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COMMISSAIRE BOUBACAR SADIO : ‘’Il ne faudrait pas qu’on joue sur la peur des individus’’

  • mbay thiamdoum
  • juin 29, 2021
  • Commentaires fermés sur COMMISSAIRE BOUBACAR SADIO : ‘’Il ne faudrait pas qu’on joue sur la peur des individus’’

Le Commissaire Divisionnaire, Boubacar Sadio a invité ceux qui font état de présence de réseaux terroristes dormants au Sénégal, d’éviter de jouer sur la peur des individus.  Toutefois, l’officier de police à la retraite a, dans cet entretien, plaidé pour le renforcement de la lutte contre le blanchiment de capitaux. 

Le Garde des Sceaux a déclaré à l’Assemblée nationale, vendredi dernier, que le Sénégal est classé dans une zone grise en matière de terrorisme. Qu’elles sont les caractéristiques d’une zone grise ?

Je ne saurais être très précis. Mais, il y a une classification en trois parties : la zone verte, la zone grise et la zone rouge. Ces classifications sont faites par rapport aux organismes qui ne luttent pas exactement contre le terrorisme, mais surtout contre le financement du terrorisme, en partant du blanchiment d’argent, effectivement. Parce qu’il y a beaucoup d’activités de terroristes qui relèvent de la grande criminalité. Et ces activités criminelles génèrent beaucoup d’argents. C’est cet argent que les gens se débrouillent pour introduire dans les structures de l’économie réelle et officielle. C’est ce qu’on appelle le blanchiment d’argent. Dans ce domaine, il y a des États, effectivement, qui ont une législation très claire et sévère qui luttent de manière très efficace, contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il y en a d’autres, par contre, qui sont dans la liste rouge qui, pratiquement, ne font aucun effort, certains sont même traités d’États narco trafiquants, parce que les autorités qui administrent ces pays, sont versés dans le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. Maintenant, il y a d’autres États qui sont entre les deux, (grise et rouge), qui font des efforts certes, pour lutter contre le blanchement d’argent, mais dont les efforts n’ont pas été jugés efficaces. Ce sont ces États qui se trouve dans la zone grise auxquels on demande de faire davantage d’efforts pour ne pas tomber dans la zone rouge. 

Mais est ce que le Sénégal est dans une zone grise…

C’est une question d’appréciation. Mais on peut dire que nous sommes dans une zone grise quand même. Evidemment, les autorités sont en train de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Je crois que maintenant, ce qu’il faut faire, c’est de redoubler d’efforts pour faire en sorte que cet argent qui est issu de la grande criminalité, du terrorisme, ne puisse pas être intégré de manière incontrôlable, dans le circuit de l’économie réelle et officielle. C’est le prétexte que les autorités ont pris pour dire qu’il fallait voter cette loi. Une loi qui devrait être votée depuis le mois de février. Ils ont attendu maintenant pour pouvoir le voter. Je pense qu’entre temps, ils étaient en train de réfléchir pour voir comment on peut insérer d’autres éléments qui répondraient à leurs préoccupations politiques et non aux exigences des considérations des instances internationales.

Vous pensez que cette loi peut aider le Sénégal à ne pas être dans la zone grise ?

Il faut accentuer la lutte contre le blanchiment d’argent. Il est évident que si vous faites un constat au niveau du Sénégal, notamment au niveau de Dakar, il y a une prolifération d’immeubles dont on ne comprend pas l’origine du financement pour un pays sous développé. Ça mérite qu’on se pose des questions. Je crois que les gens en sont venus à la conclusion comme quoi, c’est de l’argent qui provient d’une économie souterraine. Soit, il vient d’un financement occulte, soit c’est l’argent qui provient du trafic international de la drogue. Il est difficile de faire une séparation entre la grande criminalité et le terrorisme. 

Le député Cheikh Tidiane Gadio dit qu’il y a des réseaux terroristes dormants au Sénégal. Qu’est ce vous en pensez ?

Il peut y avoir des réseaux dormants encore, il faudrait qu’on donne la définition exacte d’un réseau dormant. Je crois que pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, lui c’est un fonds de commerce.  Si mes souvenir sont exacts, depuis presque 10 ans ou plus, il ne fait que tenir ce même discours. Il parle souvent d’une attaque imminente des terroristes. Une imminence qui renvoi toujours aux calendres grecques, vraiment ça pose problème.  Je crois que pour certaines individualités ou personnalités, de même pour certaines institutions, je crois que c’est un créneau porteur pour capter certains financements. À entendre leurs discours, on a l’impression que nos forces de défense et de sécurité sont en train de dormir et elles ne font rien, alors que Dieu sait que si on en est arrivé à ce stade, c’est parce que les forces de défense et de sécurité sont performantes en la matière. Elles font de l’anticipation, elles mènent des activités proactives ; ce qui fait que ce qui se passe dans d’autres pays jusqu’à présent, n’a pas pu se passer au Sénégal. Il y a aussi d’autres raisons : géographiques, sociologique… qui expliquent la situation au Sénégal. Mais vraiment, il ne faudrait pas qu’on joue sur la peur des individus. Moi, c’est cette impression que j’ai.    

L’info