MOUSTAPHA DIOP A L’ASSEMBLEE : Des députés septiques sur la nouvelle politique industrielle

Les députés de la treizième législature ont émis hier des doutes sur la nouvelle politique industrielle que leur a exposée le ministre Moustapha Diop à l’occasion du vote du budget de son département. 

Beaucoup de députés ont émis des doutes sur la pertinence et l’efficacité de la nouvelle politique industrielle que le Sénégal a conçue pour redynamiser son tissu industriel. C’est le cas du député Théodore Chérif Monteil. ‘’La stratégie de substitution que vous mettez en place dans la nouvelle stratégie d’industrialisation, à mon avis, n’est pas une stratégie gagnante. Je doute de cette hypothèse de base de la stratégie d’industrialisation’’, a-t-il fait part au ministre du Développement industriel et des Petites et Moyennes Industries. De plus en plus, poursuivi le député de l’Union citoyenne/Bunt bi membre du groupe de la majorité, les gens remettent en cause cette nouvelle stratégie de modernisation. Dans ce contexte de mondialisation, Monteil souligne que le Sénégal ne peut empêcher aux autres pays d’envoyer leurs produits sur son territoire. ‘’Les seuls moyens de gagner la bataille, c’est dans la compétitivité. Nous devons produire dans la compétitivité, en maitrisant les facteurs de production et en allant très vite’’, a-t-il estimé. Ainsi, il a fait des suggestions pour une politique industrielle dynamique et performante. ‘’Nous devons nous lancer dans une nouvelle stratégie d’industrialisation. Nous devons mettre en place de nouvelles compétences pour réinventer la roue. Nous devons faire en sorte que nos jeunes acquièrent des connaissances de base permettant de transformer le Sénégal’’, a recommandé Théodore Chérif Monteil. Lui emboitant le pas, Aïssatou Sabara elle, pense que la relance du tissu industrielle sénégalais, devrait impérativement passer par la relance l’industrie du textile. 

A la place de la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie de substitution, plusieurs députés ont plaidé pour la réouverture des industries qui ont déjà mis la clef sur le paillasson.  Pour Cheikh Seck du Parti socialiste, le Sénégal ne peut se développer sans une bonne stratégie industrielle. ‘’Aujourd’hui, nous devons faire un choix stratégique. Nous pouvons produire suffisamment d’arachide. Mais la transformation fait défaut. Il faut, pour inverser la tendance, transformer cette arachide. Les 3/4 de notre production d’arachide nous rendent autosuffisants en huile. Aujourd’hui, nous dépensons plus de 160 milliards pour l’importation d’huile. C’est paradoxal ! ‘’, déplore-t-il, soulignant ainsi que c’est inacceptable face à une telle situation, d’autoriser la Sonascos de vendre des arachides. 

La situation des Industries chimiques du Sénégal a aussi intéressé les députés de la treizième législature lors du passage du ministre Moustapha Diop. Avec une capacité de production d’engrais de 250 000 tonnes, les Industries chimiques du Sénégal (Ics) couvrent en effet, d’après le rapport, largement le marché des bénéfices de plusieurs milliards. Seulement l’entreprise est très endettée auprès du trésor public. Ce que l’honorable député Aïda Mbodji trouve complètement paradoxal. ‘’Je vois des paradoxes qui m’inquiètent, parce le rapport d’audit de la Cour des comptes, notamment la Chambre budgétaire et financière dit que les Ics doivent au Trésor public 120 milliards. Il s’y ajoute que les Ics ne payent pas de taxes minières contrairement à toutes les autres sociétés minières. Or, le phosphate est dans le domaine de la souveraineté’’, a-t-elle révélé tout en déplorant cette situation. Pour Aida Mbodj, si les Ics parviennent à générer des bénéficies, elles doivent payer ses dettes. Elle a en outre, reproché aux responsables de la société indienne qui a repris les Industries chimiques de Sénégal, de violer le contenu local dans le recrutement. ‘’Tous les cadres qui quittent les Ics sont remplacés par des Indiens. Les chauffeurs et une bonne partie du personnel sont des Indiens’’, a-t-elle dénoncé. Abondant dans le même sens, Demba Babael Sow a soutenu que sur 60 cadres des Ics, seuls 10 sont Sénégalais. 

Sur la dette que les Ics doivent à l’Etat du Sénégal, Moustapha Diop a indiqué qu’il n’a jamais vu un rapport de la Cour des comptes qui en parle. Mais il est aussitôt rectifié par son collègue des Finances et du Budget qui a confirmé les propos de Aida Mbodji. ‘’Je confirme que les Ics doivent 120 milliards à l’Etat du Sénégal’’, a reconnu Abdoulaye Daouda Diallo.     

Prenant la parole sous l’applaudissement des députés de la majorité, le ministre Moustapha Diop a fait l’état des lieux du tissu industriel du Sénégal. Il confie ainsi que l’industrie sénégalaise compte 1958 entreprises, essentiellement dominées par les Pmi qui représentent 92% du parc et les grandes entreprises représentant 7, 5%. En matière de création d’emplois et de richesses, a-t-il poursuivi, ce sont ces dernières qui dominent avec 90% de la valeur ajoutée de l’emploi. Le secteur agroalimentaire reste le grand prédominant avec 63%, suivi du secteur métallurgique 10%, et 9% pour le bois, l’imprimerie, entre autres. D’après toujours les mêmes statistiques, la contribution du secteur de l’industrie dans le Pib est présentement à moins de 19%.  Le ministre a aussi donné des assurances sur la relance des Ics. ‘’Les Ics se portent très bien depuis la reprise. Aujourd’hui, le pari de la relance est une réussite’’, a rassuré Moustapha Diop selon qui, la nouvelle politique industrielle sera bientôt validée par le chef de l’Etat. 

S’agissant du démarrage des agropoles, Moustapha Diop confie que les travaux vont démarrer incessamment. ‘’Tout est fin prêt. Les choses vont démarrer le 20 décembre’’, a-t-il annoncé pour l’agropole pilote du projet qui vise à créer les conditions favorables au développement des industries.

Au terme des débats, les députés ont voté à la grande majorité, le budget du ministère du Développement industriel et des Petites et Moyennes Industrie qui est arrêté, pour l’exercice 2022, à la somme de 11 502 587 551 Francs CFA en Autorisation d’engagement (Ae) et en Crédit de paiement (Cp). Ce budget est structuré en 2 programmes. Ainsi, pour le premier programme dédié au Pilotage, Coordination et Gestion administrative, les Crédits dudit programme sont arrêtés à 768 259 033 Francs CFA en Ae et en Cp. Quant au second programme dédié à la compétitivité de l’industrie sénégalaise, ses Crédits sont arrêtés à 10 734 328 518 Francs CFA en Ae et en Cp.

L’info