculteurs. Pourtant, toute la cha\u00eene de fabrication du mat\u00e9riel participe \u00e0 cette dynamique \u00e9conomique. C\u2019est pourquoi nous plaidons pour la cr\u00e9ation de centres d\u00e9di\u00e9s aux m\u00e9tiers de l\u2019apiculture afin de former des sp\u00e9cialistes capables de ma\u00eetriser la fabrication des \u00e9quipements et les techniques modernes d\u2019\u00e9levage des abeilles. L\u2019apiculture n\u2019est pas une activit\u00e9 tr\u00e8s contraignante. Elle peut \u00eatre pratiqu\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s tout en restant rentable et professionnelle. Aujourd\u2019hui, nous nous sommes rendu compte que l\u2019apiculture est la fili\u00e8re la plus rentable de l\u2019\u00e9levage. Contrairement \u00e0 la volaille ou aux ovins, o\u00f9 l\u2019alimentation repr\u00e9sente une grande partie des d\u00e9penses, les abeilles n\u2019ont pratiquement pas besoin d\u2019\u00eatre nourries. Mieux encore, ce sont elles qui nous nourrissent \u00e0 travers la pollinisation des vergers et des champs. Cette pollinisation profite non seulement \u00e0 l\u2019apiculteur, mais \u00e9galement \u00e0 tous les producteurs environnants. Une abeille peut parcourir jusqu\u2019\u00e0 100 kilom\u00e8tres pour butiner et polliniser. C\u2019est dire toute l\u2019importance des abeilles pour l\u2019environnement, l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mamadou Lamine CAMARA<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, il est difficile d\u2019\u00e9voquer la modernisation de l\u2019apiculture sans citer le Dr Ibrahima Diawara. 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