Coura SENE, directrice régionale de Wave pour l’UEMOA : « La valeur ajoutée de Wave sur le marché du mobile money est incontestable »

Pour caricaturer, Wave, c’est la fintech venue troubler le paisible marigot du mobile money en Afrique de l’Ouest, un marché sans vague où les opérateurs télécoms pouvaient se satisfaire de se partager un filon devenu un lucratif relais de croissance avec la saturation de la voix. Un intrus qui  a ‘’abattu » les barrières des tarifs avec l’ambition de faire du secteur un véritable levier d’inclusion financière. Une démarche qui interroge, voire suscite parfois des grincements de dents. 

Coura SENE, directrice régionale de Wave pour l’UEMOA, a accepté de répondre sans réserves à nos questions sur différents sujets. L’on citera entre autres le développement de la société aujourd’hui présente, pour l’instant, dans 4 marchés ouest africains, son impact économique notamment en termes d’emplois, et sur l’avenir de la fintech ‘’qui ne s’interdit rien » : ‘’nous disons que nous irons là où le client nous amènera  », soutient Coura SENE.

Pourquoi l’idée de lancer une fintech comme Wave quasiment 20 ans après la naissance du mobile money sur un marché africain déjà très concurrentiel ? 

C’est une très bonne question. J’ai été moi-même consultante en mobile money au Sénégal pendant plusieurs années et à travers les missions que j’effectuais pour le compte de mes clients qui souhaitaient se lancer aussi dans le mobile money, ma question était aussi toujours pourquoi ? Mais en réalité, il faut bien se rendre compte qu’il y a encore beaucoup à faire sur le marché africain en termes d’inclusion financière et Wave est venu le démontrer. Malgré le fait qu’il y avait beaucoup d’offres sur le marché, la concurrence n’était pas au bénéfice du consommateur puisque les services proposés étaient les mêmes, aux mêmes tarifs, sans aucune innovation technologique. Pour faire simple, en réalité, tous les concurrents proposaient la même chose et de la même façon au marché. C’est dans ce contexte que Wave s’est lancé en proposant un produit résolument adapté aux besoins des consommateurs, à des tarifs abordables, plus équitables. Il s’agit de tarifs drastiquement réduits, donc plus accessibles même aux citoyens les plus modestes, et c’est vraiment ce qui fait la différence ici. 

Diriez-vous alors que Wave a révolutionné le mobile money en Afrique francophone ?

Oui. Wave a révolutionné le mobile money en Afrique de l’Ouest parce que nous avons abattu beaucoup de barrières à l’inclusion financière.  Car nous avons su proposer aux clients un produit innovant avec des tarifs abordables, un réseau d’agents performant et très étendu et un service client très satisfaisant, le tout avec l’ambition d’être la première institution de mobile money ayant un impact réel sur le marché ; ce qui est le cas.

Vous avez démarré vos opérations au Sénégal. Aujourd’hui, quelle est votre place sur ce marché pionnier pour vous en termes de volume de transactions et est-ce que vous notez la même dynamique sur vos autres marchés ? 

Au Sénégal où nous avons démarré il y a quatre ans, nous sommes aujourd’hui leader sur le marché du mobile money avec plusieurs millions de clients qui utilisent nos services de manière quotidienne. Ce qui représente des milliards de francs CFA en volume de transactions chaque jour. Nos chiffres sont remarquables et ne sont pas encore égalés pour la simple raison que nous avons su inclure tout le monde et proposer tous les services qui répondent à des besoins quotidiens. Sur les autres marchés comme la Côte d’Ivoire où notre implantation est plus récente, notre produit est très bien accueilli car nous avons tous les mêmes besoins dans la sous-région, qu’on soit Sénégalais, Ivoirien, Malien ou Burkinabè. Donc oui, notre produit se porte comme un charme et il connaît une belle croissance. Et ce n’est pas fini puisque nous abordons la deuxième phase de notre développement avec la généralisation du paiement marchand qui devrait permettre à toute personne de payer tous ses biens et services avec Wave. C’est-à-dire qu’à la fois dans le formel et l’informel, il sera possible de payer avec Wave. C’est notre ambition dans toute la sous-région. 

Vous avez indiqué la volonté d’intégrer le quotidien de la vie des populations mais dans le cas du marché ivoirien, l’on a par exemple les services d’eau d’électricité qui ne sont pas présents sur votre plateforme. Est-ce que c’est quelque chose que vous comptez intégrer ? Et comptez-vous faire de même pour d’autres services ? 

C’est quelque chose que nous comptons intégrer. Je tiens d’abord à dire que Wave est entrain de bien se développer en Côte d’Ivoire qui est un marché à très haut potentiel et comme vous l’avez noté, nous avons intégré récemment plusieurs paiements de factures comme Canal+ par exemple. Nous avons aussi intégré des services de paiement comme les cotisations à la caisse de sécurité sociale CNPS. Nous travaillons également avec acharnement, et ce depuis plus d’un an et demi, afin de permettre à des millions d’Ivoiriens de payer sans aucune contrainte leur facture d’électricité et d’eau. Ce type de partenariat prend un temps plus ou moins long selon les pays. Nous restons convaincus que cela aboutira positivement en Côte d’Ivoire comme au Sénégal et au Mali par exemple. Donc oui, c’est notre ambition et nous y travaillons depuis plusieurs mois. 

L’arrivée de Wave sur ses marchés crée des opportunités d’emploi pour des jeunes avec les vastes campagnes de promotion qui sont engagées. Quelle est votre politique en la matière ? 

Dans les marchés où nous opérons, nous générons des revenus pour des dizaines de milliers de promoteurs économiques (plus de 14 000 points de service), nous créons également des centaines d’emplois directs et permanents (Plus de 600 en Côte d’Ivoire à l’heure actuelle) et des milliers d’emplois indirects et temporaires en fonction de nos besoins ponctuels d’activation et de promotion. Cette politique de travailler avec des ressources temporaires est assez commune pour des sociétés commerciales et en cela Wave ne fait rien qui n’ait déjà été fait avant. Cela nous permet de rester agiles tout en étant conformes à la législation. 

Sur cette question, il y a eu une polémique en Côte d’Ivoire sur la gestion de vos contractuels qui n’auraient pas été traités conformément à la réglementation. Qu’en est-il ? 

Nous ne sommes pas au courant d’une telle polémique qui questionnerait notre conformité à la réglementation !  Depuis toujours, Wave est restée sans compromis dans son engagement à faire de l’inclusion financière une réalité pour tous, en fournissant des services mobile money radicalement inclusifs et dans des conditions justes.  Comme beaucoup d’entreprises de la place, nous avons fait appel à des sociétés d’intérim reconnues et avons agi en tout légalité. Dans le souci d’une amélioration continue de notre politique de distribution du service Wave sur le terrain, nous avons dû récemment faire le choix de nous séparer de plusieurs promoteurs et superviseurs. Cette décision qui a été difficile, s’est toutefois avérée nécessaire pour le maintien d’une gestion transparente de nos produits et services, et la survie de près de 16 000 emplois directs et indirects.  Wave tient à rassurer toute sa clientèle en Côte d’Ivoire de son engagement avec ses partenaires actuels comme futurs à continuer ses activités dans les meilleures conditions et à leur fournir la meilleure expérience mobile money. 

En termes d’expansion vous avez parlé du Mali, est-ce que vous avez d’autres marchés que vous visez ? 

Nous avons lancé le Mali en août dernier puis le Burkina Faso en fin d’année et nous visons bien évidemment d’autres marchés. Toutefois, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il faut en général entre six mois et un an de travail pour pouvoir lancer un nouveau marché parce que nous évoluons dans un secteur très réglementé, surtout qu’il faut obtenir plusieurs accords, aussi bien du côté de la réglementation télécom que de la réglementation bancaire. De manière générale, nous ne souhaitons pas trop communiquer les marchés sur lesquels nous travaillons pour des raisons de confidentialité et à vrai dire, l’engouement autour de Wave est si fort que nous devons toujours faire attention avec ce genre d’informations. 

On voit bien que Wave a su se faire sa place dans le mobile money. Est-ce que votre business pourrait évoluer pour devenir une institution financière par exemple ? Et plus globalement, quelles sont vos perspectives de développement ? 

Alors, je dirais que nous ne nous interdisons rien : oui bien sûr, notre business peut évoluer pour aboutir à une institution financière. Nous irons là où le client nous amènera. À l’heure où nous parlons, le besoin est de faire de l’inclusion financière une réalité, de répondre aux besoins des personnes, notamment dans les zones reculées et qui ont besoin d’un réseau d’agents pour faire des dépôts et retraits et pour faire des transactions basiques de paiement de factures, de paiements de biens et services. Donc, quand nous aurons bien fini de régler ces questions et qu’il s’agira d’aller vers une banque numérique, nous répondrons oui au rendez-vous.

A cet effet, vous évoluez sur un marché de l’UEMOA où l’inclusion financière a été définie comme une priorité par les autorités. Comment Wave peut-il contribuer à réaliser des progrès dans ce domaine ? 

Notre mission c’est d’aider les banques centrales au niveau des pays dans lesquels nous évoluons à réaliser les objectifs d’inclusion financière. L’inclusion financière, c’est permettre aux populations qui aujourd’hui ne sont pas bancarisées de pouvoir réaliser des opérations financières avec beaucoup plus de sécurité pour tout le monde, pour nos populations, pour nos États et pour nos banques centrales. Cela permet aussi de connaître le niveau exact de l’économie et notre contribution est là. La contribution de Wave c’est vraiment de permettre à beaucoup de personnes qui aujourd’hui utilisent le cash pour faire beaucoup de choses, notamment le paiement de factures d’eau et d’électricité dont vous avez parlé, à le faire de manière digitale. Notre contribution ce sera de permettre le paiement marchand par exemple sur les marchés formel et informel. Notre vision c’est qu’en Afrique francophone, on n’en arrive à un point où tout soit payable par mobile money. On a l’exemple de M-PESA en Afrique de l’Est qui compte tout de même 54 millions de clients actifs. Donc notre ambition, c’est vraiment aider les banques centrales de l’Afrique francophone à atteindre le niveau de l’Afrique anglophone.

Au niveau du marché, il y a certains observateurs qui estiment que les tarifs de Wave sont bien trop modestes pour être rémunérateurs et que même l’entreprise n’a pas vocation à être pérenne. Votre business est-il viable dans le temps ? 

Alors ma réponse elle est simple et elle est de plus en plus précise au fil du temps, puisque vous avez remarqué que nos concurrents, qui estimaient que nos tarifs sont très faibles, ont aujourd’hui aligné leurs tarifs sur les nôtres. Cela veut dire qu’ils viennent de voir ce que nous avions vu avant eux en termes de business model. Alors, parlant d’inclusion financière qui ramène au terme ‘’inclure », des tarifs de services élevés sont un critère d’exclusion et non d’inclusion. Cela veut dire qu’un tarif élevé exclut des personnes et les incite à continuer d’utiliser le cash. Quand utiliser le cash est plus avantageux qu’utiliser le paiement digital, le client reste avec le cash et cela ne favorise pas l’inclusion financière. Ce qui représente bien un manque à gagner pour l’opérateur puisque ce sont des transactions en moins. Notre business model est viable, inclusif et a l’avantage d’apporter du volume.

Pour finir, il est donné d’observer que les startups sont plus dynamiques dans les régions anglophones du continent où elles parviennent à lever d’importants financements, ce qui est moins le cas dans les pays francophones. Quelle analyse pouvez-vous en faire ? 

Effectivement, les startups dans les pays d’Afrique anglophone arrivent à attirer plus de financements. Ce n’était pas le cas dans les pays francophones du continent, mais nous venons de démontrer que c’est possible parce que le Sénégal est bien un pays francophone et pourtant il a su attirer grâce, à Wave, un financement venant des Etats-Unis pour accomplir des choses. En fait, l’Afrique francophone n’a rien à envier à l’Afrique anglophone, il fallait juste démontrer cela. Il faut reconnaître qu’on a peut-être un peu plus de bureaucratie, mais Wave a prouvé que c’était quand même possible parce qu’on a pu être la première licorne d’Afrique. Il faut donc beaucoup de résilience, bien connaître notre réglementation et avoir envie de faire bouger les lignes. Moi j’y crois fortement et je pense qu’on a donné l’exemple.

TOUTINFO.NET (avec Sika Finance)