Le droit du travail régresse partout dans le monde

Les violations du droit du travail ont atteint un niveau record en 2021 alerte la Confédération syndicale internationale. Dans son rapport annuel passant au crible 148 pays, elle constate que cette régression est sensible dans toutes les régions du monde.PUBLICITÉ

Premier indicateur de ce bond en arrière : les violences physiques contre les salariés. Ils en ont été victimes dans 50 pays, contre 45 l’an dernier. Il y a 13 morts à déplorer parmi les syndicalistes, notamment en Italie, en Inde et en Afrique du Sud. Dans près de 8 pays sur 10, 77%, les salariés ont été empêchés de fonder ou de rejoindre un syndicat. 87% des 148 pays examinés ne respectent pas le droit de grève. Ce rapport annuel souligne à quel point le droit du travail est encore un luxe rare. Pendant la pandémie on a redécouvert les invisibles, tous ces travailleurs en première ligne face au Covid ont fait la Une des journaux. Mais au même moment, leur sort s’est globalement dégradé. L’autre facteur défavorable au droit du travail est souvent politique. Chaque fois que la démocratie recule, le droit des travailleurs en fait les frais. C’est particulièrement vrai en Birmanie où la junte au pouvoir réprime violemment toutes les manifestations.

La Birmanie cette année encore se retrouve parmi les dix pires pays du classement

On retrouve aussi dans ce groupe le Bangladesh, les Philippines, le Brésil, la Colombie ; le Guatemala apparait pour la première fois parmi les dix plus mal classés comme l’Eswatini, l’ex-Swaziland. La Biélorussie, la Turquie et l’Égypte sont aussi classés parmi les pires. La plupart de ces pays ont des économies émergentes, ils sont dispersés dans le monde entier. Il y a pourtant des régions où le droit du travail est moins bien respecté qu’ailleurs. C’est le cas de la région Afrique du Nord/Moyen Orient, la région la plus mal notée. Même si certains pays ont fait des réformes positives, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont par exemple amélioré le droit des travailleurs étrangers, le bilan reste très négatif, notamment pour la main d’oeuvre étrangère des pays du Golfe. Le bilan a été aggravé par la situation politique en Tunisie où le régime présidentiel mis en place par Kais Saïed nuit au droit du travail. En Afrique sub-saharienne, les coups d’État et l’instabilité politique ont également joué contre le droit des salariés. Le Burkina Faso et la Guinée ont par exemple été rétrogradés.

Les pays d’Europe sont parmi les mieux classés

La catégorie des bons élèves, où les violations du droit du travail sont isolées, regroupe exclusivement des pays européens. Ils sont neuf, dont l’Allemagne, l’Autriche, et la plupart des pays nordiques. L’Europe n’est pas exemplaire pour autant. Les travailleurs ont été exposés à des violences physiques dans une dizaine de pays européens et trois sur quatre de ces États ont porté atteinte au droit de grève. La France, le Royaume Uni ou l’Espagne sont accusés de violations répétées. La Confédération internationale des syndicats pointe du doigt les abus commis par les multinationales occidentales. Comme Amazon en Pologne, Nestlé au Brésil ou H et M en Nouvelle Zélande. En Occident, la pénurie actuelle de main d’œuvre fait pencher la balance en faveur des salariés, ils sont en mesure de demander de meilleurs salaires et le respect de leurs droits. Mais ces tensions peuvent aussi aboutir à des dérives inquiétantes, comme le travail des enfants qui s’est généralisé au Québec : plus d’un mineur sur deux est au travail pour pallier l’absence des adultes.

Toutinfo.net avec RFI