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MAYORO FAYE : ‘’Mary Teuw et Mansour Faye sont les deux faces d’une médaille’’

Mayoro Faye tire à boulets rouges sur le maire sortant de Saint-Louis Mansour Faye et son camarade de parti Mary Teuw Niane, tous deux candidats à la mairie de Saint-Louis. Tête de liste communale de la Grande coalition Wallu Sénégal, il estime que ces deux responsables de l’Apr sont les deux faces d’une même médaille. Dans cet entretien avec l’Info, le chargé de communication du Pds aborde les locales de 2022 et le rapport des forces sur le terrain. Non sans s’en prendre au régime de Macky Sall, habitué à ses yeux, à vouloir toujours se choisir ses propres adversaires.

Comment la coalition Wallu Sénégal se déploie à Saint-Louis ?

Aujourd’hui, nous sommes engagés sous les couleurs de la grande coalition Wallu Sénégal à Saint-Louis au niveau de la commune. Nous avons également des listes au niveau du département notamment à Gandiol et pour le Conseil départemental. Nous sommes à pied d’œuvre par rapport à ce travail de terrain que nous avons l’habitude de faire à Saint-Louis. Depuis plus d’une dizaine d’années, nous sommes sur le terrain à Saint- Louis. Le Parti démocratique sénégalais qui est la locomotive de la coalition a une bonne base dans le département de Saint-Louis et particulièrement dans la ville. 

Quel est aujourd’hui, le rapport des forces sur le terrain ? 

Ce serait très difficile de donner avec exactitude la situation des rapports de forces. Heureusement nous allons vers des élections qui vont nous départager. Ce que je peux vous dire sur le Pds que je connais, il était classé 2ème lors des élections de 2014. Le régime avec sa grande coalition, nous avait dépassé de quelques centaines de voix. Entretemps, Mansour Faye qui a pendant 7 ans géré la mairie n’a pas donné satisfaction à la population de Saint-Louis. Ce qui crée aujourd’hui une situation de dégout et de découragement. Mais également une situation où Mansour Faye, en tant que candidat sortant, se mettra en face de beaucoup de Saint-Louisiens qui ne sont pas satisfaits de ses réalisations et de son bilan et qui vont travailler à ce qu’il parte. Et parallèlement, nous avons enregistré la candidature d’un autre membre de l’Apr, en l’occurrence, Mary Teuw Niane. Lui aussi défend les couleurs de BBY qui a comme patron Macky Sall au même titre de Mansour Faye. Nous, dans notre compréhension de la chose à Saint-Louis, nous savons que ce sont les deux faces de la médaille ou d’une pièce de monnaie. Mari Teuw Niane égale Mansour et Mansour égale Macky. L’opposition est très présente à Saint-Louis. Parce que Saint-Louis, c’est une très grande ville qui, du point de vue politique, a un rôle à jouer dans l’échiquier national. C’est pourquoi, nous qui sommes candidat de la coalition Wallu Sénégal à Saint-Louis, nous sommes sur le terrain. Nous sommes en train de discuter avec les regroupements et les associations de base. Nous sommes en train de travailler avec les différents porteurs de voix particulièrement dans les quartiers. Les résultats que nous commençons à obtenir nous rassurent. Nous ne comptons pas nous arrêter. Le travail se fera d’ici l’ouverture officielle de la campagne électorale pour que le jour du scrutin, qu’on puisse faire la différence. À Saint-Louis, on a besoin d’alternance. On a aussi besoin d’avoir une alternative crédible qui rassure et qui puisse porter le rêve des Saint-Louisiens, qui puisse redonner espoir aux Saint-Louisiens. Parce que Saint-Louis est une ville qui n’est pas difficile à construire. 

Vous avez parlé de Mary Teuw et Mansour Faye. Que dites-vous de Ahmed Fall Braya votre ancien camarade de parti ?

Vous savez, on n’est plus à l’aise quand on nous interpelle sur Ahmed Fall Braya, parce que c’est un ex-frère de parti qui a eu à coordonner notre parti. Et à un certain moment, il a choisi de faire autre chose. Dès lors qu’il n’est plus dans notre parti, il devient un concurrent, un adversaire. Mais seulement un adversaire politique. On n’a rien contre l’homme ni contre ce qu’il fait. Mais de toutes les façons, nous pensons que la façon de gérer Saint-Louis que nous prônons, est très différente de celle qui a eu lieu jusque-là, c’est à dire pendant ces 7 années de gestion de Mansour Faye. Nous pensons également que ce que nous avons appris du président Abdoulaye Wade, ce que nous avons appris dans notre parcourt personnel, en termes de gestion des collectivités locales, pourrait nous permettre d’apporter les changements que les Saint-Louisiens attendent. Et dans un court délai, en 3 ans seulement, si nous déroulons notre programme, nous pourrons véritablement, proposer aux Saint-Louisiens une autre ville. Cette Saint-Louis qu’on avait l’habitude de chanter, qu’on avait l’habitude de visiter. Cette ville des lumières, de l’hospitalité, de la chaleur, des traditions, des coutumes, de tout ce qui faisait que Saint-Louis se distinguait par rapport aux autres villes.  Tout cela a disparu pendant ces 7 dernières années. 

Sur quel levier compter vous, vous appuyer pour réussir tout cela?

On ne peut pas comprendre que depuis 7 années, on vote des budgets sans pour autant que les populations s’aperçoivent que les choses bougent. Du point de vue de l’assainissement, il y a des difficultés. Chaque année, en période d’hivernage, on a des problèmes. L’assainissement, c’est un investissement très lourd, mais il faut des efforts de la municipalité pour soulager les populations qui, à chaque hivernage, sont sous les eaux. L’autre élément, c’est par rapport à l’insalubrité. On a des ordures un peu partout. L’éclairage public aussi, malgré le secours de l’État avec des lampadaires, la mairie traine encore les pieds. Il n’y a pas un investissement consolidant ou des projets structurants que le conseil municipal nous a proposés depuis ces 7 ans. A partir de ce moment, les Saint-Louisiens doivent prendre leurs responsabilités et leur courage à deux mains pour dire que ça suffit.  

Lors des investitures, beaucoup de liste de l’opposition ont été rejetée notamment à Saint-Louis. Ce qui n’a pas été le cas pour votre coalition. Quel a été votre secret ?

En matière d’investiture, il y a d’abord l’expérience. Mais il y a aussi le personnel politique disponible qui puisse permettre aux candidats de faire les investitures. Si on n’a pas assez de personnel politique, on a quelques carences pour établir correctement des listes. Ça, c’est un premier élément. L’autre élément, c’est l’expérience. Vous n’êtes pas sans savoir que le Pds a une expérience qui s’étale sur plus de 46 ans. Nous n’avons pas la prétention de dire que nous avons vécu avec le Pds toutes ces expériences. Mais nous en avons vécu quelques années auprès de Me Abdoulaye Wade, auprès du parti, auprès des structures du parti. Ce qui nous a permis, avec l’équipe que nous avons à Saint-Louis, d’élaborer des listes au plan de la commune, mais également au plan du département sans pour autant avoir des difficultés. Mais lorsqu’on a fini d’établir des listes, on a eu quelques difficultés, parce qu’il y a quelques responsables, qui sont d’une envergure réelle au niveau de la commune et au niveau du département, qu’on n’a pas pu investir. Parce qu’on ne pouvait pas les mettre dans certaines positions. La demande était supérieure à l’offre. Mais ce sont des gens qui sont restés mobilisés et solidaires avec nos listes, qui sont plus que jamais déterminés à accomplir le travail avec nous pour qu’au soir du 23 janvier 2022, les liste de la grande coalition Wallu triomphent à Saint-Louis, aussi bien dans les communes que dans le département. 

Que pensez-vous de la décision de l’administration territoriale de se pourvoir en cassation après les décisions rendues par des cours d’appel ?

Le rejet des listes est une situation exceptionnelle cette année qu’on n’avait jamais vécu dans des élections, notamment des élections locales. Je ne sais pas quelles sont les causes, parce qu’elles peuvent être diverses et variées dans chaque localité. Je pense qu’il y a eu beaucoup d’erreurs. Je n’accuse personne parce que c’est une œuvre humaine. C’est des hommes et des femmes comme nous qui ont confectionné ces listes. Je ne peux pas comprendre qu’au plan national, qu’on ait zéro liste rejetée de Benno bokk yaakaar ou de liste proche de BBY. Ça c’est un fait. L’autre fait par rapport à l’opposition, c’est que celle-ci aussi est un peu divisée. Dans certaines localités du pays, ça a été très difficile pour certaines listes de trouver le personnel politique suffisant pour remplir les listes. Là également, il faut le dire, ça a été un problème majeur. Certains sous-préfets et préfets également, ont été trop fermes. D’autres ont fait des erreurs, parce que c’est des humains. Ils n’ont pas respecté le code électoral. Tout comme parmi les mandataires qui ont déposé des listes, il y en a qui n’ont pas respecté les dispositions inscrites sur le code électoral. Et cela devrait faire l’objet de plus de compréhensions. Parce que l’objectif au niveau des préfectures et sous-préfectures, ce n’est pas d’empêcher les partis ou coalitions de partis de présenter des listes ou de stopper les ambitions des uns et des autres au plan local. L’objectif pour l’administration territoriale, c’est d’accompagner les listes à ce qu’elles soient élaborées et déposées dans les règles de l’art. Leur approche devait être donc plus pédagogique que coercitive. J’en appelle vraiment à la compréhension du commandement territorial. Et je félicite le courage des magistrats qui ont eu à trancher sur la base de l’esprit de cette compétition. Nous, il y a dans certaines zones où pour un tout petit détail, toute la liste a été rejetée. Ça c’est des erreurs que certains préfets ou sous-préfets ne devaient pas commettre. Heureusement qu’il y a eu la cour d’appel qui a corrigé ce qu’elle a pu corriger. Maintenant, la loi c’est la loi. Dure est la loi mais c’est la loi. Nos procédures judiciaires permettent également à ses préfets et sous-préfets d’aller se pouvoir en cassation au niveau de la cour suprême. Ça également c’est leur doit. Mais je pense qu’à ce stade du processus où tous, en tant qu’acteurs politiques, nous appelons à la sérénité, au calme et à des élections libres et transparentes, jouera le jeu pour que la démocratie triomphe. Ce serait dommage que dans ces conditions, des préfets et sous-préfets, comme s’ils avaient subi des dommages, aillent en cassation pour casser certaines décisions.

Ces pourvois en cassation annoncés, ne constituent, à votre avis, une menace réelle sur la tenue des prochaines joutes électorales à la date retenue?

Il y a des manquements au niveau du code électoral. Parce qu’avec ces procédures, il y a des listes qui vont être suspendues à la décision du juge d’ici un mois ou plus. Or on va vers des élections et il y a des préparations à faire durant la précampagne, pendant et après la campagne. Donc si les listes ne sont pas validées de façon définitive, et que ceux qui animent les listes sont toujours en train d’attendre le verdict de la procédure judiciaire, cela posera problème. Ça peut porter préjudice au jeu démocratique. Moi je pense que le Judiciaire est là pour créer les conditions où la justice sera dite et que chaque parti se sente pris en compte aussi bien par le commandement territorial qui gère l’application des procédures édictées par le code électoral que par les cours d’appel et la cour suprême qui également surveillent l’aspect juridique et la légalité de certains actes pris par les préfets et sous-préfets. 

Certains partis de l’opposition voient à travers cette situation, une manière pour le pouvoir de vouloir limiter les candidatures pour les locales. Qu’en pensez-vous ?

Depuis l’accession de Macky Sall au pouvoir, ça a toujours été son mode de fonctionnement. Vous vous rappelez les élections législatives et la présidentielle passées. Ils ont réduit au maximum le nombre de candidats. Et malheureusement, ça été annoncé par le Premier ministre d’alors qui a soutenu qu’il y aura tant de candidats. Cette pratique fausse quand même le jeu politique. Le Sénégal doit dépasser l’époque où le pouvoir en place utilise des moyens non conventionnels pour empêcher à d’honnêtes citoyens d’exprimer une certaine liberté et certains droits notamment le droit à la compétition électorale.

Cette situation de chaos politique ne risque-t-elle pas d’aboutir à une violence électorale qu’on est en train même de vivre en ce moment ?

Moi je pense que l’atmosphère électoral on n’y trouve que ce qu’on apporte. Si chaque acteur politique n’est pas conscient que les choses ne se règlent pas avec les muscles et qu’il faut des arguments pour convaincre les Sénégalais à travers de bonnes offres programmatiques, et qu’on n’a pas besoin de se bagarrer, on n’ira nulle part. J’estime que l’attitude du pouvoir doit évoluer dans le sens d’apaiser la situation. Parce que ce qui se passe ces derniers jours avec les opposants, n’augure rien de bon. Ça va effrayer davantage l’opinion qui va précipitamment commencer à crier au hold-up et ce sera le pouvoir qui sera indexé de toutes les façons et il n’aura aucun moyen de défense, parce que les actes auront parler d’eux-mêmes. 

Et le Pds dans tout cela, vous ne regrettez pas d’avoir quitté Yewwi pour lancer votre propre coalition ?

Non, nous n’avons aucun regret. Mais il faut relever qu’on n’a pas de relations heurtées avec Yewwi. On y compte toujours des amis, des frères et sœurs de l’opposition avec qui nous menons le même combat, c’est-à-dire faire partir Macky Sall. Maintenant nous n’avons pas les mêmes styles, les mêmes approches. Sur certaines questions, nous n’avons pas non plus les mêmes méthodes. Nous, en tant que parti d’Etat pendant douze ans, nous avons peut-être plus de recul que les autres. Cela nous sert et nous permet véritablement de rester sereins et de nous consacrer à l’essentiel. Et l’essentiel pour nous, c’est de mobiliser à fond nos troupes, préparer sereinement les élections locales et avancer de façon dynamique pour avoir de bons résultats à l’issue de ces joutes électorales.

Peut-on s’attendre à une jonction entre Wallu et Yewwi dans la prise en charge de certains combats politiques ?

Il ne faut pas insulter l’avenir. De toute façon en politique, il ne faut jamais rejeter certaines possibilités surtout au sein de l’opposition où nous avons des passerelles de contact qui nous permettent de nous parler et d’échanger sur certaines questions quand on le souhaite et qu’on pense que c’est nécessaire. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Mais sur l’essentiel, nous allons nous entendre en tant qu’acteurs politiques dans l’opposition. Pour défendre les intérêts du Sénégal, de la démocratie, les libertés individuelles et collectives, nous saurons nous entendre pour aller directement à l’essentiel.

Quels sont à votre niveau, les enjeux de ces locales en perspective des législatives et de la présidentielle à venir ?

Forcément, c’est des joutes qui vont en partie préparer les législatives à venir. Mais je ne crois pas, comme le disent certains, que ce soit un premier, deuxième ou troisième tour de la présidentielle de 2024. Non. Nous, nous ne sommes pas dans ces schémas. Ce sont des élections locales avec des réalités locales. Pour gagner Saint-Louis par exemple on n’a pas besoin de venir faire du bruit à Dakar. Pour gagner Linguère on n’a pas besoin d’aller faire du bruit en Casamance. Il faut aller dans sa localité avec une bonne équipe, un bon programme et un bon profil, parler aux populations locales pour les convaincre pour qu’elles votent pour la liste que le candidat dirige. Je pense que c’est cela la particularité des élections locales qui, à coup sûr auront des répercussions sur les élections législatives à venir. Parce que ça permet de dessiner une cartographie électorale qui permet d’avoir les éléments fondamentaux d’appréciation pour aller vers les législatives. Mais cela n’a pas une incidence réelle sur l’élection présidentielle à venir.

Des nouvelles de Karim Wade ?

Karim se porte bien. Il joue son rôle dans le parti, le rôle que le parti lui a assigné. Cela comme d’autres dans le parti jouent leur rôle. Parce que dans un parti, les rôles sont partagés. Au Parti démocratique sénégalais, c’est bien structuré, chacun fait ce qu’il doit faire et le parti se porte bien.

Et quelle est la partition d’Abdoulaye Wade qui a été  même annoncé comme tête de liste Wallu à Dakar ?

J’ai lu ça dans la presse. Abdoulaye Wade quand même est toujours le Secrétaire général national du Pds. Tout ce que nous faisons au sein du parti ou de la coalition Wallu, c’est sous sa supervision et sur ses instructions. Il pilote toujours le parti, il donne des directives et des orientations. Il fait des évaluations également. Donc on est bien encadré et on est dans la même école avec lui. Le parti a besoin de lui de même que la coalition. Heureusement qu’il sera là de toute façon, pour la campagne. Il était parti en France pour quelques temps mais il va rentrer. Il n’habite pas la France, il habite au Sénégal et il l’a toujours dit. Les Sénégalais ont compris que le Président Abdoulaye Wade habite le Sénégal. Donc il va rentrer au Sénégal. Rien que sa présence déjà mobilise les troupes. Maintenant s’il peut nous accorder un petit coup de pouce, tant mieux et j’espère qu’il va le faire. Il nous manque et on a hâte qu’il rentre au pays. Ne serait-ce que sa présence nous rassure et rassure le Sénégal et nous permet d’aller de l’avant dans cette perspective d’élections locales.  

L’info