Minerve – Yaw et les attraits du «Macky»

Il n’a pas fallu longtemps hier, pour que, sitôt la décision de Pape Diop rendue publique, la furie des réseaux sociaux se déchaîne sur le leader de la Coalition Bokk gis gis liggey. Ceux qui estiment qu’il a rejoint le mauvais camp, l’accusent de traitrise, sinon de trahison envers le Peuple. D’autres, se voulant sans doute caustiques, rappellent les critiques de Ousmane Sonko durant la campagne pour les Législatives, quand il dénonçait tous les candidats ne faisant pas partie des coalitions Yaw et Wallu, comme étant financés par Macky Sall. Ceux-là déclarent maintenant que Sonko a eu raison…

Raison ou pas, le coup est rude pour l’inter-coalition, et met fin à un gros suspense sur les rêves et illusions des oppositions parlementaires. Nom­breux, parmi notamment des militants de Pastef, avaient tenu à démentir sur les réseaux sociaux l’information livrée dans Le Quotidien no5836 des lundi et mardi 8 et 9 août 2022, sur la proposition faite par Yewwi askan wi à pape Diop pour qu’il se rallie à l’inter-coalition. Or, l’information avait été vérifiée à la bonne source. Si le «deal» n’avait pas marché, c’est qu’en ce moment déjà, Pape Diop avait déjà choisi son camp et l’avait fait savoir à quelques initiés.

Quels que puissent être les avis des uns et des autres, nombre d’acteurs savaient déjà qu’en dehors de la clameur populaire, l’inter-coalition n’a pas grand-chose à offrir à un député qui voudrait rallier son camp, contrairement au pouvoir. Et Pape Diop a tout-à-fait raison quand il dit dans sa déclaration avoir échangé avec les membres de son parti et de sa coalition, qui l’ont approuvé. Ce serait mal connaître un Mouhamed Massaly ou un Aliou Sow, que de les imaginer se liguer, en ce moment de la vie politique, contre le pouvoir du Prési­dent. Pour beaucoup d’acteurs politiques, le pré du «Macky» est toujours très vert.

Nous n’en sommes pas encore, au Sénégal, dans un scénario où le président de la République est dépouillé de l’essentiel de ses pouvoirs par l’opposition et devient une carpette. Macky Sall a encore beaucoup de leviers pour récompenser ceux à la fidélité desquels il tient.

Dans ces conditions, la classe politique sénégalaise étant ce qu’elle est, les opposants ne devraient pas se focaliser sur le «débauchage» de Pape Diop, mais plutôt s’inquiéter de qui devrait être le prochain sur la liste. On sait que les listes des Législatives ont été élaborées à la va-vite par les gros états-majors, et pour ce qui est de Yaw, leur liste des suppléants n’avait pas été mûrement réfléchie, mais faite dans le but de remplir une formalité. La preuve, Ousmane Sonko lui-même a fait si peu confiance à ses candidats qu’il ne leur a laissé à aucun moment battre campagne par eux-mêmes. Le leader de Pastef, à la tête de la «Conférence des leaders de Yewwi askan wi», a fait de cette campagne un référendum pour ou contre le troisième mandat de Macky Sall. Ils ont été bien servis dans leur but par l’involontaire et maladroite complicité de Benno bokk yaakaar qui s’est engouffrée dans une communication orientée vers les… infrastructures réalisées par Macky Sall. Comme si c’est ce dernier qu’il fallait réélire !

Aujourd’hui, les anonymes de Yaw qui vont siéger dans l’Hémicycle ont des visions hétéroclites. Les transhumances opérées dans les rangs de leurs maires ne rassurent pas quant à la fidélité de tous les militants de Pastef. Rien ne garantit que des députés, qui ont moins de moyens que des maires, puissent se montrer plus vertueux. De plus, il y a parmi ces élus, des gens dont les leaders ont déclaré avoir rejoint Macky Sall. Feront-ils eux, de la résistance ?

Les leaders de Yaw espèrent ferrer leurs militants et élus en leur disant qu’ils arriveront au pouvoir en 2024, après avoir balayé Benno. A ce jour, la météo politique ne leur garantit pas cette victoire. Or, les militants ont besoin de continuer à vivre et à avoir des perspectives. Yaw s’est privée d’une possibilité de caser une clientèle politique au sein du Hcct en vilipendant cette institution et en y laissant le champ libre à Benno. Khalifa Sall, Barthé­lemy Dias et Ousmane Sonko ont-ils mesuré le degré de frustration qu’ils ont pu créer auprès de certains de leurs fidèles, et surtout, se sont-ils donné les moyens d’y faire face ?

Lequotidien