TRAIN EXPRESS REGIONAL: Stéphane Volant et Abdou Ndéné Sall à la manoeuvre pour MERIDIAM

Le Président Macky SALL est fier de son TER. C’est l’un de ses projets les plus emblématiques. L’une des composantes clés de son « legs aux générations futures ». Par ce projet, le Sénégal rentre dans l’ère du transport de masse, efficace et peu polluant. La portée symbolique est aussi présente dans ce lien que le TER établit avec la ville nouvelle de Diamniadio, autre matérialisation concrète du PSE qui, de plus en plus, prend forme sous nos yeux. Mais le TER est perçu dans l’imaginaire collectif sénégalais comme un projet « mal-né ». S’il est évident qu’il apporte aujourd’hui une réponse concrète au macrocéphalisme de la capitale, cette hyper-concentration de l’activité économique sur 0.3% de la surface du pays, il n’en demeure pas moins un projet qui pose question. 

Modèle de gestion : un «provisoire» qui tire en longueur

Le Président de la République a bien compris qu’il y avait un enjeu majeur à faire en sorte que le TER puisse être un puissant vecteur de transfert de compétences et de technologies. Pour matérialiser cette vision, l’Etat du Sénégal avait, très en amont, pris langue avec la SNCF pour la mise en place d’un accord cadre relatif à la gestion du projet. C’est ainsi que la SETER, société de droit sénégalais et filiale de SNCF/KEOLIS avait été créée le 09/11/2018 dans le but d’assurer une gestion inclusive de cette infrastructure, donnant la part-belle à des ressources humaines sénégalaises, et visant une exploitation en autonomie à horizon 7 ans. Ces points devaient être les principaux axes du contrat d’exploitation. Seulement voilà, le TER est réputé avoir démarré son exploitation commerciale depuis le 17 janvier 2022 et, à ce jour, la SETER n’a toujours pas paraphé de contrat d’exploitation avec l’Etat du Sénégal. Nous sommes dans un « provisoire qui tire en longueur depuis plusieurs mois ». C’est un secret de polichinelle : les négociations battent de l’aile depuis un certain temps. Cette situation installe toutes les parties prenantes dans un inconfort manifeste qui empêche une exploitation intelligente et prospective de l’infrastructure. 

Et si on allait voir ailleurs ? Stéphane Volant et Abdou Ndéné Sall à la manoeuvre

Constatant ce blocage dans les négociations, il semble que deux hommes s’activent dans les coulisses pour promouvoir un scénario alternatif. Ces deux hommes ne sont pas des inconnus de l’écosystème du TER, loin de là. Il s’agit de Stéphane Volant, ancien Président de la SETER et de son « protégé » Abdou Ndéné Sall, Directeur Général de la SEN-TER, société de patrimoine en charge de l’ouvrage. Abdou Ndéné Sall et Stéphane Volant, les deux « promoteurs » du scénario MERIDIAM. Le premier, débarqué par la SNCF il y a quelques mois, probablement en raison de la lenteur des négociations mais aussi d’une gestion qualifiée à l’époque d’un peu trop « tropicalisée » (cf. partie 2 du dossier sur la problématique des kiosques et commerces), avait approché la société MERIDIAM pour offrir à l’Etat du Sénégal une alternative au schéma actuel. MERIDIAM n’est pas inconnue au SénégalLa société a signé, en mars dernier, le contrat de concession pour le projet de Bus Rapid Transit (BRT), à mettre en œuvre avec Keolis et le FONSIS. Il s’agissait déjà d’un investissement total de près 90 milliards FCFA pour l’exploitation et la maintenance pendant 15 ans de l’ensemble de ce nouveau réseau de transport collectif (bus 100% électriques). MERIDIAM c’est un volume d’actifs en gestion de près de 20 milliards de dollarset un tropisme très fort pour l’écoresponsabilité. Mais son modèle est différent ; la proposition la société de gestion prendrait en charge l’ensemble du TER pour une durée d’au moins 25 ans, selon une approche globale mais après avoir versé quelques menues monnaies à l’Etat du Sénégal. 

Une hypothèse et beaucoup de questions … 

Entendons-nous bien ! Nous ne jouerions pas notre rôle si nous nous permetons, à ce stade et avec les informations disponibles, d’invalider de façon catégorique le bien- fondé de l’hypothèse MERIDIAM. Nous pensons simplement utile de poser un certain nombre de questions. Est-ce le rôle d’un Directeur Général de société nationale que de prendre fait et cause, de son propre aveu, pour un schéma de gestion particulier censé venir remplacer l’hypothèse de travail entérinée par l’Etat du Sénégal depuis la genèse du projet ? Comment les priorités établies par le chef de l’Etat en termes de transferts de compétences et de valorisation du contenu local seront-elles prises en compte dans un schéma global sur 25 ans? Comment une entreprise comme MERIDIAM, se définissant comme une « société à mission », qui s’est inscrite dans un schéma « d’application volontaire en matière de prévention, détection et lutte contre la corruption » pourra-t-elle appréhender la problématique des kiosques et commerces du tracé du TER, véritable « bombe Sall », héritage de la gestion croisée Sall-Volant entre juin 2019 et mai 2021 (cf. partie 2 du dossier) ? Quelles raisons pourraient expliquer que le Directeur Général de la SEN-TER, M. Abdou Ndéné SALL, puisse à la fois s’épancher très largement en privé sur ce scénario alternatif et refuser les interviews pour éclairer l’opinion sur ce sujet ? Quel est la nature précise du risque de contentieux que la SEN-TER fait courir au Sénégal par une remise en cause des accords liant l’Etat à la SNCF sur le sujet du TER ? Les sommes en jeu sont-elles prises en compte dans les négociations actuelles ? Il suffit de revenir au sens premier de la notion de « société de patrimoine » pour comprendre que ces interrogations nous interpellent tous. Peut-être aurons-nous quelques réponses… 

L’info