{"id":178714,"date":"2026-04-14T07:52:00","date_gmt":"2026-04-14T07:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=178714"},"modified":"2026-04-14T07:44:30","modified_gmt":"2026-04-14T07:44:30","slug":"oumar-ndir-president-du-syndicat-des-btp-spebtps-letat-doit-payer-et-arreter-dendetter-le-prive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/toutinfo.net\/?p=178714","title":{"rendered":"OUMAR NDIR, PR\u00c9SIDENT DU SYNDICAT DES BTP (SPEBTPS): \u00ab L\u2019\u00c9tat doit payer et arr\u00eater d\u2019endetter le priv\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Entre dette int\u00e9rieure impay\u00e9e, baisse de l\u2019activit\u00e9 et recul des investissements, le secteur du BTP traverse une crise profonde. Dans cet entretien accord\u00e9 \u00e0 L\u2019Inform\u00e9, le pr\u00e9sident du Syndicat des entrepreneurs professionnels du b\u00e2timent et des travaux publics du S\u00e9n\u00e9gal (SPEBTPS) dresse un diagnostic sans complaisance de la situation. Oumar Ndir alerte sur l\u2019urgence pour l\u2019\u00c9tat de solder ses engagements envers le secteur priv\u00e9, tout en mettant fin \u00e0 la spirale de l\u2019endettement int\u00e9rieur. Malgr\u00e9 des \u00e9changes jug\u00e9s constructifs avec les autorit\u00e9s, il estime que le contexte reste peu favorable \u00e0 une relance durable du BTP, dans un environnement marqu\u00e9 par une baisse sensible de l\u2019investissement public comme priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez organis\u00e9 des tables rondes dans le cadre du programme \u00ab Les Mardis du BTP \u00bb sur les difficult\u00e9s que traverse actuellement le secteur. Pouvez-vous nous dresser l\u2019\u00e9tat des lieux ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Les \u00ab Mardis du BTP \u00bb ont \u00e9t\u00e9 pens\u00e9s pour nous permettre de r\u00e9unir l\u2019ensemble des acteurs membres de notre syndicat, le SPEBTPS, afin de r\u00e9fl\u00e9chir, en compagnie d\u2019une autorit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un ministre ou d\u2019un haut responsable de l\u2019\u00c9tat, sur des th\u00e9matiques propres \u00e0 notre secteur. C\u2019est dans ce cadre que nous avons tenu plusieurs \u00e9ditions, qui nous ont permis d\u2019aborder des sujets vari\u00e9s. Ces rencontres sont pour le secteur du BTP l\u2019occasion de poser un certain nombre de probl\u00e8mes sur la table, mais aussi de rechercher des solutions, de porter des plaidoyers et, \u00e0 terme, de contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 et \u00e0 la croissance du secteur. La derni\u00e8re \u00e9dition s\u2019est tenue le jeudi 9 avril dernier. \u00c0 cette occasion, nous avons re\u00e7u le ministre des Infrastructures, M. D\u00e9thi\u00e9 Fall, avec qui nous avons discut\u00e9 des enjeux actuels du BTP. Nous estimons que c\u2019est une bonne occasion de rencontrer nos autorit\u00e9s, de leur transmettre nos dol\u00e9ances, mais aussi d\u2019\u00e9couter leurs attentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Y\u2019a-t-il une lueur d\u2019espoir avec la pr\u00e9sence active du ministre de tutelle, D\u00e9thi\u00e9 Fall ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Oui, bien s\u00fbr. Nous avons l\u2019espoir de faire significativement bouger les lignes. Nous avions d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u son pr\u00e9d\u00e9cesseur et nous avions eu avec lui un dialogue tr\u00e8s f\u00e9cond. Cette \u00e9dition a toutefois eu un caract\u00e8re particulier, parce que nous avons voulu rejoindre le ministre sur l\u2019une de ses pr\u00e9occupations majeures, \u00e0 savoir le triptyque d\u00e9lais-co\u00fbts-qualit\u00e9. C\u2019est une pr\u00e9occupation qu\u2019il exprime souvent dans ses interventions, et nous avons souhait\u00e9 \u00e9changer avec lui sur ce th\u00e8me, parce que nous estimons qu\u2019aucune question ne doit \u00eatre \u00e9lud\u00e9e. Toutes les questions peuvent \u00eatre abord\u00e9es. Nous avons donc voulu discuter avec lui de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir au S\u00e9n\u00e9gal des chantiers de qualit\u00e9, r\u00e9pondant aux standards et aux normes internationales.<br>Les entreprises s\u00e9n\u00e9galaises ont, bien \u00e9videmment, la capacit\u00e9 de livrer des chantiers conformes \u00e0 toutes les attentes en mati\u00e8re de qualit\u00e9. La question du co\u00fbt, elle aussi, revient souvent dans le d\u00e9bat public. Le secteur du BTP est fr\u00e9quemment accus\u00e9 de surfacturation ou d\u2019avenants indus. Nous avons voulu \u00e9changer franchement sur cet aspect important. Il peut exister, comme dans toute \u0153uvre humaine, des imperfections pouvant avoir une incidence financi\u00e8re. Il peut y avoir des oublis, des omissions ou encore des circonstances exceptionnelles qui imposent, en cours de r\u00e9alisation, un r\u00e9ajustement du prix. En phase de fouilles, ou plus tard dans l\u2019avancement du chantier, on peut par exemple d\u00e9couvrir des obstacles ou des contraintes impr\u00e9vus n\u00e9cessitant une adaptation des co\u00fbts. Mais, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, cela reste l\u2019exception. Tr\u00e8s souvent, le grand public parle de surfacturation, alors que ce terme est fortement charg\u00e9. Il est souvent plus juste de parler de majorations de co\u00fbts li\u00e9es \u00e0 des contraintes apparues en cours d\u2019ex\u00e9cution. Une fois ces contraintes clairement identifi\u00e9es et accept\u00e9es par le ma\u00eetre d\u2019ouvrage, des m\u00e9canismes bien connus permettent la signature d\u2019avenants \u00e0 impact financier. Cela peut arriver, certes, mais dans l\u2019ensemble, les chantiers sont r\u00e9alis\u00e9s dans l\u2019enveloppe initiale, sans d\u00e9passement de co\u00fbt. La derni\u00e8re composante de ce triptyque, c\u2019est le d\u00e9lai. L\u00e0 aussi, il peut y avoir parfois des d\u00e9passements, mais beaucoup de chantiers sont r\u00e9alis\u00e9s dans les d\u00e9lais. Plusieurs facteurs peuvent expliquer un retard.<br>Il faut d\u2019abord bien comprendre de quoi l\u2019on parle. Dans toute phase de planification, des d\u00e9lais sont estim\u00e9s. On peut pr\u00e9voir, par exemple, dix-huit mois pour construire un immeuble de vingt \u00e9tages. Mais en cours de route, le ma\u00eetre d\u2019ouvrage peut d\u00e9cider d\u2019introduire des modifications, ou bien des difficult\u00e9s impr\u00e9vues peuvent appara\u00eetre. En creusant, on peut d\u00e9couvrir de l\u2019eau l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019y attendait pas. Cela peut entra\u00eener un allongement des d\u00e9lais, car il faut alors traiter cette apparition d\u2019eau, r\u00e9aliser des cuvelages, \u00e9viter les remont\u00e9es, s\u00e9curiser le sous-sol et les fondations avant de poursuivre. Sur un chantier routier, il peut \u00e9galement surgir des difficult\u00e9s g\u00e9otechniques. On peut croire que le terrain est argileux et favorable aux d\u00e9blais ou remblais, puis d\u00e9couvrir qu\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9 rocheux et n\u00e9cessite un minage. Cela impacte non seulement le co\u00fbt, mais aussi les d\u00e9lais. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des facteurs exog\u00e8nes, comme les p\u00e9nuries de ciment, de bitume ou de fer, qui ralentissent la cha\u00eene d\u2019approvisionnement. Bien \u00e9videmment, le ma\u00eetre d\u2019ouvrage et l\u2019entreprise \u00e9changent et essaient d\u2019anticiper au maximum ces retards. Mais il ne faut pas consid\u00e9rer que tout retard est automatiquement imputable \u00e0 l\u2019entreprise. Il peut y avoir des facteurs objectifs qui le justifient. Il appartient ensuite aux parties de situer les responsabilit\u00e9s.<br>De toute fa\u00e7on, dans tous les contrats, il existe des clauses et des p\u00e9nalit\u00e9s qui sanctionnent les retards. En revanche, je d\u00e9plore qu\u2019on ne r\u00e9compense pas suffisamment les entreprises lorsqu\u2019elles terminent plus t\u00f4t. Cela aussi devrait exister. Ensuite, il peut effectivement y avoir des probl\u00e8mes de qualit\u00e9. Mais lorsqu\u2019un chantier souffre de certaines difficult\u00e9s, comme des d\u00e9fauts de paiement qui obligent l\u2019entreprise \u00e0 suspendre les travaux, lorsque toutes les conditions ne sont pas r\u00e9unies pour assurer une ex\u00e9cution normale, cela affecte les d\u00e9lais et peut aussi avoir une incidence sur la qualit\u00e9. \u00c0 chaque \u00e9tape du chantier, il y a un bureau de contr\u00f4le dont le r\u00f4le est essentiel. Sa mission est de s\u2019assurer que les conditions d\u2019ex\u00e9cution des travaux respectent toutes les r\u00e8gles de l\u2019art et permettent d\u2019atteindre les standards requis. Le bureau de contr\u00f4le est ind\u00e9pendant et ne peut subir l\u2019influence d\u2019aucune des parties. Cela dit, nous ne disons pas qu\u2019il ne puisse pas exister, dans de rares cas, des fautes concomitantes du bureau de contr\u00f4le et de l\u2019entreprise. Il faut rappeler quand m\u00eame que les entreprises s\u00e9n\u00e9galaises sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es \u00e0 l\u2019international pour la qualit\u00e9 de leur travail, leur expertise, ainsi que pour leur respect des d\u00e9lais et des co\u00fbts convenus.<\/p>\n\n\n\n<p>Les acteurs du secteur des BTP \u00e9voquent r\u00e9guli\u00e8rement la dette int\u00e9rieure, avec des cr\u00e9ances estim\u00e9es \u00e0 pr\u00e8s de 300 milliards de FCFA. Cette situation a-t-elle \u00e9volu\u00e9 dans le bon sens ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Permettez-moi d\u2019apporter une pr\u00e9cision. Nous ne nous plaignons pas. Nous avons simplement voulu alerter sur une situation devenue chronique. Au S\u00e9n\u00e9gal, on s\u2019est habitu\u00e9 \u00e0 devoir de l\u2019argent aux entreprises de BTP et \u00e0 ne pas syst\u00e9matiquement payer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des sommes dues \u00e0 la fin des chantiers. Autrement dit, on s\u2019est habitu\u00e9 au non-respect, par l\u2019\u00c9tat, de ses engagements contractuels. Nous sommes donc tout \u00e0 fait fond\u00e9s \u00e0 le rappeler \u00e0 l\u2019autorit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse du minist\u00e8re des Infrastructures ou des autres minist\u00e8res qui nous sollicitent pour ex\u00e9cuter des travaux, et \u00e0 les renvoyer \u00e0 leurs obligations. Mais nous ne nous plaignons pas. Nous disons simplement que cela ne doit plus \u00eatre une pratique courante. Il existe d\u2019autres pays o\u00f9 cela n\u2019arrive jamais. Nous demandons simplement que le S\u00e9n\u00e9gal atteigne des standards \u00e9lev\u00e9s en mati\u00e8re de paiement des entreprises. Parce qu\u2019avant tout, derri\u00e8re chaque entreprise, il y a des salari\u00e9s. Et le paiement de leurs salaires d\u00e9pend aussi du r\u00e8glement correct et r\u00e9gulier des factures par l\u2019\u00c9tat.<br>Aujourd\u2019hui encore, la situation reste inchang\u00e9e. Bien \u00e9videmment, nous comprenons la situation de l\u2019\u00c9tat du S\u00e9n\u00e9gal. Il est contraint, tr\u00e8s endett\u00e9, et ne dispose pas toujours des ressources n\u00e9cessaires pour payer. Les autorit\u00e9s l\u2019ont souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 : si cela ne tenait qu\u2019\u00e0 elles, elles paieraient tout le monde, et int\u00e9gralement. Le secteur du BTP ne veut pas \u00eatre le seul \u00e0 signaler l\u2019existence de cette dette int\u00e9rieure. D\u2019autres secteurs sont \u00e9galement concern\u00e9s. Mais nous devons alerter sur le fait que l\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation, l\u2019int\u00e9r\u00eat du S\u00e9n\u00e9gal, c\u2019est qu\u2019il y ait de moins en moins de dette int\u00e9rieure vis-\u00e0-vis du secteur priv\u00e9. Car cela fragilise les entreprises et, au-del\u00e0, l\u2019\u00e9conomie tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Avez-vous l\u2019espoir que l\u2019\u00c9tat dispose de ressources \u00e0 d\u00e9caisser pour vous ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans toutes les lois de finances, celles de 2025 comme celles de 2026, l\u2019\u00c9tat a pris des engagements. Je me rappelle m\u00eame que le chef de l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame en avait fait l\u2019annonce en 2025. Il avait indiqu\u00e9 que la loi de finances rectificative pr\u00e9voyait de payer une partie des entreprises. Cela a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9, mais nous ignorons si les paiements pr\u00e9vus ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement effectu\u00e9s. Il en est de m\u00eame pour la loi de finances de 2026. Nous gardons l\u2019espoir, mais notre pr\u00e9occupation est surtout qu\u2019il n\u2019y ait plus du tout de ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019accumulation de dettes vis-\u00e0-vis du secteur priv\u00e9. C\u2019est \u00e0 cela que les techniciens du minist\u00e8re des Finances, et plus globalement l\u2019\u00c9tat, doivent s\u2019atteler. L\u2019\u00c9tat doit payer les cr\u00e9ances du secteur priv\u00e9, mais il doit aussi faire en sorte qu\u2019il n\u2019y ait plus de nouvelles dettes. Ce n\u2019est pas normal.<\/p>\n\n\n\n<p>Pensez-vous s\u00e9rieusement \u00e0 des possibilit\u00e9s de relance du secteur des BTP ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Le contexte n\u2019est pas tr\u00e8s favorable, parce que le niveau des investissements est en baisse par rapport \u00e0 ce que nous avons connu par le pass\u00e9. Il n\u2019y a pas si longtemps, la commande publique avoisinait les 3 000 milliards de FCFA, dont environ 70% pour les infrastructures. Sachant que ces infrastructures sont mises en \u0153uvre par le secteur du BTP, cela g\u00e9n\u00e9rait beaucoup d\u2019activit\u00e9s. Aujourd\u2019hui, du fait du faible niveau d\u2019investissement de l\u2019\u00c9tat, les activit\u00e9s du BTP et de l\u2019industrie de la construction sont en nette baisse et de mani\u00e8re significative. Si vous ajoutez \u00e0 cela le recul des investissements priv\u00e9s, cela affecte fortement les entreprises. Dans le secteur du BTP, le moral est donc au plus bas. M\u00eame s\u2019il y a quelques travaux qui seront lanc\u00e9s au sud du pays, ainsi que certains projets de r\u00e9habilitation routi\u00e8re \u00e0 Dakar et dans sa banlieue, le volume de ces travaux n\u2019est pas suffisant pour soutenir l\u2019activit\u00e9 du BTP dans son ensemble. En tout cas, pas assez pour lui permettre de retrouver son dynamisme. Il y a donc un ralentissement \u00e9vident.<br>Maintenant, si vous me permettez, je peux d\u00e9velopper deux axes de travail que nous avons identifi\u00e9s pour relancer le secteur. En mai 2025, nous avons r\u00e9uni ce que nous appelons une inter-f\u00e9d\u00e9ration. Toute la branche professionnelle du BTP y a particip\u00e9, de m\u00eame que les promoteurs immobiliers et les industriels de la construction. Cela a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion pour nous de proposer une grande initiative \u00c9tat-secteur priv\u00e9 national pour la production massive de logements. La production de logements, qu\u2019il s\u2019agisse de logements sociaux, \u00e9conomiques ou de standing, cr\u00e9e une dynamique qui touche de nombreux secteurs. Au S\u00e9n\u00e9gal, le d\u00e9ficit est estim\u00e9 \u00e0 500 000 logements. La mise en \u0153uvre d\u2019un programme ambitieux par l\u2019\u00c9tat, avec le concours du secteur priv\u00e9, permettrait de relancer le BTP ainsi que d\u2019autres secteurs connexes. Nous avons donc appel\u00e9 les autorit\u00e9s \u00e0 travailler \u00e9troitement avec nous pour lancer un programme ambitieux de logements, adoss\u00e9 au Programme national d\u2019acc\u00e8s au logement et de renouveau urbain (PNALRU), con\u00e7u par le minist\u00e8re de l\u2019Urbanisme. Notre ambition \u00e9tait, et demeure, d\u2019aider l\u2019\u00c9tat \u00e0 donner corps \u00e0 ce programme. Nous attendons toujours sa concr\u00e9tisation. Ensuite, lors de notre derni\u00e8re table ronde du 9 avril, nous avons formul\u00e9 une autre proposition \u00e0 l\u2019\u00c9tat : celle d\u2019un New Deal pour les infrastructures.<\/p>\n\n\n\n<p>En quoi consiste ce New Deal, concr\u00e8tement ?<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ce New Deal consiste \u00e0 all\u00e9ger significativement le fardeau de l\u2019\u00c9tat, qui dispose aujourd\u2019hui d\u2019une faible capacit\u00e9 de mobilisation de ressources financi\u00e8res, en l\u2019invitant \u00e0 s\u2019appuyer davantage sur son secteur priv\u00e9 national. Le premier pilier de ce New Deal repose sur l\u2019implication massive du secteur priv\u00e9 national. Il s\u2019agirait pour l\u2019\u00c9tat du S\u00e9n\u00e9gal de concevoir son programme d\u2019investissement dans les infrastructures, d\u2019en assurer la planification, puis de demander au secteur priv\u00e9 de le r\u00e9aliser. En r\u00e9sum\u00e9, ce premier pilier constitue un changement de paradigme. Il vise \u00e0 inviter le secteur priv\u00e9 \u00e0 une appropriation forte du programme national d\u2019investissement.<br>Le deuxi\u00e8me pilier consiste \u00e0 encourager le secteur priv\u00e9 national s\u00e9n\u00e9galais, notamment pour les grands projets comme les autoroutes, \u00e0 se structurer en consortiums. Il en serait de m\u00eame pour les programmes structurants dans l\u2019\u00e9nergie, le transport ou l\u2019hydraulique, qui n\u00e9cessitent des moyens consid\u00e9rables. Dans le domaine du transport, par exemple, le TER a co\u00fbt\u00e9 plus de 1 000 milliards de FCFA et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par un consortium. M\u00eame si la plus grande part des travaux a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9e par des entreprises \u00e9trang\u00e8res, certaines entreprises s\u00e9n\u00e9galaises ont tout de m\u00eame pu b\u00e9n\u00e9ficier de ce vaste programme d\u2019investissement. Aujourd\u2019hui, nous estimons que ce doivent \u00eatre des consortiums d\u2019entreprises s\u00e9n\u00e9galaises, et eux seuls, qui soient plac\u00e9s au premier plan et responsabilis\u00e9s pour porter la commande publique.<br>Le troisi\u00e8me pilier de ce New Deal pour les infrastructures consiste \u00e0 structurer le financement autour des partenariats public-priv\u00e9 (PPP). L\u2019\u00c9tat dispose de deux grands instruments pour r\u00e9aliser ses investissements : les march\u00e9s publics et les partenariats public-priv\u00e9. Dans le cas des march\u00e9s publics, c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui structure le projet, r\u00e9alise les \u00e9tudes, con\u00e7oit l\u2019ouvrage, assure la structuration financi\u00e8re et la lev\u00e9e de fonds, puis lance les appels d\u2019offres. Les entreprises soumissionnent ensuite et, en g\u00e9n\u00e9ral, la meilleure offre est retenue. Le second m\u00e9canisme est celui des PPP. Dans ce cas, il est attendu du secteur priv\u00e9 qu\u2019il con\u00e7oive le projet, recherche les financements et r\u00e9alise l\u2019infrastructure. Pour se r\u00e9mun\u00e9rer, l\u2019entreprise peut structurer le PPP selon le mod\u00e8le de la concession. Elle assure la construction, mais aussi l\u2019exploitation commerciale et financi\u00e8re de l\u2019infrastructure, ce qui lui permet de se rembourser, ou de permettre aux banques ayant financ\u00e9 le projet de se rembourser. Cela \u00e9vite \u00e0 l\u2019\u00c9tat de s\u2019endetter directement. Gr\u00e2ce \u00e0 un recours plus fr\u00e9quent aux PPP, l\u2019\u00c9tat pourrait consacrer davantage de ressources aux secteurs prioritaires comme l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9 ou la s\u00e9curit\u00e9. Cela lui permettrait aussi de soutenir plus facilement le fonctionnement de certains services publics structurellement d\u00e9ficitaires, comme le Train express r\u00e9gional (TER). L\u2019\u00c9tat pourrait ainsi subventionner plus ais\u00e9ment l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau ou encore l\u2019\u00e9ducation, sans devoir s\u2019endetter parall\u00e8lement de fa\u00e7on massive pour investir. Ce troisi\u00e8me pilier repose sur le recours aux PPP comme alternative \u00e0 l\u2019endettement syst\u00e9mique de l\u2019\u00c9tat.<br>Enfin, le quatri\u00e8me pilier consiste \u00e0 permettre au secteur priv\u00e9 de s\u2019appuyer sur les banques priv\u00e9es s\u00e9n\u00e9galaises, ainsi que sur les banques de d\u00e9veloppement sous-r\u00e9gionales. Dans un premier temps, les banques priv\u00e9es s\u00e9n\u00e9galaises pourraient financer les d\u00e9penses li\u00e9es aux phases de d\u00e9veloppement et de maturation des projets. Comme vous le savez, chaque projet d\u2019infrastructure n\u00e9cessite des \u00e9tudes techniques, environnementales, \u00e9conomiques, d\u2019impact et de rentabilit\u00e9. Toutes ces \u00e9tudes ont un co\u00fbt important, et il faut pouvoir les financer. Nous pensons que les banques priv\u00e9es s\u00e9n\u00e9galaises sont en mesure d\u2019intervenir dans cette premi\u00e8re phase. Ensuite, dans la phase proprement dite de financement de la construction, elles pourraient s\u2019associer \u00e0 des banques de d\u00e9veloppement sous-r\u00e9gionales afin de porter les op\u00e9rations.<br>Nous estimons que, chaque ann\u00e9e, entre 2 000 et 3 000 milliards de FCFA peuvent \u00eatre mobilis\u00e9s par nos banques pour aider l\u2019\u00c9tat et le secteur priv\u00e9 national \u00e0 r\u00e9aliser des programmes d\u2019infrastructures, tout en \u00e9vitant le recours syst\u00e9matique \u00e0 des financements ext\u00e9rieurs souvent conditionn\u00e9s \u00e0 l\u2019intervention de multinationales \u00e9trang\u00e8res. Ce New Deal a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 aux autorit\u00e9s, et nous pensons qu\u2019elles y accorderont une oreille attentive. J\u2019esp\u00e8re que nous pourrons aller rapidement vers des concertations permettant d\u2019en poser les bases. Parce que le secteur du BTP est un secteur structurant et porteur. Il est porteur parce qu\u2019il soutient l\u2019\u00e9conomie et accompagne les efforts de l\u2019\u00c9tat. Nous avons une vraie ambition pour notre pays. Et nous attendons que l\u2019\u00c9tat fasse appel aux acteurs du BTP afin qu\u2019ils puissent pleinement jouer leur r\u00f4le de pilier de l\u2019\u00e9conomie. A ce moment-l\u00e0, on mesurera \u00e0 quel point nous avons un bon secteur du BTP : un secteur engag\u00e9, patriote, et sensible aux enjeux de transformation \u00e9conomique. Et nous ne m\u00e9nagerons aucun effort pour \u00eatre aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019\u00c9tat pour le bien-\u00eatre des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Propos recueillis par<br>Abdoulaye DIAO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre dette int\u00e9rieure impay\u00e9e, baisse de l\u2019activit\u00e9 et recul des investissements, le secteur du BTP traverse une crise profonde. 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