COÛTS ELEVÉS ET MAUVAISE QUALITE DE L’EAU : Les députés accablent la Sen’Eau

Le problème de la qualité, de la disponibilité et du coût de l’eau a été évoqué hier lors du passage du ministre de l’Eau et de l’Assainissement à l’assemblée nationale. Les députés qui ont bombardé Serigne Mbaye Thiam de questions, ont manifesté toute leur insatisfaction par rapport la gestion de l’eau depuis l’arrivée de la Sen’Eau, dénonçant ainsi une hausse vertigineuse du coût et une mauvaise qualité de l’eau.

Les députés sont très remontés contre le fermier Sen’Eau. Et ils ne se sont pas privés de le clamer tout haut hier, lors du passage du ministre de l’Eau et de l’Assainissement pour le vote du budget 2022 de son département. Tous, ceux du pouvoir comme ceux de opposition, les députés ont fortement décrié les impairs notés dans la distribution de l’eau depuis l’arrivée de la nouvelle société en remplacement de la Sénégalaise des eaux (Sde). Et c’est le député de la majorité parlementaire Pape Sagna Mbaye qui a donné le ton dès l’ouverture des débats. 

Pape Sagna Mbaye : ‘’La seule chose qui est constante, c’est la hausse vertigineuse, cette augmentation indéterminée du coût de l’eau’’

Selon le député et responsable de l’Alliance des forces de progrès de Moustapha Niasse, jusqu’ici, le changement espéré avec l’arrivée de la Sen’Eau n’a pas eu lieu. Au contraire, dira-t-il, le changement qu’il y a eu jusque-là, c’est la hausse vertigineuse du coût de l’eau et la mauvaise qualité, non seulement du liquide précieux, mais aussi de la distribution, avec des pénuries à n’en plus finir surtout à Dakar et dans sa banlieue. ‘’La seule chose qui est constante, c’est la hausse vertigineuse, cette augmentation indéterminée du coût de l’eau. Nous ne pouvons pas comprendre ce qui se passe. Qu’est ce qui a changé ? Au niveau du dispositif expérimental rien n’a changé. Chez moi, à part un compteur qui tourne beaucoup plus vite, rien n’a changé’’, dénonce le responsable progressiste réputé être un militant discipliné de l’Afp, mais aussi solidaire de la mouvance présidentielle. Excédé, il en remet une couche en donnant l’exemple d’un retraité qui, d’habitude payait une facture de 13.000 FCFA et qui se retrouve du jour au lendemain avec une facture de 80.000. ‘’Comment peut-on expliquer cette situation. Tout le monde en parle et le déplore. Qu’est ce qui va être fait ?’’, tonne-t-il. Face aux impairs que vivent les consommateurs sénégalais depuis l’avènement de la Sen’Eau, l’Etat du Sénégal a commandité un audit pour déterminer le préjudice subit jusqu’ici sur la facturation. Mais d’ores et déjà, la représentation nationale se demande si l’audit sera rétroactif. ‘’Une fois l’audit réalisé et que nous aurons des résultats, est-ce que le redressement sera rétroactif, parce que ce sera de l’argent indu engrangé par la Sen’Eau’’, demande Pape Sagna Mbaye au ministre Serigne Mbaye Thiam. D’autres députés ont aussi abondé dans le même sens.

Marième Soda Ndiaye : «Du temps de la SDE, nous étions pas contents (du service). Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas contents de Sen’eau»

Embouchant la même trompette, sa collègue Marième Sofa Ndiaye de souligner avec regret : «La Sen’eau s’était donné elle-même comme mission, l’excellence dans la qualité du service. Nous avions beaucoup de revendications du temps de la SDE. Nous étions pas contents (du service). Donc si on doit avoir un autre opérateur, il doit être meilleur. Mais aujourd’hui également, nous ne sommes pas contents de SEN’EAU. Nous avons constaté que les compteurs ont été renouvelés et on a constaté en même temps, une hausse des factures. Qu’est-ce qui explique cela». Poursuivant, elle demande au ministre, où en sont ses services avec l’audit annoncé de la facturation décriée par tous. 

Dans la même lancée, Mame Diarra Fam, qui prend exemple sur son propre cas, interpelle directement la Directrice de Sen’eau. «A la Sen’eau c’est toujours la même rengaine : l’augmentation du prix de l’eau n’a pas varié. Et pourtant on n’invente rien, tout ce qu’on dit est la pure vérité. Madame, Sen’eau ça ne marche pas. Moi, j’habite seule et je payais 3 000 francs Cfa ou même 1500, maintenant, je paye 17 000 de nos francs. Marie Sow (sa collègue) a payé 47 000 Fcfa. Ce n’est pas normal. C’est dû au changement de compteur ou je ne sais quoi, mais il faut revoir votre copie», assène-t-elle. 

Nango Seck : ‘’La potabilisation de l’eau est plus prioritaire que le dessalement de l’eau de mer’’

Au-delà de la cherté du liquide précieux, les parlementaires ont aussi décrié sa qualité. Emettant des doutes sur la potabilité de l’eau qui coule dans les robinets, Nango Seck a plaidé pour plus de contrôle dans les laboratoires. ‘’La potabilisation de l’eau est plus prioritaire que le dessalement de l’eau de mer. La majorité des Sénégalais boit l’eau du robinet. Or, la potabilisation de cette eau laisse à désirer, de même que l’eau des sachets. Il n’y a pas de contrôle à ce niveau. Il faut donc revoir la gestion de l’eau’’, déclare-t-il.

‘’Le Sénégal est l’un des rares pays où l’eau potable est utilisée dans le secteur du Btp, du lavage des véhicules’’ 

De son coté, Abdoulaye Makhtar Diop a loué les efforts consentis par le gouvernement du Sénégal dans la gestion de l’eau. ‘’Des bonds qualitatifs et quantitatifs sont faits par le Président Macky Sall. Ça, je le dis en toute objectivité, en me focalisant sur 2 programmes phares : l’accès à l’eau et l’assainissement. Il restera toujours des choses à faire. Mais nous avons fait énormément de choses depuis quelques années. Nous sommes sur la bonne voie’’, soutient l’ancien Directeur général de la Sones sous le régime socialiste. D’après lui, le Sénégal est l’un des rares pays où l’eau potable est utilisée dans le secteur du Btp, du lavage des véhicules, alors que l’eau des bassins de rétention peut servir à ces travaux. ‘’Il faut permettre à ceux qui construire d’utiliser l’eau des bassins de rétention et des lacs pour la construction’’, a-t-il proposé. 

Serigne Mbaye Thiam : ‘’la qualité de l’eau est contrôlée au laboratoire’’ 

Répondant aux interpellation, Serigne Mbaye Thiam qui dit avoir pris bonne note de toutes les récriminations des députés, a tout d’abord renseigné que tout ce qui a été fait dans le secteur de l’eau et de l’assainissement est traçable. D’après lui, depuis 2015, la facture de l’eau n’a pas augmenté. A en croire le responsable socialiste, si le prix unitaire n’a pas changé et que les factures deviennent onéreuses, les regards devraient se tourner vers le mode de consommation de l’eau. Mais face à la persistance de cette question, il a demandé à l’Onas de faire l’audit de la facturation. ‘’L’Onas a recruté le cabinet qui doit faire l’audit’’, a annoncé Serigne Mbaye Thiam, tout en invitant la population de patienter, pour voir ce que les résultats vont révéler. Le ministre a aussi donné des assurances sur la qualité de l’eau. Et selon lui, l’eau qui a coulé ces derniers temps des robinets avec une couleur sombre, découle d’un accident sur le chantier du Brt au niveau de Case-Bi. Mais de façon globale, a-t-il rassuré, ‘’la qualité de l’eau est contrôlée au laboratoire. ‘’C’est une eau de qualité’’, soutient-il. Livrant les statistiques de ses services dans le secteur de l’eau, Serigne Mbaye Thiam a renseigné que le taux d’accès de l’eau en milieu urbain, est passé de 97% en 2012 à 98,8% en 2020. Sur la base de ces statistiques, le ministre a indiqué que le Sénégal fait partie des rares pays qui, en 2015, avait atteint le taux d’accès universel à l’eau. Ce taux est la résultante des investissements qui ont été faits dans le secteur. En milieux rural, relève-t-il, le Sénégal est passé de 81,20% de taux d’accès en eau en 2012 à 96,5% en 2020. Avec les investissements réalisés entre 2020 et 2021, Serigne Mbaye Thiam vise un taux d’accès de 98,23%. ‘’Le défi que nous avons, c’est le défi de la sécurité de l’accès à l’eau’’, soutient-il.  

Pour le cas spécifique de Touba, le ministre a déclaré que la ville sainte bénéficie chaque année, du renforcement de la disponibilité du liquide. Mais est d’avis qu’il faut une solution structurelle pour Touba qui permet d’avoir des modèles économiques et financiers viables.

Dans le domaine de l’assainissement, le taux d’accès est, d’après Serigne Mbaye Thiam, passé de 47, 55% en 2012 à 61,91% en 2021. Ce taux est de 76,80% en milieu urbain en 2020 et de 53,50% en milieu rural durant la même période. 

A la fin des débats, les députés ont voté à la majorité le budget du ministère de l’Eau et de l’Assainissement qui est arrêté, pour l’exercice 2022, à 477 456 650 098 francs CFA en Autorisation d’engagement et à 128 275 008 244 Francs CFA en Crédits de paiement.

L’info