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RESTAURATION : Le fast-food, une aubaine pour les vendeurs et les clients

COMMERCE : Nécessité ou mode, la restauration rapide est de plus en plus considérée comme une option par bon nombre de Dakarois. Il est très fréquent de voir dans les rues et artères des quartiers une ou plusieurs cantines qui s’activent dans le domaine du fast-food.

 Lunettes loupe bien vissées, la sueur qui coulent  par endroit sur son visage, Abdoulaye Thioye, vendeur de fast-food discute avec sa collaboratrice à notre arrivée. Il nous répond : « Je suis le propriétaire du fast-food ». Le débit plus ou moins lent, le timbre moyennement audible, l’homme s’exprime avec une finesse remarquée. Peut-être que cela traduit les trente années qu’il a passé au pays d’Angela Merkel.

En effet, il a eu à vivre à Berlin, une bonne partie de sa vie. De retour au bercail, depuis l’année dernière, il a opté d’investir dans la restauration  rapide. C’est juste derrière le siège de la Sonatel qu’il s’est trouvé un  espace qui peut accueillir son nouveau business. Il renseigne : «Il y a six mois que je me suis installé à cet endroit ».

 Il poursuit, en indiquant qu’il est convaincu de la disponibilité de la clientèle à la Cité Keur Gorgui. Du fait de la notoriété de ce quartier d’affaires, il souhaite profiter des  opportunités qu’offre la Cité  pour développer sa petite unité. D’après ses confidences, il n’est pas déçu  même s’il espère  une demande plus conséquente. Sa clientèle, Thioye informe qu’elle est composée d’employés qui travaillent dans les entreprises de la place. « Ce sont les travailleurs de la Sonatel, des établissements bancaires et autres boites de la place », informe-t-il.

  Abdoulaye Thioye établit le bilan des quelques mois qu’il a passé dans ce secteur. D’après lui, ce qui peut être considéré comme une aubaine pour les uns, peut être un handicap pour les autres.

Il  s’explique : « Dans la réalité, la clientèle est le plus souvent fixe. Ce sont les mêmes personnes qui viennent acheter. Cela peut s’avérer une source de satisfaction, le fait de fidéliser sa clientèle. Mais il n’y a pas de marge de progression. L’impact de la Covid est venu donner l’exemple car la majeure partie  des travailleurs faisait du télétravail. Heureusement qu’ils commencent à reprendre petit à petit ». Le fait d’avoir une clientèle hétérogène, c’est-à-dire d’horizons divers permet d’atténuer l’impact négatif de la Covid.

  Trouver un espace d’implantation n’a pas été une chose aisée pour Abdoulaye. Sa demande à la municipalité de Mermoz Sacré-Cœur a trainé. « De facto, il existe une nette différence entre l’Allemagne où je vivais et le Sénégal. En Allemagne, il suffit de remplir les différents formulaires qui vous sont soumis et la procédure trouve rapidement une issue. Contrairement au Sénégal, la procédure pour avoir une autorisation relève du parcours du combattant. En plus, il faut avoir des connaissances qui vont s’occuper de cela », témoigne-t-il.

Aldo va plus loin qu’Abdoulaye. Ce Béninois qui s’est installé au « pays de la teranga » depuis 2010 dénonce une « sorte de magouille ».  Il fulmine : «C’est à des connaissances que j’ai donné ma demande. Evidemment que je leur ai graissé la pâte pour pouvoir espérer quelque chose ».

  Dans ce quartier huppé, l’approvisionnent en pain et consorts n’est pas très compliqué. C’est le constat d’Abdoulaye et d’Aldo. Ce dernier livre que c’est une boulangerie de la place qui lui livre le pain. Les préoccupations d’Abdoulaye sont ailleurs. Pour lui, c’est la fluctuation des denrées qui constitue un hic dans son travail, avant d’ajouter :« J’essaye de vendre de la nourriture de qualité à un prix acceptable, compétitif. Il se trouve que cela demande beaucoup d’investissement ».

  A Sacré- Cœur III, les petites cantines de restauration rapide décorent la chaussée. Elles se dressent çà et là au bord de la route. Parmi les cantines, on peut remarquer celle de Mamoudou Diallo. Ce dernier s’est arrangé pour mettre tout son matériel à l’intérieur du petit espace.

 A côté,  un client attend patiemment sa commande d’omelette et de friture de pomme de terre. En un instant, il est vite servi. Diallo, originaire de la Guinée fait cette activité depuis plusieurs années. Il estime qu’il ne se plaint pas, malgré les répercussions négatives de la Covid.

A quelques pas de l’emplacement de Mamoudou, un de ses compatriotes tient lui aussi une cantine de fast-food. Il avance que  les gens n’ont plus de temps pour manger chez eux. La mobilité réduite qu’offre Dakar fait que beaucoup de personnes préfèrent les fast-foods. Au-delà de cela, les prix sont plus abordables par rapport à certains restaurants de la place.

LES CONSOMMATEURS APPRECIENT

Balla Ndoye se dit très satisfait de la qualité du service proposé par Abdoulaye. Avec un morceau de sandwich à la main, il  prend aisément son petit-déjeuner. Il pense que l’environnement et la propreté des lieux qui ont orienté son choix vers le local d’Abdoulaye.  Il confie : « Je viens fréquemment ici pour me restaurer. On peut manger en ayant l’esprit tranquille ». Il est conforté dans ses propos par une connaissance. Cheikh confirme : « Chez  Abdoulaye, il y a la qualité et l’hygiène requises. C’est pourquoi nous sommes de fidèles clients ».

Alassane lui, met en avant  les économies qu’il réalise en achetant chez les vendeurs de fast-food. Il informe que son gain ne lui permet pas de fréquenter les restaurants de la place. «Mes revenus ne me  permettent pas de faire certaines dépenses. J’ai d’autres charges à satisfaire. Donc, je me limite au nécessaire », confie-t-il.

Son compagnon d’ajouter : « Les temps sont durs. Je préfère acheter à manger ici que d’aller dans les restaurants. Surtout que nous sommes des pères de famille ».

Amadou SAMOURA