CAN 2022: PORTRAIT: Wahbi Khazri, taulier de la Tunisie

FOOTBALL : L’international Wahbi Khazri, mondialiste en 2018, joue actuellement au Cameroun sa cinquième CAN. L’Aigle de Carthage qui a inscrit un doublé face à la Mauritanie le 16 janvier lors de la deuxième journée espère encore une fois atteindre le dernier carré comme en 2019 en Égypte. 

On se souvient encore de ce garçon très discret qui découvrait la CAN et l’Afrique du Sud en 2013, du côté de Rustenburg. À l’époque, Wahbi Khazri jouait encore à Bastia. Sa Corse natale était son principal terrain de jeu, où il avait découvert les joies du ballon rond dès l’âge de quatre ans.

Au pays de Nelson Mandela, Wahbi Khazri avait été titularisé pour la première fois face au Togo d’Adebayor lors de la troisième rencontre de phase de groupes. « J’ai été très bien accueilli dans le groupe. Il y a une super ambiance et on rigole bien. C’est le plus important pour réussir une Coupe d’Afrique des nations », nous expliquait Wahbi Khazri durant un entraînement, à la veille d’affronter les Éperviers.

Capable de coups de génie

Depuis, l’homme passé par Bordeaux a pris de la bouteille. Il s’est bonifié. S’il a eu des hauts et des bas, Khazri n’a jamais rechigné à la tâche, même quand les critiques pleuvaient, ou qu’il avait du mal à exister, comme dans le championnat anglais avec Sunderland (2016-2018). Il n’avait pas réussi à sauver les Black Cats de la relégation en deuxième division et était revenu en France du côté de Rennes.

  Ce qui n’empêche pas que Wahbi Khazri est souvent capable de coups de génie. Personne n’a oublié son but sublime en octobre dernier à Metz avec Saint-Étienne. Un lob de 68 mètres dont les images ont fait le tour de la planète. L’homme qui excelle dans les coups de pied arrêtés avait marqué son premier but en sélection sur un coup franc face à la Sierra Leone en mars 2013 lors des éliminatoires du Mondial 2014 au Brésil. 

Au Cameroun, il a inscrit un doublé face à la Mauritanie dimanche 16 janvier, et a relancé les Aigles après une entrée ratée dans la compétition face au Mali. Élu homme du match, Khazri a avoué de pas être un « joueur qui doute ». « J’ai des qualités. J’ai senti que le groupe était derrière moi. Après je connais le football. Je connais les gens, comment ils aiment être. C’est-à-dire dès que ça se passe moins bien, critiquer, descendre les joueurs au plus bas. Moi, ils peuvent me faire ce qu’ils veulent, ils ne m’atteindront pas », assure-t-il.

Wahbi Khazri fait partie des joueurs qui ne fuient jamais les questions, ni leur responsabilité. Et comme un steward, il ne panique plus en cas de fortes turbulences. Les trous d’air, il connaît. Les Tunisiens devront confirmer contre la Gambie jeudi 20 janvier pour s’assurer une qualification directe.

L’amour du continent africain

« La Tunisie, c’est le pays de mon père, où je me rendais tous les étés en vacances. Ce sont mes racines. Quand je vois la ferveur à l’occasion de nos matches, c’est encore plus motivant. Nous traversons tous une période difficile avec le Covid et, dans certains pays africains, le seul bonheur que l’on peut avoir, c’est le football. Si on peut mettre ça de côté et faire vivre de bons moments au pays, c’est encore plus réjouissant. C’est pour cela que l’on joue au football, pour rendre les gens heureux », raconte l’Aigle de Carthage dans un entretien à l’AFP.

Tout en ajoutant : « La CAN, ce sont des voyages entre des villes inconnues en Europe. On traverse des villages où l’on voit que les gens n’ont pas forcément grand-chose, mais sont très heureux de nous voir ». Wahbi Khazri, mondialiste en 2018, avait exaucé un autre rêve de gosse : marquer en Coupe du monde (contre la Belgique et le Panama). Les Aigles avaient quitté la Russie et le Mondial sur cette victoire contre les Panaméens (2-1), la première en Coupe du monde depuis 1978.

Lors de la dernière édition en Égypte, la Tunisie avait atteint le dernier carré, battue par le Sénégal en demi-finale. « Ce serait bien maintenant de nous qualifier pour la finale, mais ce ne sera pas facile, car il y a de belles équipes en Afrique, où le niveau est de plus en plus relevé », avoue-t-il.

« Bien éduqué et altruiste »

Wahbi Khazri aimerait certainement effacer de sa mémoire les quelques mauvais souvenirs de ses campagnes africaines, comme ce quart de finale perdu en Guinée équatoriale face au pays hôte. La Tunisie menait 1-0 et se dirigeait vers une qualification logique en demi-finale de la CAN quand, sur une faute imaginaire, l’arbitre mauritanien Rajindraparsad Seechurn, avait accordé un penalty au pays organisateur. Javier Balboa avait égalisé. Quelques minutes plus tard, en pleine prolongation, Balboa avait marqué sur un coup franc magistral, consécutif à une nouvelle faute peu évidente. Rajindraparsad Seechurn avait été suspendu six mois par la CAF. Wahbi Khazri, lui, dans un accès de colère, avait promis de ne plus jamais remettre les pieds à la CAN. Heureusement pour le football africain, il n’a jamais mis sa promesse à exécution !

« C’est un garçon attachant, bien éduqué et altruiste avec lequel je ne garde que de bons souvenirs. Ce n’est pas un leader charismatique, mais un leader naturel de jeu. Il fait partie des joueurs qui, lors d’un match tendu, est capable sur une inspiration de le débloquer. Il apporte une dynamique à l’équipe », a récemment déclaré dans les colonnes du Progrès Frédéric Hantz qui l’a entraîné en Corse. Pour sa cinquième participation à la Coupe d’Afrique des nations, Wahbi Khazri a encore la fièvre dans le sang et toujours l’envie d’emmener les Aigles sur le toit du continent.

Toutinfo.net (avec RFI)