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RETOUR DU POSTE DE PREMIER MINISTRE : Les calculs de Macky Sall

Si la restauration annoncée du poste de Premier ministre sonne comme un aveu d’échec du président de la République, elle cache bien des cafards en lien avec non seulement les élections municipales et départementales de janvier 2022, mais aussi et surtout les législatives et la présidentielle en perspective. Elle est en effet un signal fort lancé en direction des responsables et autres membres de l’actuel gouvernement aujourd’hui engagés dans cette bataille électorale.

Macky Sall est toujours dans la perspective de la présidentielle de 2024. Même si jusqu’ici l’idée d’une troisième candidature semble s’amenuiser face à un contexte sous-régional de plus en plus hostile aux tripatouillages constitutionnels et aux manœuvres politiques pour se maintenir au pouvoir, il n’a pas pour autant dit son dernier mot. Soit c’est lui, soit c’est son dauphin qui portera les couleurs de la mouvance présidentielle en 2024. Et pour ce faire, il a besoin de l’appui d’hommes et de femmes forts avec un ancrage électoral assez solide. 

Dans ses calculs politiciens, le chef de l’Etat n’épargne aucun détail. Et l’annonce du retour du poste de Premier ministre dans l’attelage gouvernemental dans un contexte de précampagne est loin d’être anodine et innocente. C’est un message codé envoyé directement à tous ses militants et responsables de l’Alliance pour la République, engagés dans la bataille des élections municipales et départementales du 23 janvier 2022. Mais aussi de tous ses alliés de Benno bokk yaakaar et de la grande coalition de la majorité présidentielle. Qu’ils soient investis ou pas par Benno bokk yaakaar, ils sont donc tous avertis. Ne seront cooptés dans le prochain gouvernement que tous ceux qui réussiront à s’imposer dans leurs localités respectives et bénéficient donc d’une base réelle et d’un ancrage électoral solide, à même d’impulser depuis la base, une dynamique de victoire aux prochaines élections législatives et présidentielle de 2024. 

Le dauphinat en perspective

Macky Sall, en supprimant le poste de Premier ministre dès sa réélection en 2019 pour un second et dernier mandat, avait voulu enrayer toute idée de dauphinat au sein de l’attelage gouvernemental. Aujourd’hui rattrapé par la réalité du pouvoir, après une succession d’évènements dont la pandémie du covid-19, le soulèvement populaire de mars derniers, la présidence de l’Union africaine qu’il va assurer l’année prochaine, l’instabilité institutionnelle dans la sous-région…, le Président Macky Sall est obligé de revoir ses plans. Il a plus que jamais besoin d’une forte personnalité à la tête du gouvernement pour jouer d’abord le rôle de paravent qu’a toujours servi le poste de Premier ministre pour amortir les revendications sociales et recentrer l’action gouvernement dans le but de mieux prendre en charge les préoccupations des populations aujourd’hui confrontées à de nombreuses difficultés. Le chef de l’Etat, à travers la mise en place d’un nouveau gouvernement chapoté par un Premier ministre, veut aussi donner un nouveau souffle au rythme d’exécution de ses projets dont la construction des autoponts et des routes, le Bus rapide de transit, le Train express régional, entre autres. Mais la nomination d’un nouveau Chef de gouvernement pourrait aussi être interprétée comme une façon pour Macky Sall de se trouver un dauphin. 

A deux ans de la prochaine élection présidentielle à laquelle il ne pourrait pas prendre part du fait de la limitation à deux des mandats présidentiels, même si ses partisans affirment le contraire, il pourrait parrainer un responsable de son parti, l’Alliance pour la République ou un de ses alliés de la majorité pour aller à l’assaut du suffrage des Sénégalais en 2024.

Amadou Ba et Mimi Touré, de potentiels dauphins

La Primature pourrait être une bonne station pour propulser au-devant de l’actualité et préparer le futur dauphin du chef de l’Etat, au cas où il voudrait vraiment se retirer. Mais faudrait-il d’abord en trouver un bon profil qui pourrait non seulement fédérer les forces autour de sa personne, mais aussi gagner en sympathie au sein de l’opinion publique sénégalaise. Et au sein de l’Alliance pour la République au pouvoir, les bons profils se comptent du bout des doigts. L’Apr étant une armée mexicaine où tout le monde est chef, le président de la République aura du mal à trouver le bon profil à même d’aller aux élections et de les gagner. Les rares têtes qui sortent du lot, sont sûrement ceux de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Ba aujourd’hui en retour de force dans le giron présidentiel et de son camarade de parti, Aminata Touré par ailleurs ancienne Première ministre et ex-présidente du Conseil économique, social et environnemental. Les deux responsables ‘’apéristes’’ ont eu certes des fortunes diverses au sein de l’Alliance pour la République et de l’attelage gouvernemental. Mais ont le destin commun d’avoir été en un moment en disgrâce. Tous les deux ont aujourd’hui signé leur retour dans le giron immédiat du président de la République, même s’ils ne sont pas encore aux affaires. Amadou Bâ qui a occupé pendant longtemps le ministère hautement de l’économie et des finances, puis celui tout aussi stratégique des affaires étrangères, a démontré aussi son savoir-faire politique. En effet, c’est quand il a été responsabilisé à Dakar, que le pouvoir a remporté ses premières victoires électorales dans la capitale. Il a tout pour succéder à Macky Sall. Idem pour Mimi Touré. Directrice de campagne de Macky Sall en 2012, lors de son accession au pouvoir, ancienne Premier ministre qui a eu à gérer de main de maitre des dossiers chauds, ancienne présidente du Conseil économique, social et environnemental et qui a beaucoup de connexions à l’international, elle peut valablement diriger les troupes de l’Apr et de BBY à la présidentielle de 2024. Et le fait qu’elle soit femme, dans un monde, une Afrique et un Sénégal qui revendique de plus en plus de place pour la femme est un atout de plus. 

Idrissa Seck, la botte secrète de Macky SallAu-delà de l’Alliance pour la République, le président de la République, Macky Sall pourrait aller chercher son dauphin auprès de ses alliés de la majorité. Et Idrissa Seck pourrait dans ce cas faire l’affaire. Le retour du leader de Rewmi dans la mouvance présidentielle, serait totalement vain si ce n’est pour se positionner pour l’après Macky Sall pour diriger le pays avec le soutien de BBY. Le président du Conseil économique, social et environnemental pourrait bel et bien être la botte secrète du Président Macky Sall pour diriger le prochain gouvernement qui sera mis en place. Le ‘’deal’’ ou plutôt ‘’le protocole de Touba’’ scellé entre les deux personnalités, pourrait bien intégrer ce schéma de dauphinat, à travers la station de Premier ministre. Ancien Premier ministre sous Abdoulaye Wade, Idrissa Seck connait bien les rouages de l’Etat et pourrait impulser une nouvelle dynamique aux projets en cours de réalisation du Président Macky Sall. Et se refaire une nouvelle santé politique après le sacré coup pris à l’annonce de son retour dans la mouvance présidentielle. Mais un tel shéma est moins probable, car il consacrerait une sorte de dualité au sommet de l’Etat, si l’on sait la personnalité forte et les ambitions présidentielles affirmées d’Idrissa Seck. Et on voit mal Macky Sall «légué» son pouvoir à un successeur hors de sa famille politique restreinte (Apr) et sur qui il n’aura aucune prise influence. Ce serait la meilleure manière de tuer son parti, qui déjà souffre du manque d’organisation, qui en fait une véritable armée mexicaine.

L’info