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LOCALES 2022 A THIES : Idy à quitte ou double

Nonobstant l’alliance scellée avec le Parti-Etat, le patron de Rewmi, Idrissa Seck devra pour autant sortir le grand jeu pour conserver Thiès, sa chasse gardée. Cela, dans un contexte où son parti, le Rewmi, s’est totalement vidé de sa substance avec la saignée qu’elle a connue de 2012 à présent. Mais aussi au moment où la coalition au pouvoir est sur ses platebandes avec sa victoire au niveau départemental, à l’issue des Législatives de 2017.

Fixées au 23 janvier 2022 prochain, les élections municipales et départementales sont parties pour provoquer un nouvel ordre politique, avec à la clé, une nouvelle configuration dans le landerneau politique sénégalais, et de nouveaux rapports de forces, en perspective des prochaines joutes électorales de 2022 et de 2024. Si pour le président de la République, Macky Sall, ces élections sonnent comme des primaires pré-présidentielles de 2024, pour ses alliés de Benno bokk yaakaar, c’est un test grandeur nature pour jauger les forces des uns et des autres, ou du moins ce qu’il en reste après neuf ans de compagnonnage dans le cadre de la coalition de la mouvance présidentielle. 

Principalement pour le leader de Rewmi, Idrissa Seck devra batailler fort pour remettre les pendules à l’heure. Sorti victorieux des élections locales de 2014 dans les trois communes de Thiès et dans la majeure partie des communes du département, l’ancien Premier ministre sous Abdoulaye Wade a été vaincu trois ans plus tard, à l’issue des élections législatives de 2017 qui ont donné vainqueur à la coalition de la mouvance présidentielle. Alors tête de liste départementale de la coalition Mankoo taxawu Sénégal à Thiès, Idrissa Seck a été battu pour la première fois dans son département.

Débauchages et départs tous azimuts de responsables de Rewmi

Entre 2017 et maintenant, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts au sein du parti d’Idrissa Seck. Pour affaiblir son principal adversaire et venir à bout d’Idrissa Seck dans la région de Thiès, le Président Macky Sall avait initié une vaste opération de débauchage de ses lieutenants, responsables et autres membres déterminants de Rewmi. Comme s’ils se sont passés le mot ou pris par le même virus, beaucoup de ses caciques ont tourné casaque pour rejoindre les prairies marron-beige. Dans cette saignée, ce sont les membres fondateurs de Rewmi qui ont donné le ton. Il s’agit entre autres, de l’ancien président de l’Assemblée nationale sous le régime d’Abdoulaye Wade par ailleurs, membre fondateur de Rewmi, Youssou Diagne, de la notaire Me Nafissatou Diop, de son ex porte-parole Ousmane Thiongane, Waly Fall, de son ancien bras droit et complice, Oumar Guèye, Pape Diouf, Oumar Sarr. Tous ont fait le vide autour d’Idrissa Seck à qui ils reprochent son style de management qui est centré sur lui-même et sur ses intérêts individuels au détriment du parti et de ses responsables.

Les frustrations et la démotivation étaient en effet, tel que qu’à côté des responsables qui ont transhumé vers la majorité présidentielle et d’autres qui ont tout simplement démissionné pour prendre en main, leur destin politique, certains ont préféré rester dans leur coin. C’est le cas de l’ancienne ministre de la Femme et de la Famille sous Abdoulaye Wade, Awa Guéye Kébé, par ailleurs ancienne présidente du Mouvement national des femmes de Rewmi. Même si elle est revenue aux affaires à la faveur de la nomination d’Idrissa au Conseil économique social et environnemental. C’est le cas aussi de l’ancienne directrice de campagne d’Idrissa Seck, Léna Sène qui a décidé de se consacrer exclusivement à sa carrière professionnelle après la débâcle de 2012.

Le management d’Idy en question

Les relations entre Idrissa Seck et ses lieutenants se sont en effet détériorées au fil du temps après l’épopée de 2007 où le Rewmi, sorti avec fracas des lombes du Parti démocratique sénégalais en 2006, s’est presque défait d’Abdoulaye Wade si ce n’était pas les calculs politiciens de l’ancien Premier ministre qui l’ont perdu in fine. Las des erreurs de débutants de l’ancien cacique du Parti démocratique sénégalais sur fond de calculs politiciens trop risqués, ils ont tour à tour tourné casaque, soutenus dans leur élan par un Macky Sall qui a fini d’infiltrer et de créer le chao dans tous les partis d’opposition. Jugé distant dans ses relations, notamment sociales avec ses principaux collaborateurs, Idrissa Seck a la main sur tout au Rewmi et ne partage pas souvent les décisions importantes engageant le parti, agissant seul, comme c’est le cas lors du rapprochement avec le président Sall, que des membres importants de Rewmi ont appris en même temps que les Sénégalais. C’est la somme des mêmes frustrations qui sont à l’origine des départs d’autres responsables et non pas des moindres, comme l’ancien chargé de la communication de Rewmi, Thierno Bocoum, de son ancien porte-parole, le Dr Abdourahmane Diouf et récemment, de son ancien vice-président Déthié Fall qui a refusé de le suivre dans son opération périlleuse de rejoindre le camp présidentiel, et qui devait être matérialisée par un changement total de discours au sein de l’Assemblée nationale, après une période d’opposition radicale. L’ancien n°2 de Rewmi qui n’a pas voulu être le dindon de la farce de ce deal politique, a tout simplement procédé le 28 mars dernier, au lancement de sa propre formation politique dénommée : Parti républicain pour le progrès/Disso ak askan wi. 

Entre 2012 et 2021, c’est plus d’une dizaine de cadres et autres caciques de Rewmi qui ont quitté Idrissa Seck. Parti de masse et d’intellectuels au tout début de sa création en 2006, le Rewmi est devenu une coquille presque vide avec à sa tête un leader solitaire, complètement perdu par, et dans ses calculs politiciens. Avec son alliance avec le Président Macky Sall en perspective des prochaines joutes électorales, l’actuel président du Conseil économique, social et environnemental (Cese), joue sa survie politique dans un contexte où le chef de la majorité entretient un flou total sur sa probable troisième candidature et où le principal opposant du régime Ousmane Sonko renforce son assise comme leader charismatique de l’opposition.

Les risques d’un basculement de la commune de Thiès

Avec son alliance avec la mouvance présidentielle en perspective des élections municipales et départementales du 23 janvier 2022 prochain, Idrissa Seck gagne et perd en même temps. Certes le leader de Rewmi se renforce avec le soutien des ‘’apéristes’’ qui ont toujours convoité certaines communes comme Thiès, mais il sera obligé de s’ouvrir et d’aller vers un partage de la commune de Thiès au moment des investitures qui s’annoncent déjà compliquées au vu des enjeux de ces joutes électorales. Abdou Mbow, Siré Dia et Ramatoulaye Guéye Diop qui ont été nettement stoppés dans leur élan politique par le tout puissant Idrissa Seck, pourraient reprendre du poil de la bête avec la nouvelle donne et se relancer dans leur quête effrénée de faire basculer Thiès, dans l’escarcelle de leur chef, le Président Macky Sall, résolument engagé dans un jeu de dupe avec son nouvel allié. Ainsi, les risques sont trop grands de voir certaines communes de Thiès, basculer dans le camp de l’Alliance pour la République, ce qui pourrait compromettre son maintien à la tête du Conseil départemental de Thiès et l’hégémonie qu’il a toujours eu dans la capitale du Rail après le règne du tout puissant Boubacar Sall. Abdou Mbow qui a essuyé une cinglante défaite à l’issue des élections locales du 29 juin 2014, pourrait mettre la main sur la mairie de Thiès-Est et pourquoi pas prétendre à la mairie de la ville de Thiès, qui a échappé au contrôle de Rewmi, après que l’actuel maire Talla Sylla est entré en clash avec Idrissa Seck, avant de se rapprocher de Macky Sall. Quoiqu’il en soit, les choses ne seront pas de tout repos pour l’Apr et le Rewmi, dont les militants annoncent déjà les couleurs avec les récentes scènes de pugilat et de batailles rangées enregistrées à Touba.

L’info