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REPORTAGE : Ngoundiane redonne ses lettres de noblesse au « Ndut », un rite de passage chez les sérères

SOCIETE : Dans la vaste cour de la maison de Soulèye Thiaw, des femmes s’affairent autour de grosses marmites pour donner à manger aux nombreux invités de Ngoundiane Samel, samedi 26 janvier, trois jours après le traditionnel ‘’woong’’ ou ‘’ngomar’’, cérémonie précédant la circoncision de dizaines de garçons de ce village sérère situé dans la région de Thiès (ouest).

Le ‘’woong’’ précède le ‘’ndut’’, une tradition abandonnée par une bonne partie de la communauté sérère. C’est aussi un moment de retrouvailles pour les ressortissants de Ngoundiane Samel venus des localités voisines, Touba Toul, Diobass, Khombole, ou de contrées lointaines. 


Assis sur des chaises, des hommes tricotent les cotonnades que vont porter pendant deux mois les trois circoncis de la famille Thiaw, qui font partie d’une cinquantaine de jeunes candidats à l’initiation âgés de 14 à 18 ans, réunis dans un endroit du village auquel ne peuvent accéder que les hommes adultes et jeunes déjà initiés.

La veille, au soir, les futurs circoncis ont été accompagnés à l’endroit choisi pour l’initiation, au son des tam-tams. Et des cantatrices chantaient les louanges de leurs ancêtres, lors du ‘’ngomar’’, qui a démarré dans la nuit de mercredi.

Abandonnée depuis des décennies en même temps que le ‘’woong’’ qui le précède, le ‘’ndut’’, la circoncision traditionnelle sérère, est de retour dans plusieurs villages de la commune de Ngoundiane, où les jeunes hommes étaient circoncis sans faste, sans cette tradition. Cette année, les villages de Ngoundiane Samel et de Diack ont organisé simultanément des séances de ‘’ndut’’.

Des taureaux ont été immolés dans toutes les concessions du village qui ont envoyé des enfants au bataillon de circoncis. Les réjouissances ont eu lieu dans les foyers d’origine des initiés et à la place publique du village. Une semaine auparavant, comme le veut la tradition, les futurs circoncis, bracelets en argent au poignet, ont rendu visite à leurs proches pour leur annoncer leur entrée prochaine dans la case de l’homme. 

Rassemblés pendant un mois dans le village, ils iront camper en brousse à l’abri des regards des non-initiés et des femmes, pour apprendre les codes de la tradition sérère : l’obéissance envers les parents, le respect du droit d’aînesse, la discrétion, la patience, etc. Les circoncis se verront inculquer une panoplie de savoirs ésotériques.

‘’Pour rien au monde, ils ne les divulgueront ni à leur épouse ni à leurs enfants qui n’ont pas encore été initiés’’, explique, sourire aux lèvres, le sexagénaire Soulèye Thiaw. Chaque samedi, les circoncis se réuniront devant les concessions des notables du village qui, à tour de rôle, doivent leur offrir un bœuf. 

Démonstrations d’invulnérabilité

A Ngoundiane Samel, l’initiation des garçons est une fierté pour leurs parents et proches. Le frère aîné d’un des circoncis montre fièrement l’une des nombreuses vidéos du ‘’woong’’ qu’il a filmé la veille, à l’aide d’un Android. On y voit des adolescents aux tenues bariolées esquisser des pas de danse. 

D’autres se livrent à des démonstrations d’invulnérabilité, frottant vigoureusement des machettes tranchantes contre leur cou, la langue ou l’avant-bras. ‘’Le +woong+ est aussi l’occasion pour les jeunes de démontrer leur bravoure’’, explique Mbaye Soung, du village de Ngoundiane Samel, qui considère son fief comme un sanctuaire de la pratique du ‘’ndut’’, au moment où cette tradition est abandonnée par d’autres contrées sérères. A cheval sur la tradition et la modernité, ce transitaire, membre du conseil municipal de Ngoundiane, ne cache nullement sa joie de voir renaître le ‘’ndut’’ dans son village.

‘’Les villages de Ngoundiane Dior et Pèye avaient abandonné le +ndut+ en pensant que le monde moderne n’en a plus besoin. Cette année, ils sont revenus, avec force, à cette tradition’’, se réjouit Mbaye Soung, sans tarir de paroles sur l’importance de cette pratique pour la formation des jeunes. Selon lui, les villages de Ngourmbane, Mbousnakh, Sessène et Diack aussi perpétuent le ‘’ndut’’, qui se tient une fois tous les quatre ans dans chacune de ces localités.

Treize des 15 villages de la commune de Ngoundiane tentent de redonner ses lettres de noblesse au ‘’ndut’’, selon Mbaye Soung. Ce n’est pas le cas de Ngoundiane Dior et Pèye, qui ont fait circoncire leurs enfants sans organiser de ‘’woong’’, une étape importante de l’initiation dont la date est fixée par un comité de sages au sein duquel sont représentés tous les villages de la commune, sous l’égide du doyen Modiane Tine, imam et chef du village de Ngoundiane Samel.

Situé aux confins des anciens royaumes du Sine, du Baol et du Cayor, la commune de Ngoundiane se veut la gardienne de cette tradition sérère ‘’difficilement conciliable’’ avec la scolarité des initiés en raison de sa durée – deux à trois mois -, selon Aldiouma Sène, élève au lycée Ousmane-Gning de Ngoundiane et un des ‘’selbé’’, les maîtres chargés de l’initiation des circoncis. Un avis que ne partage pas le vieux Soulèye Thiaw, qui tient à la sauvegarde du ‘’ndut’’ comme à la prunelle de ses yeux.

‘’Mon père a fait le +woong+. Il nous l’a fait faire. Nous devons le transmettre à nos enfants’’, dit M. Thiaw, considérant cette coutume comme un ‘’prestige’’ pour la communauté sérère.Toutinfo.net(avec APS

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