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LES MUSIQUES RELIGIEUSES PLUS ÉCOUTÉES : Le sociologue Djiby Diakhaté donne les raisons

La répartition des droits numériques laisse apparaitre une nette domination des musiques religieuses sur celles profanes. Une situation que le sociologue Djiby Diakhaté attribue à la quête de plus en plus importante de spiritualité et au fait que la musique religieuse rassure, réconcilie avec le divin et donne espoir, là où l’offre musicale profane s’est beaucoup appauvrie en sens et en musicalité. 

Interpellé sur cette place importante acquise par la musique religieuse au détriment de celle profane, le Professeur Djiby Diakhaté a apporté son éclairage de sociologue. Pour lui, cela est lié d’abord à la quête de spiritualité d’une société prise dans des difficultés et problèmes quotidiens de toutes sortes. ‘’Il y a d’abord les populations elles-mêmes. Elles sont aujourd’hui dans un mal vivre, dans le stress, accentué par le coronavirus, le confinement. Le pouvoir des jeunes s’est érodé, il y a des vagues d’immigration avec beaucoup de morts.  Tout cela crée un malaise, un mal vivre, un mal être. Dès lors, pour les populations la religion est un refuge, un recours’’, explique-t-il. Et de poursuivre : ‘’La spiritualité rassure ; la musique religieuse rend plus allégé ; c’est quelque chose qui libère, qui apporte du baume au cœur, qui aide à connaitre sa religion et qui réconcilie avec le divin’’.

‘’L’offre musicale profane s’est beaucoup appauvrie ces dernières années…’’

Par contre, alors que ‘’l’offre musicale religieuse règle des problèmes et donne plus de sérénité, plus d’espoir et permet de donner un sens à la vie’’, dans le dur quotidien des populations, le sociologue note qu’à l’opposée, ‘’l’offre musicale profane s’est beaucoup appauvrie ces dernières années, aussi bien au plan du message que de la musicalité’’. ‘’Auparavant, le message était centré autour du sens, le sens était une préoccupation des musiciens et les paroles mettaient l’accent sur le sens. Maintenant, les paroles sont moins sensées car on met l’accent sur l’endiablement’’, analyse-t-il. Ce que les musiciens eux-mêmes ont dénoncé, selon le sociologue qui lie aussi cette situation à un troisième facteur. ‘’Cette situation exprime la complexité de la société sénégalaise. Autant la société revendique la religion, autant le délitement des valeurs est important. Autant une personne peut être très religieuse, autant la même personne peut s’adonner à des malversations, des trafics de tous genres, à la méchanceté. Ce sont les mêmes acteurs qui revendiquent la religion qui s’adonnent à ces pratiques’’, fustige Djiby Diakhaté. Tout en conseillant qu’on veille à ce que le religieux ne soit pas distingué du temporel, comme on a tendance à le faire.