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MEURTRE DE LAT NDIAYE DANS L’INDIFFERENCE GENERALE : La colère des policiers

Les policiers ont mal ! Et beaucoup d’entre eux déplorent la quasi-indifférence de l’opinion, devant le meurtre atroce d’un des leurs, Lat Ndiaye, par une bande de fils à papa fêtards, alors qu’au moindre faux pas d’un de ses éléments, la police est montée en épingle et trainée dans la boue dans les médias et réseaux sociaux, les places publiques, par tout ce que le pays compte d’activistes, de défenseurs des droits de l’homme. Très amers, certains d’entre eux dont deux officiers de haut rang, ont brisé la loi du silence pour dénoncer auprès de «L’info», cette «diabolisation» et pire, cette «animosité» envers les policiers, que l’un d’eux assimile à une «maladie» de la société qu’on doit vite guérir. 

Un agent du Groupement Mobile d’intervention (GMI) en service a été heurté et tué par de jeunes fêtards dans la nuit du mercredi à jeudi dernier, à hauteur de Rufisque. Un accident mortel qui a mis les policiers dans tous leurs états. Et pour cause, non seulement le meurtre de Lat Ndiaye a été lâche et barbare, mais à leurs yeux, la réaction d’indifférence, de silence, pour ne pas dire de : ‘’c’est bon pour sa gueule’’, de Sénégalais, des activistes et organisations de défenses des droits de l’hommes, si prompts à s’indigner et à tirer sur les policiers quand l’un d’eux commet une erreur, est frappante. ‘’Malheureusement, il n’y aura pas de plateau télé spéciale pour lui. C’est juste un policier. Il n’y aura point de sortie des organisations de défense des droits de l’homme. Ce n’est pas un homme ; c’est juste un policier’’, s’est désolé un Commissaire, à la tête d’une importante unité de la police, et qui a tenu à exprimer son indignation. 

‘’Pas de plateau télé spéciale pour lui ; point de sortie des organisations de défense des droits de l’homme. C’est juste un policier’’

Très remonté, il poursuit : ‘’j’ai eu vraiment mal. Et je suis convaincu que si c’est un policier qui avait heurté un civil, même s’il ne décède pas, on en aurait fait un tollé. Mais nous, on peut nous tuer ; on peut nous insulter ; on peut nous trainer dans la boue, ce n’est pas grave’’. Déplorant la ‘’diabolisation des policiers’’, notre interlocuteur d’inviter à l’assainissement des rapports, étant entendu que policiers et civils sont tous des frères et sœurs sénégalais, fait dans la même moule sociale. ‘’Il faut qu’on comprenne que les policiers sont des Sénégalais comme vous et moi. Ce sont des jeunes comme tous les autres jeunes sénégalais. Il peut arriver qu’ils fassent des erreurs ou aient un mauvais comportement. Mais les gens agissent comme si on était des ennemis. C’est un débat qui est là. Je ne sais pas comment faire, mais il faut le régler’’, rouspète-t-il. Non sans préciser : ‘’Je ne blanchis pas la police. Nous sommes là pour les populations ; et pour cela, il faut qu’on ait des comportements irréprochables. C’est ce que je dis toujours à mes hommes. Mais il faudrait aussi que les gens comprennent que les policiers ne sont pas des monstres ou des ennemis. Parce que si on les prend pour des ennemis ou des monstres, les rapports seront toujours heurtés. Et cela n’est pas bon. Ça conduit à des situations comme celle à laquelle on assiste aujourd’hui. Un Sénégalais se fait massacrer en plein service et on fait comme si de rien n’était, parce que c’est juste un policier’’.

‘’Quand un citoyen sénégalais meurt, qui qu’il soit, ça doit faire mal à tout le monde’’

Un autre gradé, un haut cadre, qui a servi plusieurs ministres de l’Intérieur, avec à son actif, plusieurs missions à l’étranger, va plus loin dans la dénonciation de cette diabolisation et cette indifférence face aux malheurs qui arrivent aux policiers. ‘’Vous allez écrire un article. Peut-être 2 ou 3 personnes vont en parler. Mais en dehors de votre article, vous verrez que peu de gens vont en parler’’, souligne-t-il d’emblée. Et le Lieutenant d’enchaîner : ‘’cette police est prise pour l’ennemi de la population. Qu’il y ait des heurts entre nous et les populations, cela ne devait pas faire aujourd’hui qu’on en arrive à cette situation, à la limite d’animosité. Je suis en train de me dire simplement que je suis dans une société malade. Il faut qu’on sorte de cette maladie, qu’on en guérisse. Quand un citoyen sénégalais meurt, qui qu’il soit, ça doit faire mal à tout le monde. La vie n’a pas de prix et quand on meurt, on ne revient pas. On peut dire oui, on lui a cassé la tête, c’est bien pour sa gueule ; on peut dire certaines choses parce qu’il est blessé. Mais quand quelqu’un est tué, il faudrait avoir un autre comportement’’, rumine-t-il. Avant de faire le parallèle avec la mort du doyen des juges Samba Sall. ‘’Je parlais du magistrat, mais les mêmes personnes ou certains de ces personnes qui jubilaient quand il est décédé, ce sont les mêmes personnes qui se sont offusquées quand leur leader a failli tomber à Bignona. Quand certains voulaient s’en régaler, ils ont rapidement commencé à dire : oui il faudrait qu’on soit que des humains’’, cogne-t-il. 

‘’La population comme les autorités n’ont aucune considération pour leur police’’

L’officier de police d’énumérer de nombreux cas où des policiers ont été assassinés sans indignation populaire, alors que quand des policiers ont tué des gens, même par accident, c’est toute la police qui a été brocardée et jetée en pâture, y compris même par l’Etat. ‘’Ce qu’il faudrait dire dans cette histoire, et c’est ce qui me révolte, c’est qu’il y a eu un accident (aux allés du centenaire). Moi, je continue à dire que la police avait tort, parce qu’on m’a appris que le véhicule a emprunté une voie qu’il ne devait pas prendre, un sens interdit. Même s’il s’agit d’une intervention, il a heurté une moto et le conducteur ou le passager en est décédé. Et c’est tout ce qu’il y a comme activistes dans ce pays qui sont montés au créneau pour dire les policiers ceci, les policiers cela’’.  Il poursuit : ‘’il y a de cela quelques années, quand un jeune commissaire était décédé à Thiès, les gens l’ont attribué à des peurs ; à ceci ou cela…Aujourd’hui personne ne parle de Fodé Ndiaye. Il est déjà oublié. Je suis l’un des rares personnes qui, chaque année, rappelle que ce garçon qui était auxiliaire, n’était pas fonctionnaire de police, est mort à Colobane comme Mamadou Diop dont aujourd’hui ses enfants sont des pupilles de la Nation. Lui, il est déjà oublié. Le 16 février les gens en parlent très rarement. Mais à chaque fois qu’il y a ce qu’ils appellent une bavure policière, c’est toute la société qui se lève comme un seul homme. Quand aussi un policier fait une chose qui est contraire à la loi, il doit subir la vigueur de cette loi. Mais, quand aussi c’est le policier qui est victime, il faudrait que celui qui est l’auteur puisse subir la vigueur de la loi. Et que les gens s’indignent de la même manière dans les deux cas’’. Fort de ces constats, notre interlocuteur lâche amer : ‘’cela me fait croire, et c’est ce que je maintiens depuis que j’ai choisi d’être policier, que nous sommes des citoyens bien à part. La population comme les autorités n’ont aucune considération pour leur police’’. Il rappelle d’ailleurs que beaucoup de ministres de l’Intérieur ont essayé de travailler là-dessus, mais jusque-là sans succès. Rappelant dans la foulée, les efforts de Me Ousmane Ngom qui voulait qu’on en arrive à dire «ma police». Mais se désole-t-il : ‘’nous continuons à dire la police’’. 

‘’Si l’Etat est capable de prendre en charge les enfants de Mamadou Diop, il doit prendre en charge les enfants de ce jeune’’

Poursuivant, il invite l’Etat à faire plus pour ses hommes de tenue dans de pareilles circonstances, comme il le fait quand il s’agit de civil. ‘’Moi, ma vision dans cette affaire-là, c’est qu’il faudrait que l’Etat protège ses policiers et gendarmes. Les protéger, c’est, quand il y arrive ces choses, qu’on ne se contente pas simplement de dire : on va l’enterrer, on va donner 200 000 francs CFA à la veuve, 250 000 francs CFA à la famille. Mais qu’on puisse dire : il a des enfants qu’il faut prendre en charge. Si la Nation est capable de prendre en charge les enfants de Mamadou Diop qui manifestait, elle doit être capable de prendre en charge les enfants et la famille de ce garçon. Mamadou Diop, on disait que son salaire, jusqu’à l’âge de sa retraite, va être versé à sa veuve. On ne nous dira jamais la somme reçue par son père’’, râle-t-il.

L’info