CONSEQUENCES DE L’EMBARGO CONTRE LE MALI : Les bouchers redoutent une pénurie de viande de bœuf

ECONOMIE : Les sanctions de la CEDEAO contre le Mali voisin commencent à se répercuter sur le marché, notamment dans le secteur de la boucherie. Les acteurs de la filière viande alertent sur une éventuelle pénurie de la viande de bœuf ou une hausse des prix.   

Il est 11 heures tapantes, ce vendredi au marché de Ouakam où les derniers développements de la crise malienne avec la fermeture des frontières avec les pays de la CEDEAO ne laissent pas indifférent les bouchers sénégalais. Un tour, dans un foirail de Dakar permet de se rendre compte que l’inquiétude est perceptible. En effet, les sanctions de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) contre le Mali dimanche dernier ne manqueront pas de faire des dégâts collatéraux dans tous les secteurs plus particulièrement dans le secteur de la boucherie. 

De fait, le Mali est le principal pourvoyeur de viande bœuf du Sénégal. Récemment, le ministre du Commerce et des PME, Aminata Assome Diatta avait accusé les tensions politiques au Mali d’être à l’origine de la hausse généralisée des prix de la viande, faisant passer le prix de 2500 francs à 4000 francs CFA. 

Si rien n’est fait, les prix de la viande risquent encore de flamber ou d’installer le Sénégal dans une situation de pénurie. Dans les marchés de Dakar les vendeurs de viande sont déjà confrontés à une pénurie de viande.  « Aujourd’hui, on a bloqué toutes les vaches à la frontière. Actuellement on a un énormément de problèmes d’approvisionnement », a déploré, Bailo Koita, la cinquantaine, boucher au marché de Ouakam.

En écho, son collègue Adama Thiam qui œuvre dans le secteur depuis 18 ans ajoute que « cette décision du Sénégal de fermer ses frontières avec le Mali a des conséquences fâcheuses sur le commerce entre les deux pays. Au Sénégal, non seulement la demande est largement supérieure à l’offre, mais aussi la viande n’est pas de bonne qualité par rapport aux bœufs du Mali ».

Nos deux bouchers revendiquent qu’ils travaillent étroitement avec les éleveurs maliens qui les approvisionnent en viande. 

« DEBUT DE PENURIE DE VIANDE »

Manifestement, un début de pénurie de viande bœuf se fait déjà sentir au foirail. « Il suffit de se rendre au foirail pour faire le constat, on peut y même installer un terrain de football », ironise Adama Thiam. 

Selon nos interlocuteurs, si ces sanctions de la CEDEAO perdurent les prix de la viande vont incontestablement augmenter.  « Depuis la dernière flambée pendant la fermeture des frontières à cause de la covid-19, les prix sont maintenus à 3500F, mais avec un bon approvisionnement du bétail on pourrait casser le prix jusqu’à 2800 FCFA pour le grand bonheur des clients. Actuellement, le kilogramme de viande est à 4000FCFA », explique Babou Koita. 

Les bouchers très inquiets appellent les autorités de la CEDEAO à penser aux populations confrontées déjà à la cherté de la vie dans un contexte de pandémie du Covid-19. « Nos Présidents doivent penser aux peuples avant de prendre certaines décisions. Cet embargo contre le Mali va impacter négativement la CEDEAO des peuples », a regretté Adama Thiam. 

Abdoulaye DIAO