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PECHE ILLEGALE : Le Sénégal épinglé par les Etats-Unis

Le rapport de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis sur la pêche illégale ou pêche Inn, qui est publié tous les deux ans, est tombé. Et parmi les 7 pays épinglés, le Sénégal figure en bonne place, à travers au moins, trois des navires de son pavillon, accusés de se livrer à des activités de pêche illégales, non déclarées ou non réglementées. Les réponses et les actions du Sénégal suite aux interpellations de la NOAA n’étant pas convaincantes, les Etats-Unis menacent de remettre en cause la certification en 2023.

La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, dans son rapport de ce mois d’aout, destiné au Congrès américain, a identifié sept pays pour lesquels des navires se livrent à des activités de pêche illégales, non déclarées ou non réglementées. Parmi ces pays épinglés, il y a le Sénégal. ‘’Le NMFS (un démembrement du NOAA) identifie le Sénégal pour avoir des navires qui ont enfreint les mesures de conservation de l’ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique) et pour ne pas avoir pris les mesures correctives appropriées’’, note le rapport. Pour être plus précis, le rapport cite le cas du navire F/V Mario No. 11, pris pour pêche illégale par une patrouille de l’USCG (gardes côtes américains), le 6 mai 2020, à environ 343 milles marins au nord des îles Vierges britanniques. Cet emplacement se trouve en haute mer dans la zone de la Convention ICCAT. À l’époque, le F/V Mario No. 11 figurait sur la liste des navires autorisés par l’ICCAT pour la pêche à la palangre et battait pavillon du Sénégal. Le rapport note que l’USCG a pris contact par radio VHF mais, en raison de barrières linguistiques, n’a pas été en mesure de discerner des informations pertinentes du navire concernant ses activités. Mais l’USCG a observé environ 250 ailerons de requin tendus de lignes sur tout le pont du navire, ce qui remettait en question l’adhésion du navire à la CMM de l’ICCAT relative aux requins (Rec. 04-10). 

Le Sénégal revendique la radiation du navire F/V Mario n°11 du pavillon national, sans pouvoir en apporter les documents de preuve

Dans sa réponse, le Sénégal affirme qu’un navire inscrit sur la liste ICCAT des navires INN pour pêche non autorisée dans la zone de la Convention ICCAT en 2020 a été dépavillonné avant son inscription. Toutefois, les américains soulignent que ‘’le Sénégal n’a pas produit de preuves à l’appui de cette allégation’’. En effet, selon la réponse du Sénégal, une enquête préliminaire a révélé que le F/V Mario n°11 était sous procédure d’annulation du pavillon sénégalais depuis le 7 janvier 2020, et ne détenait pas de licence valide ; ses allées et venues étaient inconnues des autorités de tutelle. Mais quand les États-Unis ont demandé des documents indiquant que le navire avait été radié, le Sénégal n’a pas fourni de documentation. Dès lors, le F/V Mario No. 11 a été officiellement ajouté à la liste des navires INN de l’ICCAT comme battant pavillon du Sénégal. En outre, pour les États-Unis, le fait que notre pays n’ait pas fourni la preuve de la radiation revendiquée par l’État du pavillon du navire indique que ‘’le Sénégal n’est pas en mesure de respecter les dispositions d’une mesure de l’ICCAT (Rec. 13-13) exigeant que les parties prennent des mesures en vertu de leur législation applicable pour interdire la pêche, le maintien à bord, le transbordement et les débarquements de thonidés et d’espèces apparentées par des navires de pêche à grande échelle qui ne sont pas inscrits au registre de l’ICCAT.

A ce sujet, le rapport donne l’exemple d’un autre navire battant pavillon sénégalais. ‘’Le 28 mars 2020, l’USCG a aperçu le F/V Maximus à environ 119 milles marins à l’est de la ZEE américaine. Cet emplacement se trouve en haute mer dans la zone de la Convention ICCAT. À l’époque, le navire figurait sur la liste des navires autorisés par l’ICCAT pour la pêche à la palangre et battant pavillon du Sénégal. Cependant, sur la base des engins de pont et de l’historique de la trajectoire, le F/V Maximus présentait des preuves solides de la conduite d’opérations de transbordement sans autorisation appropriée en violation de la Rec. 16-15’’, lit-on dans le document. Et quand les États-Unis ont écrit au Sénégal et ont fourni toutes les informations pertinentes sur le navire en question, la réponse ne les a pas satisfaits. ‘’Le Sénégal a répondu qu’il pensait que le navire fonctionnait légalement et a fourni une capture d’écran statique de la piste VMS du navire comme preuve. Mais, sans données VMS plus détaillées ou une explication plus solide des résultats de l’enquête, le NMFS ne peut pas disculper le navire de manière satisfaisante. Cela nécessiterait une coopération supplémentaire du Sénégal’’, note le rapport.

L’actionnariat de trois navires épinglés (F/V Mario No. 11, du F/V Maximus et du F/V Lisboa) est lié à la même société, basée au Sénégal, Hsin Fei Trading Investment Co. 

Autres reproches des Etats-Unis, ‘’le Sénégal n’a pas non plus enquêté de manière approfondie sur les preuves de transbordement non autorisé par l’un de ses navires en 2020’’. En effet, le rapport note que des membres d’équipage travaillant à bord d’un navire de pêche battant pavillon sénégalais ont (eux-mêmes) signalé des violations des mesures de conservation et des contrôles de transbordement liés aux requins’’. Ces témoignages rapportés par Greenpeace dans ‘’Choppy Waters: Forced Labor and Illegal Fishing in Taiwan’s Distant Water Fisheries’’, ont déclaré que le F/V Lisboa battant pavillon sénégalais, avait ramassé des ailerons de requin du F/V Wei Ching battant pavillon taïwanais. D’autres témoignages d’équipage ont signalé que ce navire avait reçu des ailerons de requin de quatre palangriers battant pavillon chinois figurant sur la liste ICCAT des navires de pêche autorisés. Selon la liste récapitulative des navires autorisés pour les ORGP thonières, le F/V Lisboa est un navire de pêche battant pavillon sénégalais autorisé à pêcher à la palangre dans la zone de la Convention de l’ICCAT d’avril 2018 à avril 2020. Les témoignages de l’équipage ont décrit une violation des mesures de l’ICCAT sur le transbordement (Rec. 16-15) et sur les requins capturés en association avec les pêcheries gérées par l’ICCAT (Rec. 04-10). Et comme si cela ne suffisait pas, les américains ont découvert que tous ces navires épinglés et battant pavillon sénégalais avaient un actionnariat identique. ‘’NMFS note avec inquiétude que l’actionnariat du F/V Mario No. 11, du F/V Maximus et du F/V Lisboa est lié à la même société basée au Sénégal, Hsin Fei Trading Investment Co. Ltd., propriétaire du F/V Mario No. 7 et du F/V Diamalaye battant pavillon sénégalais, que le Sénégal a autorisé à pêcher dans la zone de la Convention ICCAT entre 2018 et 2020’’. 

La certification 2023 du Sénégal compromise

A la suite de tous ces constats, les Etats-Unis comptent sortir le bâton contre le Sénégal, si ce dernier ne tire pas ces affaires au clair et ne donne pas suffisamment d’assurance que ces entorses au règlement international ICCAT. ‘’Suite à l’identification dans ce rapport des activités de pêche INN de ses navires et des manquements de la nation à contrôler ses navires, la décision de certification 2023 du Sénégal sera basée sur la preuve qu’il a pris des mesures pour enquêter sur ces violations des mesures de l’ICCAT, et sur la preuve que des mesures correctives ont été prises pour remédier à toute violation avérée’’, menace la NOAA. Pour qui, ‘’un accent particulier sera mis sur l’adhésion du Sénégal à la Rec. 06-14’’ et sur ‘’la promotion du respect par les nationaux des mesures de l’ICCAT’’.

La Chine, le Costa Rica, la Guyane, le Mexique, la Russie et Taïwan…les 6 autres pays épinglés avec le Sénégal

En dehors du Sénégal, le rapport de la NOAA a épinglé la Chine, le Costa Rica, la Guyane, le Mexique, la Russie et le Taïwan. L’agence américaine note par ailleurs que la pêche INN (illégale) sape les efforts internationaux pour gérer et reconstruire durablement les pêcheries. Cela crée aussi une concurrence déloyale sur le marché pour les pêcheurs qui adhèrent à des mesures de conservation strictes comme celles des États-Unis. La pêche INN peut également dévaster les populations de poissons et leurs habitats marins productifs, menaçant la sécurité alimentaire et la stabilité économique dans le monde entier. Et selon Beth Lowell, vice-présidente adjointe des campagnes américaines chez Oceana, ‘’le rapport de la NOAA montre la réalité troublante que la pêche INN est bien vivante’’. Dès lors, elle soutient que ‘’l’administration Biden-Harris doit prendre des mesures décisives pour lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée et fermer le marché américain à tous les produits d’origine illégale, y compris les fruits de mer pêchés à l’aide de force du travail ou d’autres violations des droits de l’homme’’. Et de féliciter la NOAA ‘’d’avoir identifié les pays qui n’ont pas réussi à lutter contre les prises accessoires de ressources marines vivantes protégées’’.

L’info