Chronique de MLD : Dakar, maire des batailles…

Aux mains de l’opposition depuis les fameuses élections locales de 2009 avec la prouesse magistrale de Khalifa Sall vainqueur aux dépens d’un certain Karim Wade adoubé alors par tout un système, Dakar sera comme à l’accoutumée la mère des batailles lors des élections locales du 23 janvier 2022. C’est un secret de polichinelle, ceux qui incarnent aujourd’hui le pouvoir central, souffrent sérieusement de voir cette capitale-rebelle échapper à leur contrôle depuis douze bonnes années. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle aucune ruse de sioux, aucune stratégie ne sera de trop pour gagner enfin Dakar et apporter par ricochet un bon bol d’air, une bonne marge de manœuvre au Président de la République, clé de voûte de nos Institutions. La symbolique de la gestion dakaroise par la mouvance présidentielle est puissante et c’est à l’aune de ces enjeux importants qu’il faut comprendre le discours d’un des candidats les plus sérieux, Abdoulaye Diouf Sarr en l’occurrence. Pour l’actuel édile de Yoff qui tient à monter en grade, le rôle d’un maire n’est pas de mener une bataille acharnée contre le pouvoir central. Une allusion à peine voilée aux péripéties ayant jalonné les relations mi-figue mi -raisin entre l’Etat et Khalifa Sall vainqueur du scrutin local en 2009 et en 2014. Mais le ministre de la santé est subtil dans son propos et le message sibyllin qu’il veut envoyer aux électeurs da la capitale est le suivant : « Si vous voulez un Dakar moderne avec un cadre de vie attrayant, votez en faveur du candidat au pouvoir afin de mettre fin à cette dualité opposition /pouvoir plutôt néfaste aux Dakarois…». Le problème c’est que les résidents de la capitale ne sont point dupes, ce genre de discours peut s’avérer contreproductif surtout qu’il a fini de prendre les allures d’un chantage. C’est  d’ailleurs l’une des faiblesses majeures des politiciens ; pour « tuer » un adversaire, ils sont prêts à verser dans des débats futiles et très peu orthodoxes. Or, l’électorat dakarois est éduqué et très avisé en conséquence, il faudra mieux que ces appels d’un autre âge pour le convaincre.

Un budget de 66 milliards fr cfa en ligne de mire

Pourtant Abdoulaye Diouf Sarr a plusieurs atouts à son actif pour gagner cette bataille de la capitale. C’est un cadre expérimenté qui s’est déjà frotté aux réalités de la gestion des collectivités territoriales au cours de sa riche carrière professionnelle. Mieux, son programme semble assez intéressant…Le hic c’est qu’au-delà du candidat de l’opposition, il aura aussi affaire à Mambaye Niang, candidat-rebelle de la mouvance présidentielle qui se présentera sous la bannière de la Plate-forme Sénégal 2035. Il y’aura forcément un émiettement des forces présidentielles et la question qui turlupine les analystes les plus perspicaces est la suivante : cette situation inédite profitera-t-elle au pouvoir ? Non assurément surtout que cela renvoie une très mauvaise image aux yeux d’une opinion publique de plus en plus exigeante sur la posture des candidats à la gestion de la chose publique. C’est en vérité la chance inouïe de Barthélemy Dias, sérieux candidat de Yewwi Askan wi(Yaw) qui se présentera en force avec une solide expérience dans la gestion d’une mairie mais aussi un pedigree politique assez consistant. Le seul reproche que lui font la plupart de ses contempteurs, c’est son caractère jugé sanguin et belliqueux, disons un homme politique fâché avec le politiquement correct. Au vu de la posture de sagesse prise lors de la récente affaire Gaston Mbengue, on est quand même en droit de dire qu’il s’est finalement entouré de bons conseillers, ce qui est primordial pour tout homme qui aspire aux suffrages de ses concitoyens.

Quid du maire-sortant Soham El Wardini ?

Au regard des mœurs politiques et du profilage et de la configuration de l’électorat au Sénégal, il ne serait pas exagéré de la dépeindre sous les traits d’une candidate sans illusion au même titre que Mambaye Niang d’ailleurs qu’on pourrait caricaturer de candidat de la diversion.

Madame le maire, une grande dame, correcte, au discours structuré et bien sous tous rapports, souffre cependant d’une tare originelle : elle n’a pas été élue car elle a plutôt tiré profit des déboires judiciaires de Khalifa Sall. Ensuite, elle ne pourrait bénéficier de la puissante machine des appareils politiques, elle ne doit sa présence dans ce scrutin qu’à la magnanimité de l’Union citoyenne Bunt Bi, réceptacle des « naufragés » politiques, ces candidats sans ancrage partisan reconnu et légal. Ce genre de pratique n’est quand même pas une nouveauté dans le landerneau politique ; en 1998, Jeff -Jell de Talla Sylla avait aidé feu Djibo Ka à participer aux législatives en lui prêtant son récépissé. En définitive et sans jouer les devins, la mère des batailles opposera pratiquement les édiles actuels de Yoff et de Mermoz-Sacré-Cœur avec en toile de fond le contrôle d’un budget annuel de plus de 66 milliards fr cfa, une belle cagnotte qui pourrait donner des idées à son gestionnaire dans l’optique de la présidentielle de 2024.

Politique, quand tu nous tiens !