LA CHRONIQUE DE MLD : De qui se moque l’Europe du foot ?

Le simple fait pour l’Association européenne des clubs(ECA) de menacer de ne pas libérer les pépites africaines qui évoluent sur les vertes pelouses du vieux continent est une insulte à l’intelligence des Africains. Mieux, tous les terriens doués de raison sont encore sous le choc à l’idée d’envisager la sombre perspective  de suivre les matchs de la coupe d’Afrique des nations sans la participation des Sadio Mané, Mo Salah, Mahrez, Toko Ekambi et autres Aubameyang…Les éléments de langage usités disqualifient largement Karl Heinz Rummenigge, Juan Laporta, Aulas, Nasser El Khelaifi et compagnie. Quand on reproche à la Confédération africaine de football(Caf) de ne pas avoir rendu public un protocole médical fonctionnel pour la Can camerounaise, on est à la fois dans la stigmatisation et la condescendance. Or, il est de notoriété publique qu’à ce jour, pour ce qui concerne cette pandémie ayant fini de mettre le monde à genoux, l’Afrique est de loin moins touchée que l’Europe. Alors de qui se moquent ces  patrons, sortes de potentats européens aux ventres bedonnants ? La puissante association des clubs les plus riches de la planète-foot a  visiblement raté une bonne occasion de se taire. Ce conglomérat des grosses écuries agit en vérité comme un groupe de pression ; elle est justement dans la bonne vieille logique du « Qui paie commande » surtout que c’est grâce à ses salaires mirobolants que les meilleurs joueurs africains comptent parmi les mieux payés de l’écosystème du foot mondial. Mais cela ne devrait nullement leur conférer le droit de piétiner les libertés de ces talents ou de manquer de respect et de considération à une compétition qualifiée il ya quelques semaines de petit tournoi par Jürgen Klopp le coach de Liverpool qui avait alors donné le ton. Pourtant la Can n’a pas que des contempteurs en Europe, Sky Sports, la BBC et d’autres chaînes mondiales ont beaucoup misé sur cette compétition pour avoir mis beaucoup d’argent en termes de droits télé et de sponsoring. Pour rien au monde, ces puissants médias ne cautionneraient la possible forfaiture et le chantage des grands clubs européens. C’est donc dire que même en Europe, il y’en a qui font encore preuve de bon sens s’il s’agit d’aborder la sempiternelle question  de la libération des joueurs africains. Il est clair que pour l’ECA, l’argument-massue du protocole sanitaire n’est qu’un  alibi pour tergiverser au moment de libérer les joueurs africains. Il s’agit d’ailleurs de pratiques aussi vieilles que le foot. Cette lancinante problématique ne date pas d’aujourd’hui d’autant que pour l’Europe, la libération des footballeurs africains a toujours été concédée de manière douloureuse. Dans les années 80 et 90, la génération des Jules Bocandé, Oumar Gueye Sène, Roger Milla et autres Youssouf Fofana était confrontée aux mêmes réalités.Bocandé a même eu mailles à partir avec un arbitre du championnat de France .Le regretté Essamaye avait alors balancé des mots déplacés au maître du jeu  pour écoper volontairement d’une suspension et rallier le regroupement des Lions du Sénégal. En Juillet 1987 pour le compte des  éliminatoires de la  Coupe d’Afrique des Nations Maroc  88, le même Bocandé avait  aussi livré un match du championnat de France  le samedi avant de rallier le Zaïre (actuelle RDC) le  lendemain  par vol spécial. A l’époque l’avion présidentiel  avait  été dépêché en France pour aller récupérer les Sénégalais de France, ces fameux Sénéfs sur qui comptaient tout un peuple assoiffé de victoires fondatrices et galvanisantes. Autant dire que la libération des footballeurs professionnels reste un vieux débat même si des avancées considérables ont été notées à ce sujet depuis au moins une bonne vingtaine d’années. In fine, cette association européenne des clubs n’a aucune raison de nous faire vivre une situation qui nous ramènerait en arrière en nous rappelant de mauvais souvenirs. Le dernier mot revient à la Caf qui n’a pour l’heure montré aucun signe de faiblesse relativement au maintien des dates retenues pour la grand’messe du foot africain.