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NOBEL D’ECONOMIE 2021 : Trois Américains primés

DISTINCTION : Trois chercheurs d’universités américaines, David Card, Joshua Angrist et Guido Imbens, ont été récompensés pour leurs travaux sur le marché du travail. Ils ont « révolutionné la recherche empirique », a estimé le jury du prix Nobel.

Le Nobel d’économie 2021 a été attribué à trois chercheurs, David Card, Joshua Angrist et Guido Imbens. Ce prix, qui est en réalité le prix de la Banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel, récompense « de nouvelles perspectives sur le marché du travail » ainsi que des éclairages « sur la cause et l’effet qui peuvent être tirées des expériences naturelles ».

Les trois hommes ont d’autres points communs que l’économie du travail. D’abord, ces sexagénaires travaillent dans de grandes universités américaines (MIT pour Angrist, Berkeley pour Card et Stanford pour Imbens) alors qu’ils ont tous un pied ailleurs (Angrist est israélo-américain, Card vient du Canada et Imbens des Pays-Bas). C’est le reflet d’une forte emprise américaine sur la discipline.

Des causes et des effets

Ensuite, ils ont tous trois travaillé avec Alan Krueger, l’économiste le plus cité au monde en économie du travail, qui fut le chef des conseillers économiques de Barack Obama à la Maison-Blanche au début des années 2010, avant de se donner la mort il y a deux ans. Nombre d’économistes ont pensé à lui en apprenant les noms des lauréats 2021.

Enfin, Angrist, Card et Imbens ont beaucoup exploité ce qu’on appelle en économie les expériences naturelles. Ce faisant, le jury complète à petites touches son tableau des causes et des effets en science économique. En 2003, il avait distingué Clive Granger, qui avait fait des travaux mathématiques pour établir le sens de la causalité entre deux faits (c’est parce qu’il pleut que j’ouvre mon parapluie et non l’inverse).

Salaire minimum et emploi

En 2019, il a récompensé la Française Esther Duflo et deux autres économistes pour leurs expériences inspirées des essais cliniques : un processus est expérimenté sur des individus, comparés à un groupe témoin.

Il n’est pas possible d’organiser ces tests partout. Difficile par exemple de relever le SMIC dans une ville pour comparer l’évolution de l’emploi avec ce qui se passe dans une autre ville. Mais il y a souvent des expériences « naturelles ».

David Card avait ainsi examiné avec Krueger les conséquences dans la restauration rapide de la hausse du salaire minimum décidée par le New Jersey au début des années 1990. En comparant ce qui s’était passé après cette décision dans cet Etat et ses voisins, ils avaient montré que la hausse n’avait pas entraîné de baisse de l’emploi, contrairement à ce que soutenaient maints économistes. Ces résultats ont ensuite été contestés, mais ils ont beaucoup marqué les esprits.

Avec les mêmes outils (et aussi avec Krueger), Josh Angrist, lui, a montré que les gens nés en fin d’année aux Etats-Unis ont davantage d’années d’éducation et des salaires plus élevés que leurs aînés de quelques mois. Avec Guido Imbens, il a précisé les conditions d’exploitation rigoureuses de ces expérimentations naturelles. Dont les conclusions ont cependant une portée limitée, comme celles de Duflo (les résultats peuvent être différents d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre).

En juin 2021, Angrist a donné la conférence inaugurale du Congrès de l’Association française de science économique, à Lille mais en ligne. Il a présenté ses nouveaux travaux, montrant la montée des recherches empiriques dans la science économique – ces travaux empiriques qui lui valent aujourd’hui la distinction la plus réputée de la profession.

Angrist a conclu son propos par un plaidoyer pour une science économique rigoureuse mais joyeuse, posant des questions concrètes, avec des réponses qui peuvent guider la décision publique sans la dicter. Le prix 2021 de la Banque de Suède a quelque chose de rafraîchissant.

Toutinfo.net ( avec Les Echos)