CHRONIQUE DE MAME GOR NGOM : Ici, rien n’est certain…

Il est difficile de prévoir ce que sera demain. 2024 est l’un des grands rendez-vous les plus déterminants de la démocratie sénégalaise. Les locales du 23 janvier 2022 et les législatives à venir constituent un avant-goût d’une bataille entourée par des incertitudes notoires. Le président de la République a beau expliquer son « ni oui ni non », a beau affirmer qu’il respectera les règles démocratiques et la Constitution -qui affiche que : « Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs »-, le doute persiste, le brouhaha aussi. La porte ouverte à toutes les interprétations. Des plus cohérentes au plus loufoques. Une situation voulue par Macky Sall qui veut rester le maître du jeu et déterminer son propre destin. En refusant d’être catégorique, il continue de neutraliser les « ambitieux » de son camp et met les opposants dans une situation telle qu’ils ne peuvent pas aussi réagir de manière tranchée sur une troisième candidature qui n’est pas encore actée en dépit des signes annonciateurs. Un tel état des choses peut constituer un couteau à double tranchant. Si Sall, comme prévu par la Constitution « renonce » à être candidat, il peut handicaper sa coalition qui sera très en retard par rapport à une opposition qui a manifestement une claire vision en vue des échéances futures. Ce qui l’affaiblirait. S’il décide de se jeter dans la bataille les risques de discrédit sont énormes. C’est pourquoi le retour du poste de Premier ministre, officiellement pour « s’occuper du pays au quotidien » et pour faire face à la conjecture pandémique, cache évidemment des desseins politiques. Annoncé banalement en Conseil des ministres, voté en procédure d’urgence à l’Assemblée nationale, le futur chef du gouvernement sera nommé après les élections locales de janvier 2022, selon le président. L’urgence n’est plus urgente. Passons sur le paradoxe pour souligner une stratégie, loin d’être banale qui permet au leader de Benno Bokk Yakaar (Bby) de mieux maîtriser sa troupe surtout les fortes personnalités de son parti l’Alliance pour la République (Apr).  Le nom du futur Pm est « dans sa tête », tous les « premier-ministrables » sont obligés d’avoir des conduites irréprochables, se donner à fond, surtout réussir leurs missions respectives : gagner haut la main le 23 janvier prochain.  Amadou Ba comme Abdoulaye Diouf Sarr les plus en vus sont obligés de taire leurs divergences évidentes, leur adversité manifeste pour entrer dans les rangs. En attendant le chef. Celui-ci a aussi la possibilité de prendre le contre-pied des attentes et de choisir une personnalité moins « colorée » qui ne sera pas du parti, qui devrait travailler exclusivement pour la patrie. Le chef de l’Etat est à la manœuvre. Son avantage réside dans sa possibilité de cacher son jeu jusqu’aux ultimes instants. Ce qui laisse peu de place à une possible anticipation non seulement de ses soutiens et barons de son parti mais aussi de ses adversaires obligés aujourd’hui d’observer ses moindres gestes et gesticulations. Les commentaires et les spécifications vont bon train. Ils vont se poursuivre, s’intensifier jusqu’à la prise de décision de Sall. Ce dernier semble jouer sur plusieurs tableaux. Déjà, l’amnistie de Khalifa Sall et de Karim Wade est encore remise au goût du jour par France 24 et Rfi, des yeux et voix de la France en Afrique, chez nous. Ceux qui y voient une manière de « réduire les chances » d’Ousmane Sonko n’ont pas tort. L’actuel leader de l’opposition sénégalaise a beaucoup bénéficié de l’absence de ces deux leaders lors de la présidentielle de 2019 et surtout de la « Mburusowisation » incarnée par Idrissa Seck. Les événements de février-mars 2021 l’ont propulsé davantage vers le sommet. Il n’a pas été tué. Il est engraissé. La remise en selle des « bannis » pourrait réduire son aura même s’il est évident qu’il a une longueur d’avance certaine sur eux. Les prochaines locales peuvent le renforcer et rendre plus ancré son parti une des locomotives de la coalition Yewwi Askan Wi. 

A la croisée des chemins 

Le scrutin du 23 janvier est donc une des clefs de l’avenir politique et de la nation toute entière. Dakar est la mère des batailles. Le parti au pouvoir y tient. Deux de ses champions cités plus haut, y jouent leur avenir L’opposition aussi. Une défaite dans la capitale que KhalifaSall  contrôle malgré toutes les secousses, sera un coup fatal surtout pour la carrière de l’ex-Maire probable futur candidat en 2024. Zinguinchor est un enjeu. Ousmane Sonko candidat local a l’obligation de remporter l’élection là-bas rééditant chemin-faisant sa victoire de février 2019. Une défaite serait catastrophique. Thiès aussi. Idrissa Seck qui a choisi Yankhoba Diattara à la place de Talla Sylla avec qui il est en rupture de ban, joue-t-il sa survie ? D’autres localités, d’autres enjeux…En attendant cette échéance, nous sommes à la traversée des chemins. Des coups et des contre-coups. Des attaques et des contre-attaques. Accusations et contre-accusations. Une sale guerre entretenue bruyamment au moment où les priorités sont très peu prises en compte. Le pouvoir se donne les moyens pour pérenniser son règne. L’opposition s’engage pour prendre le pouvoir. Les scandales des passeports diplomatiques, les dérives dans la gestion des deniers publics au niveau de la poste, les problèmes liés à l’eau à Dakar et ailleurs dans le pays entre autres, ne sont apparemment pas importants pour des opposants qui communiquent peu sur ces sujets si cruciaux. Beaucoup de petits combats dans l’espace public comme cette affectation de l’activiste Guy Marius Sagna à Kédougou. Si on en parle et la juge inique, ce n’est du fait de l’éloignement de cette région mais elle a été précédée par d’autres affectations multiples et souvent sans objet valable.  La même logique a conduit Souleymane Téliko juge et défenseur acharné d’une indépendance de la Justice, à Tambacounda. Des actes qui sont anachroniques et contre-productifs en 2021. En attendant 2024. Avec mille incertitudes !