PENURIE D’EAU A DAKAR : L’insoutenable calvaire des populations

HYDRAULIQUE : Plusieurs quartiers de Dakar connaissent depuis des mois une pénurie d’eau structurelle. Les populations vivent un calvaire sans nom en cette période de canicule.

«Nous voulons de l’eau ». C’est le cri du cœur qu’entonnent en chœur les habitants  du populeux quartier de Benn Tally. Plusieurs quartiers de Dakar vivent une pénurie d’eau identique, voire plus sévère. L’eau ne coule plus des robinets depuis des mois.

La situation à Benn Tally est illustrative de ce qui se passe à Dakar, marquée par une distribution de l’eau irrégulière. Adji Ngom, une ménagère rencontrée à quelques mètres de la pharmacie «Benn Tally», devant le portail de sa maison avec un balai à la main en train de veiller à la propreté des lieux, ne cache pas son désarroi. «Le manque d’eau que nous vivons est vraiment  inqualifiable. Les robinets ouvrent à 2 heures et ferment à 6 heures du matin et ça ne vient pas comme on le voudrait. Avec ce coronavirus où l’on prône la propreté, ce sera très difficile sans l’eau. La Sen’Eau nous rend la vie impossible », fulmine-t-elle.

Abdoulaye Diouf, mécanicien de métier avec sa tenue de travail de couleur noire, en pleine réparation d’une voiture ne décolère pas non plus. «Pour dire vrai, cette pénurie d’eau nous pourrit la vie. Quand on rentre du travail, on a la hantise de ne pas trouver une goutte d’eau pour se laver surtout en cette période en cette chaleur. C’est vraiment écoeurant d’autant plus que chaque mois on paie nos factures ».

Avec le regard pointé sur la grande foule réunie autour de la citerne d’eau, Amadou Diop, émigré venant de Paris est très critique à l’encontre de la Sen’Eau, chargée de la distribution de l’eau en milieu urbain et périurbain. « Cela fait 6 ans que je viens ici, chaque année y a jamais d’eau. On nous envoie des factures que ne nous n’avons jamais consommées. Un pays avec la mer, ce n’est pas normal qu’il manque d’eau. Nous avons besoin de ce liquide précieux. Les gens se battent pour en avoir. Y’ en a marre, nous voulons que ça change », dénonce-t-il avec véhémence.

  Pour le jeune émigré au teint noir, ce manque d’eau génère de grands risques de contamination  à la Covid-19 avec ce regroupement trouvée devant la citerne d’eau venue soulager les habitants de Benn Tally. « Regardez tous ces gens là. Il n’y a de respect des gestes barrières. Il y a des risques de contamination »,  prévient notre interlocuteur.

La pénurie d’eau affecte tout le monde même les taximen en souffrent. Djéry Thiaw, chauffeur de taxi exprime son ras-le-bol. « L’eau est vitale. Sans eau, il n’ y a  pas de vie sur terre. À la descente, on veut laver nos véhicules pour une bonne hygiène et par respect aux clients, mais avec ce manque criard d’eau, cela devient difficile voire impossible. Nos taxis sont nos bureaux, ils doivent être propres », explique-t-il, estimant que  la Sen’Eau a montré ses limites dans sa capacité à assurer une distribution correcte de l’eau dans la capitale. 

À plus de 300 m de la pharmacie «Benn Tally », un autre camion citerne  est garé. Tout au tour,  des hommes, des femmes et  des enfants, sont  venus chercher de l’eau. Mounirou Guéye, un jeune plombier, taille courte, exprime sa peine. « Cette pénurie d’eau nous met dans d’énormes difficultés. Les gens font des queues de plus de 200 mètres pour pouvoir bénéficier de l’eau de la citerne et des fois même ils rentrent bredouilles parce qu’une citerne ne peut pas nous suffire », constate-t-il pour le déplorer.  

Babacar TALLA