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La chronique de Mame Gor NGOM : Armes des lâches, larmes de douleur

Sur la route de la mosquée, sur  le chemin de Dieu,  au village de Kandiadiou, à Sindian, près de cette  frontière gambienne dans une Casamance si affligée. Un drame s’ajoute aux drames. Six jeunes sautent sur une mine et meurent. La douleur est indicible. La cruauté est grande. La colère gronde. Les armes sont non-conventionnelles. Des armes lâches. Les armes des lâches. Près de quarante ans de conflit, le plus vieux  au monde. Un conflit de basse intensité. Ni guerre ni paix. Beaucoup de violences futiles, inutiles. « La violence sous quelque forme qu’elle se manifeste, est un échec.  La violence est un échec parce qu’on en use que lorsqu’on désespère non seulement de l’humanité de sa cible mais aussi de sa propre humanité », écrit Jean Paul Sartre. Cette tragédie illustre assez un tel point de vue.  Un fragile cessez-le-feu  n’a pas empêché les innombrables dégâts de  mines antipersonnelles  enfouies dans un sol si généreux, par des   hommes sans cœur. Sans foi, sans loi.  L’utilisation de ces  mines  est une grave violation du Traité d’Ottawa signé par le Sénégal en 1997 et entré en vigueur le 1er mars 1999. Il  interdit la production, le stockage et l’utilisation de ces engins de la mort. Ni l’État, ni les groupes armés ne devraient plus en disposer. Manifestement, ce sont les combattants acculés par une armée déterminée qui en usent et en abusent. Ces armes honteuses et non « miraculeuses » s’opposent à la stabilisation et à l’installation durable de la paix pour des populations qui en ont vraiment besoin. Les statistiques du Haut commissariat des Réfugiés (Hcr)  sont alarmantes. 11 000 personnes éloignées  de leurs terres d’origine. 4 000 ont trouvé refuge en Guinée Bissau, 7 000 en Gambie dans des conditions de vie extrêmement difficile. Ces hommes, femmes et enfants rêvent toujours de retrouver leur  bercail.  Le véto du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) est insidieux et mortel à l’image du drame de vendredi dernier. Au moins  un  million de kilomètres carrés  à déminer, selon le Centre national d’action anti-mine du Sénégal (Cnams). Nous ne sommes pas encore au bout de nos peines même si les soldats sénégalais ont  repris la quasi-totalité des bases qui étaient aux mains des  indépendantistes.

Couloir de la mort…

Il est d’une urgence capitale de se pencher sérieusement sur cette question d’insécurité dans toute la région naturelle de la Casamance mais surtout au niveau de cette « ceinture de feu » -pour reprendre l’expression d’un confrère- qui paie un lourd tribut au fil des jours…macabres. Il s’agit de cette partie située entre le sud du fleuve Casamance et la frontière avec la Guinée-Bissau englobant les départements de Ziguinchor et d’Oussouye. Une  partie du département de Goudomp, dans la région de Sédhiou, fait partie de ce couloir de la mort. Il faut un calendrier bien ficelé et un deadline rigoureusement respecté pour ne pas entrer dans le sillage des nombreux engagements non tenus, des promesses jamais respectées. Tout est urgence car, les mines tuent tout le monde sans distinction. Des militaires comme des civils, des enfants comme des personnes d’un âge bien avancé. Elles tuent l’économie en agonie, achéve ce qui restait d’un tissu social déchiré par l’éloignement et un mal-vivre qui s’éternise. Il ne s’agit pas ici seulement d’adresser « un message de condoléances de la Nation, aux  familles des victimes », mais le président de la République qui a annoncé une visite économique dans la zone, devrait marquer le coup avec des mesures susceptibles de réveiller l’espoir et le rêve d’un meilleur qui prend de plus en plus ses distances. La dissémination des mines doit être stoppée. La « dé..mination » s’impose afin de mettre fin aux  flux migratoires, les fuites vers des lieux plus cléments. L’insécurité est le principal ennemi des activités génératrices de revenus comme l’agriculture. Ici, en Casamance, nous avons soif de sérénité. Nous voulons dépasser ce stade morbide pour nous occuper désormais des plus grands enjeux, d’autres problématiques valorisantes. Nous en avons assez  des lâches, des pires manœuvres, des sales guerres. 

L’info