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INONDATIONS : Le raccourci inacceptable d’Oumar Guéye

Invité hier de l’émission «Objection» sur Sud Fm, le ministre porte-parole du gouvernement Oumar Guéye, a reconnu que plusieurs localités sont sous les eaux. «’’l y a des zones qui sont inondées, c’est une réalité au niveau du pays. Il y a certains départements, certaines régions, certaines communes, y compris dans la région de Dakar où il y a effectivement des inondations’’, dit-il. Mais comme pour dédouaner le gouvernement, il s’est empressé d’ajouter : ‘’ce n’est pas quelque chose qui est propre au Sénégal. Nous avons vu ce qui s’est passé tout récemment en Allemagne avec 200 morts, en Belgique avec une quarantaine de morts, en Indonésie, en Chine… un peu partout dans le monde, deux éléments fondamentaux pour l’homme sont en train de se transformer en difficultés, c’est le feu et l’eau’’. Quel facile raccourci ! De la mauvaise foi ?

Les inondations en Allemagne et ailleurs sont totalement différentes de celles notées au Sénégal, aussi bien dans leur nature, que dans leur ampleur, leur durée et leur périodicité. Le ministre oublie volontiers de dire que ces inondations en Allemagne et ailleurs, ne sont pas annuelles comme au Sénégal où le problème se pose à chaque hivernage. Cela, depuis des décennies. Le ministre oublie délibérément de dire que ces inondations en Allemagne et ailleurs sont surtout le fait de précipitations exceptionnelles qui ont fait déborder des fleuves et rivières et entrainé des éboulements et glissements de terrains, avec des torrents de boue, d’où l’ampleur des dégâts et des victimes. Les pluies du 14 et 15 juillet en Allemagne sont très peu communes et d’une rare ampleur. Elles n’ont rien à voir avec nos quelques dizaines de millimètres de pluies tombés depuis le début de l’hivernage. Ici, il n’y a rien d’exceptionnel. Les quantités de pluie tombées sont moyennes ; aucun fleuve, aucune rivière n’est sorti de son lit ; il n’y a eu aucun glissement de terrain et encore moins de torrents de boue dévastateurs.  S’il avait plu au Sénégal les mêmes précipitations qu’en Allemagne les 14 et 15 juillet, la moitié de Dakar ou plus, serait déjà immergée. En outre, le porte-parole du gouvernement omet sciemment de noter que les inondations en Allemagne et ailleurs ne sont pas dues, comme chez nous, aux quartiers spontanés, aux habitations sauvages, dans des zones non aedificandi, sous le regard indifférent et souvent complice des autorités locales et centrales. 

D’ailleurs, Guéye devait pousser la comparaison jusqu’au bout. Après les inondations exceptionnelles qui ont frappé une partie de son territoire, rien à voir avec celles annuelles et prévisibles du Sénégal, l’Allemagne a prévu une aide de 90 milliards d’euros (plus de 8900 milliards F CFA). Combien le Sénégal a déboursé pour gérer ces inondations que la banlieue et d’autres localités vivent présentement ? A noter que tout le plan décennal de lutte contre les inondations du gouvernement fait moins de 800 milliards de F CFA, soit 5 fois moins que ce que l’Allemagne a mis sur la table pour gérer des inondations ponctuelles. Des cas inattendus. 

Cette différence abyssale et la manière de gérer les fonds devraient convaincre le porte-parole du gouvernement à ne pas faire une telle comparaison saugrenue. Monsieur le ministre ferait mieux de convaincre le gouvernement de presser le pas pour sortir les populations de leurs calvaires quotidiens qui durent depuis des décennies. C’est mieux que de vouloir à tout prix trouver maladroitement des échappatoires. Comme si cela pouvait  apporter la moindre solution à la situation chaotique que vit une bonne partie du pays ou le moindre soulagement à la peine des sinistrés. Gouverner, c’est agir et régler des problèmes et non chercher des justifications, surtout quand celles-ci ne tiennent pas la route. Elles sont fallacieuses. 

L’info