CHRONIQUE DE MLD : La Trilogie Wade-Macky-Sonko…

Peu importe le verdict de la commission nationale de recensement des votes, tout le monde sait que Benno et l’inter-coalition Yewwi/Wallu vont quasiment se quitter dos à dos à l’issue d’un scrutin législatif qui permet ainsi d’avoir une meilleure visibilité du champ politique.
Ces blocs partisans majeurs se tiennent dans un mouchoir de poche et chacun héritera d’un nombre de députés qui oscillera entre 80 et 85 députés. Résultat des courses, pas de possibilité de majorité absolue de part et d’autre.
Un fait inédit qui accouchera sûrement d’un véritable changement de paradigme pour une assemblée nationale qui a de tout temps été sous coupe réglée car contrôlée largement par le parti ou la coalition présidentielle ; ce qui avait valu à l’Institution le nom peu glorieux et méprisable de chambre d’applaudissements.
L’enjeu aujourd’hui, c’est plutôt le jeu des alliances à savoir les combinaisons et autres combinazione à l’italienne dont raffolent justement les nombreux adeptes des protocoles et des deals de la classe politique. C’est tout le sens de la célèbre antienne du Général De Gaulle qui disait à l’envi : « La politique et la stratégie de la guerre ne sont qu’une perpétuelle concurrence entre le bon sens et l’erreur. »Autant, la politique n’est point l’affaire des enfants de chœur, autant elle nécessite aussi beaucoup de baraka à l’image du football.
Dans le cas d’espèce, même Yewwi Askan wi qui clame urbi et orbi sa virginité en terme de combines politiciennes, sera obligée de ferrailler et de négocier pour ne pas perdre la main.
C’est le temps des grandes manœuvres !
C’est aussi tout l’intérêt de l’axe décisif Wade / Macky / Sonko d’autant que tout le jeu politique actuel tourne autour de ces trois figures emblématiques.
De prime abord, on pourrait se demander qu’est ce qui lie réellement le Président Macky Sall et Sonko, deux mastodontes qui se regardaient jusque-là en ennemis jurés, engagés dans un mortal kombat pour le contrôle de ce pays qui nous mobilise au quotidien.
Eh bien, c’est Me Abdoulaye Wade le dénominateur commun de cette trilogie dont les menées politiciennes tiennent en haleine tous les Sénégalais.
Tous les chemins et toutes les hypothèses hautes ou basses mènent assurément vers le troisième Président de la République du Sénégal qui a eu l’ingénieuse idée de sortir de son chapeau l’aguichante coalition Wallu considérée actuellement comme le faiseur de roi, l’entité politique la plus courtisée du pays.
Wallu, auteur d’excellents résultats notamment à Touba, Diourbel et Pikine est incontournable pour qui voudrait jouer un rôle majeur et contrôler la prochaine assemblée nationale.
En principe, rien ni personne ne devrait inquiéter les Leaders de Yewwi en compagnonnage et en compromis dynamique avec la coalition wadienne si tant est qu’on reste dans le strict champ du respect de la parole donnée et des valeurs cardinales qui cimentent notre vivre-ensemble.
Le problème, c’est que la politique est trivialement le cimetière des amitiés et les Boss de Wallu savent très bien qu’ils ont un rôle d’arbitre historique à jouer.
Ils peuvent en réalité faire monter les enchères surtout que Macky Sall et ses partisans en très mauvaise posture et opportunistes en diable, se rappellent subitement que Wade est le père de tous les libéraux du pays et qu’il faudrait l’approcher par les temps qui courent au nom de la fameuse recomposition-reconstitution de la grande famille libérale.
Question : Wade et Wallu vont-ils trahir leur allié YAW au nom d’une certaine Real Politik qu’agitent tous les politiciens tortueux en mal d’arguments convaincants ?
C’est vraiment la question centrale, le nœud de toute cette tragi-comédie qui se déroule actuellement sous nos yeux.
Plusieurs cas de figure sont à envisager sérieusement.
Si Wallu trahit Yewwi pour se maquer avec la coalition présidentielle, ce sera sûrement pour espérer une éventuelle amnistie de Karim Wade afin de le relancer dans la course présidentielle de 2024.Une occasion pour Macky Sall de casser par ricochet la bipolarisation actuelle qui l’oppose à Sonko et de réduire sensiblement et drastiquement la puissance de feu du patron de Pastef.
Mais il faut aussi ne pas perdre de vue qu’il y a mille chances de voir Wallu respecter sa parole et éviter de trahir son partenaire circonstanciel car les Sénégalais sont très allergiques à l’injustice et le message fort de l’électorat lié au rejet massif de la vile pratique de la transhumance finira par doucher les ardeurs des partisans de la jonction parlementaire avec Benno identifiés au sein de la coalition de Me Wade.

La sagesse de Macron

Quid du contrôle des voix d’AAR Sénégal, de Pape Djibril Fall et de Bokk Guiss-Guiss à l’assemblée ?
Tout porte à croire qu’elles sont plus proches de la coalition présidentielle ou de la catégorie des non-inscrits au regard de leur discours radical contre Yewwi.
Tout compte fait, les prochaines semaines seront décisives et les nombreuses tractations visibles ou en coulisses permettront d’avoir une meilleure lisibilité d’une situation politique sénégalaise qui tient à cœur l’ancienne puissance colonisatrice.
Les éléments de langage du Président Emmanuel Macron sont intéressants lorsqu’ils mettent pratiquement l’accent sur « les félicitations à l’endroit du peuple pour son calme et sa responsabilité ».Autant dire que Macron joue les équilibristes en mettant en exergue les Sénégalais. Mieux, il ne veut froisser personne à la lecture des résultats inédits d’un scrutin législatif pour le moins historique.
L’autre interrogation est la suivante : Quelles sont les capacités de Macky Sall à se réinventer, à réinventer une machine politique Benno Bokk Yaakar visiblement grippée et surtout à se mettre dans la peau d’un Président de la République qui cherche à marquer l’Histoire relativement à la volonté controversée du troisième mandat ?
Benno n’est peut-être pas groggy mais elle est secouée même avec une majorité relative qui se dessine…
Trop de vents contraires comme la gouvernance controversée, l’affaire Mancabou, les conséquences Covid, la crise ukrainienne et par ricochet le renchérissement du coût de la vie ou encore les scandales de trois députés (Sall, Biaye et Seydina Fall Boughazelli) en délicatesse avec la loi sont passés par là.
Pendant ce temps, l’opposition marche sur l’eau et surfe visiblement sur les acquis considérables des résultats probants déjà engrangés lors des toutes dernières élections locales.
La bonne tenue de ce scrutin achève de démontrer toute la vitalité et la maturité d’une démocratie sénégalaise encore citée en exemple à travers le monde grâce à un vaillant peuple un tantinet en avance sur sa classe politique