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GESTION DES ORDURES : Désordre au sommet…

De la SIAS à l’UCG, en passant par la SOADIP, APRODAK, APROSEN, SOPROSEN et puis l’Entente Cadak/Car, les sociétés nationales de gestion des ordures se sont succédées sans jamais répondre aux exigences de leur création. Amenant ainsi les autorités étatiques à s’inscrire dans une perpétuelle quête de solutions qui justifie aujourd’hui la mise à mort de l’UCG et son remplacement par la Sénégalaise de gestion des déchets. 

L’Unité de coordination et de gestion des déchets solides (Ucg) va passer à la trappe. Sous le coup d’une dissolution, elle sera remplacée par la Sénégalaise de gestion des déchets. Une nouvelle trouvaille qui vient allonger la longue liste des sociétés de gestion des ordures au Sénégal de la SIAS à l’UCG, en passant par la SOADIP, APRODAK, APROSEN, SOPROSEN et puis l’Entente Cadak/Car. ‘’Nous allons faire une mutation de l’Ucg pour aller vers la Sénégalaise de gestion des déchets qui va plus largement, en relation avec les collectivités territoriales, trouver un moyen d’équilibrer, pour que rien n’empiète sur une compétence et qu’ensemble, nous assumions cette compétence générale’’, a tout récemment déclaré le ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique, pour justifier le projet. Selon Abdoulaye Sow, cette société qui va être mise en place permettra de prendre largement en charge, la problématique de la gestion des déchets plastiques, malgré les attributions dévolues aux conseils municipaux. Une décision qui sonne le glas de l’Unité de Coordination et de gestion des déchets solides (UCG), créée sur font de règlement de compte politique dans le cadre du combat mené contre l’ex-maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall.  

«Une société de plus qui vivra le temps d’une rose et mourir de sa belle mort»

Cependant, de l’avis du Directeur du développement urbain de Dakar, il n’y a rien de nouveau sous le ciel sénégalais. ‘’Je dirais qu’on va encore créer une société de plus, parce que nous avons connu, par le passé, des sociétés qui ont été créées mais qui ont vécu le temps d’une rose. Puis ces sociétés sont mortes par leur belle mort’’, a déclaré Abdou Birahim Diop. Pour cet ingénieur en gestion urbaine, les sociétés qui se sont succédées dans ce secteur ont été créées avec des contrats léonins y compris l’Ucg. C’est la raison pour laquelle, il ne fonde pas beaucoup d’espoir sur la future société qui prend le relais de l’Ucg. ‘’La nouvelle société qui va venir, peut-être, vivra le temps d’une rose et elle va mourir de sa belle mort.  Il n’y a pas de durabilité dans cette vision instable’’, a prédit Abdou Birahim Diop. Le directeur du développement urbain de Dakar justifie son pessimisme quant à la réussite de cette future société de gestion des ordures, par le fait que l’Etat s’est immiscé dans un domaine qui n’est pas le sien, pour des raisons politiciennes. ‘’La gestion des ordures ménagères et l’État civile font partie des questions qui ont consacré la création des collectivités territoriales, les mairies, partout dans le monde. Et au Sénégal, si pour des considérations partisanes où politiciennes, on hôte la gestion des ordures ménagères aux collectivités territoriales et principalement à Dakar, pour la donner à une entité étatique, ça pose problème’’, soutient-il.    

Une multitude de sociétés et un éternel recommencement

À l’image de ces prédécesseurs, l’UCG va rallonger la liste déjà longue des sociétés de nettoiement dissoutes durant ces 20 dernières années au Sénégal. En effet depuis la dissolution de la Communauté Urbaine de Dakar (CUD), le 21 juillet 2000, l’État du Sénégal a, dans le souci de mettre en place un système efficace de collecte et de gestion des ordures ménagères, entrepris plusieurs réformes. Ainsi, depuis 2 décennies, plusieurs sociétés se sont succédées dans le secteur du nettoiement. Mais, les attentes n’ont jamais été au rendez-vous. Pis, la plupart des dissolutions ont provoqué des désagréments auprès des employés.

Dès son arrivé au pouvoir en 2000, Me Abdoulaye Wade a mis en place la Haute autorité pour la propreté de Dakar (Hapd). Cette première société créée par Me Abdoulaye Wade dans le secteur du nettoiement par décret n° 2000-694 du 7 août 2000, a été remplacée par l’Agence pour la Propreté de Dakar (APRODAK) par décret n° 2001-257 du 29 mars 2001. Par décret n° 2006-08 du 9 janvier 2006 portant création, organisation et fonctionnement de l’Agence nationale de la Propreté du Sénégal (APROSEN) sur les cendres de l’APRODAK. Ainsi, contrairement à l’APRODAK, l’APROSEN, placée sous la tutelle du ministère chargé des Collectivités locales, ne gère plus le programme des déchets solides urbains de Dakar. Cette tâche est désormais transférée à l’Entente intercommunautaire (CADAK/CAR).  La mise sur pied de l’APROSEN visait, d’après son ancienne directrice Aminata Fall Niabaly, à répondre à la demande sociale à l’intérieur du pays, mais aussi à instaurer «un cadre de vie de meilleure qualité, favorable au bien-être et à l’épanouissement des populations, en assurant une veille des normes et actions de salubrité publique».  Chargée d’élaborer, pour le compte de l’Etat, les politiques et programmes de lutte contre l’insalubrité, l’APROSEN n’a pas pu, au terme de 6 ans d’existence, mettre en place une politique efficace de ramassage des ordures. La séquence immédiate qui en découle suite aux défaillances de son système de ramassage des ordures, reste inévitablement sa dissolution.   Elle sera remplacée décret n° 2011-1677 du 30 septembre 2011 par la Société pour la Propreté du Sénégal (SOPROSEN S.A.). Celle-ci approuvant ses statuts et définit ses règles d’organisation et de fonctionnement, tout en abrogeant le décret n° 2011-329 du 16 mars 2011 portant création, réorganisation et fonctionnement de l’Agence pour la propreté du Sénégal (APROSEN). Pour assurer la continuité de la mise en œuvre de la gestion des déchets solides durant la phase de transition entre la suppression de l’APROSEN et la mise en place de la SOPROSEN, il est créé par Arrêté n° 012551 du 17 novembre 2011, une Unité de Coordination de la Gestion des déchets solides, placée sous l’Autorité du ministre d’Etat, ministre de la Culture, du Genre et du Cadre de vie.

Auparavant, d’autres sociétés ont existé. De l’indépendance en 1960 à 1971, c’est la Régie municipale de Dakar qui s’est occupée de la gestion des ordures avec un statut de monopole. Une gestion privée intervient à partir de 1971 avec la Société africaine de diffusion et de promotion (SOADIP) pour prendre fin en 1984, date à laquelle l’Etat reprend le relais en créant la Société industrielle et d’Aménagement du Sénégal (SIAS). Dans son système, la SIAS met à contribution les mouvements populaires avant de les transformer en groupement d’intérêt économique (GIE). Déjà empêtrée dans des difficultés, la SIAS signe, en 1993, un protocole avec les GIE regroupés au sein de la Coordination des associations et mouvements de la Communauté urbaine de Dakar (CAMCUD). Avec la dissolution de la SIAS en 1995, l’ancien maire de Dakar, Mamadou Diop fait encore appel aux mouvements pour prendre en charge la collecte des ordures à Dakar jusqu’en 2000. En janvier 2001, le ministre de l’Environnement alors en poste, Mamadou Lamine Bâ, signe un contrat de concession pour la gestion des ordures à Dakar pour une durée de 25 ans avec la société suisse Alcyon. En 2002, le nettoiement de Dakar est confié à la société privée Agence municipale del ambiante (AMA, Agence municipale de l’assainissement) dont l’Etat va prononcer la rupture du contrat pour mettre en place la Haute autorité pour la propreté de Dakar (APRODAK) en fin mai 2000.

L’info