PROFIL : Filly, sénégalaise de 36 ans, la baronne des prostituées et proxénète

TEMOIGNAGE : Nous sommes allée à la découverte d’un personnage emblématique de Cap Skirring. Il s’agit de Filly, un nom d’emprunt.

C’est une femme de teint noir, de taille moyenne, cheveux courts et teintés.

Elle nous invite à prendre un pot dans un grand complexe hôtelier de Cap Skirring.

Habillée en jean déchiré de couleur noire, accompagné d’un T-shirt blanc estampillé «Brooklin.»Toute souriante, cette femme aux multiples piercings (elle en possède sur la langue, le nombril, le nez et sur le cil gauche), accepte de nous parler.

BACHELIERE AVEC «MENTION ASSEZ BIEN»

 Rassurée, la femme qui rêvait de devenir ingénieure agronome après l’obtention de son baccalauréat en 2003 avec la mention assez bien obtenu au lycée Blaise Diagne, rouvre son livre de souvenirs.

 Native de la banlieue dakaroise, elle a fait ses humanités à Kaolack auprès de sa tante paternelle et homonyme.  Elle restera dans la capitale du Bassin arachidier jusqu’au début des années 2000.

 Le mari de sa tante ayant achevé la construction de sa maison dans un quartier de la banlieue dakaroise, décide de rentrer avec sa première épouse et ses enfants à Dakar.

Tout allait bien dans leur nouvelle demeure, jusqu’à un après-midi du mois de novembre 2002. En effet sa tante retournée à Kaolack pour le mariage de la fille d’une ancienne voisine, son oncle, en profite pour abuser d’elle.

VIOLEE PAR SON TONTON

 Elle explique le déroulement de ce douloureux moment de sa vie «Je me rappellerai toujours ce jour. Mes trois cousins avaient quitté vers midi la maison pour aller supporter l’équipe du quartier finaliste de Navétanes cette année-là. Les jumeaux de mes  tantes n’avaient que quatre ans.  Après avoir servi le repas de midi, mon oncle, me retrouve dans l’arrière-cour de la maison. Alors que je faisais la vaisselle, il m’ordonne de revenir nettoyer les toilettes intérieures de ma tante sous prétexte que ce n’était pas bien fait le matin. C’est dans ces toilettes qu’il m’a surpris pour satisfaire sa libido.»

 Ce premier acte marquera le début d’un long cauchemar avec lequel elle continue de vivre. Son oncle n’arrêtera plus. «J’étais  devenue son esclave sexuelle.»

D’ailleurs, elle affirme que par cinq fois il a eu à venir à son école à la descente pour l’amener dans l’appartement qui  lui servait de bureaux pour ses activités de transit et d’import-export.

 Elle raconte même qu’un jour son oncle lui a dit sans gêne qu’elle était plus «délicieuse» que sa tante.

Elle raconte qu’elle a failli se suicider quand le frère cadet de son oncle a découvert le secret. «Lui aussi s’est mis à me violer. Il a menacé mon oncle de tout déballer s’il ne gouttait pas au gâteau.»

C’est ainsi que tous les deux se relayaient sur moi. Sa tante a toujours ignoré la souffrance de sa nièce et homonyme. Pour elle, personne ne pouvait imaginer que son oncle était capable de tels actes.

Il incarnait le père parfait pour ses enfants, le mari idéal pour ses épouses, l’homme généreux et discret  pour les autres. Ce calvaire ne l’empêche pas de continuer ses études.

«J’étais persuadée que ma réussite était dans les études. Elles constituaient mon seul refuge», soutient Filly.

 Mais comment a-t-elle atterri dans le milieu de la prostitution. A cette question, Filly explique qu’elle l’a faite de plein gré et que  personne ne l’a influencée.

Depuis ce fameux jour de novembre 2002, elle s’est sentie «sale» et trouve que sa vie n’a plus de sens.

«Ma vie et mon avenir ont été tous ruinés par  ces deux pervers. J’ai très tôt débuté l’activité sexuelle malgré moi. Petite, on me faisait l’amour de force et en retour je recevais des menaces de mort.  Depuis 2004, j’ai décidé de vendre  mon corps pour de l’argent»,confesse-t-elle.

L’aventure commence en mai 2004 quand elle fugue pour aller chez une copine beaucoup plus grande qu’elle à Mbour.

A Mbour, elle accompagnait souvent à la plage de  Saly Portudal sa copine qui vendait quelques objets d’art. C’est ainsi que l’idée de se vendre lui taraude l’esprit quand elle voyait des jeunes filles de son âge accompagnées de blancs.

Elle décide de partir chaque weekend  à Saly. Profane dans ce domaine, elle avoue faire le trottoir le premier jour sans trouver le moindre client. Son premier client, elle l’a trouvé à son deuxième jour de travail. Elle encaisse quatre mille francs.

 Elle  ne s’arrête pas là puisqu’après, elle a couché avec un autre homme au prix de 2.000 francs.  Pour sa première nuit, elle gagne 6.000. «Ce n’était pas mal pour un début», nous dit-elle, en fumant une cigarette.

Son amie ne pouvant plus vivre avec elle, le lui dit ouvertement. Pour elle, cette dernière est jalouse parce qu’elle commence à  gagner plus qu’elle. Son business marche et Filly commence à maitriser le milieu de la prostitution à Saly.

C’est de là qu’elle a connu deux individus : Un homme bisexuel et une femme tous des prostitués. Elle décide de partager son appartement avec eux.

 Après avoir vécu cinq ans ensemble, ses colocataires l’ont convaincue de tenter une nouvelle aventure au Cap. Ils lui expliquent que là-bas, il y a plus de blancs riches qu’à Saly. Au début elle n’était pas tentée parce qu’elle avait trouvé une certaine stabilité à Saly.

Elle avoue y avoir une clientèle fidèle. «J’avais connu des blancs venus en vacances, après une bonne partie de jambes en l’air, ils avaient pris mon numéro. En ce moment quitter Saly pour une terre inconnue ne me plaisait pas trop» raconte-t-elle.

En plus à Saly, elle pouvait gagner cent mille francs par nuit. Du fait de l’insistance de ses amis, elle décide finalement de partir avec eux au Cap Skirring en 2011.

Arrivés au  Cap, ils vivent dans un hôtel. Après trois semaines avec ses amis, ils trouvent un appartement non loin de la plage. A l’hôtel, elle n’avait pas besoin de sortir pour chercher des clients. «Je suis arrivée deux mois après l’ouverture de la saison et à l’hôtel où je logeais, il n’y avait que des blancs.»

Sa stratégie pour aborder les clients, consistait à taper à la porte d’une chambre quelconque d’un blanc. Si ce dernier ouvre la porte, elle prétexte s’être trompée en mettant toujours sa main dans sa culotte.

Cette méthode est devenue payante puisque depuis lors tout roule. Pour s’attacher ses services si c’est pour un rapport sexuel normal protégé, c’est vingt-cinq mille francs pour la demi-heure.

Si c’est un rapport sexuel sans préservatif, c’est le double soit cinquante mille francs la demi-heure. Si c’est la sodomie avec utilisation de préservatif c’est trente mille les trente minutes, si c’est non protégé c’est cinquante mille toujours pour trente minutes.

Pour ceux qui veulent juste une fellation c’est dix mille francs pour trente minutes.

Mais il faut savoir que tous les prix doublent s’ils atteignent l’heure. Elle dit préférer la sodomie parce que cela rapporte plus.

Pour une journée elle peut gagner jusqu’à  250.000 F. Elle dit pouvoir supporter beaucoup d’homme à la fois.

 D’ailleurs,  pour une partouze de trente minutes, c’est 75.000 francs. Elle considère la prostitution comme métier, c’est pour cela qu’elle ne transige pas sur les prix.

«Mes prix sont inchangeables sauf si c’est pour une location.» Car il est possible de s’attacher ses services pour deux jours ou plus. Pour une journée de location, le client casque la somme de trois cent trente mille soit environ 500 euros.

Si c’est avec deux hommes pour une location, c’est 750.000 pour une journée. Elle dit ne rien regretter de sa vie actuelle puisque c’est dans sa propre famille que sa vie a été gâchée.

D’ailleurs, elle affirme ne plus maintenir le  contact avec sa famille qu’elle accuse d’être les complices de ses bourreaux.

 «Ma mère biologique et mon homonyme ont préféré  étouffer l’affaire quand elles l’ont sue en 2005. Tout cela juste pour ne pas voir les largesses qu’elles obtenaient de mon oncle s’arrêter. Mon oncle leur offrait beaucoup d’argent parce qu’il était un riche homme de tenue. Et après sa retraite, il a ouvert son propre busines qui lui rapportait beaucoup», ajoute-t-elle.

Et depuis lors,  Filly dit mettre un grand pont entre elle et sa famille. «Ma famille sait ce que je fais. C’est la fille avec qui je vivais quand j’ai fugué qui est partie tout leur raconter en 2007.» 

Devenue une véritable maîtresse dans ce milieu de la prostitution, Filly a trouvé une autre corde à son arc.

Maintenant elle officie aussi comme proxénète. Si un homme cherche une catégorie de fille pour une partie de jambes en l’air, elle peut lui en trouver monnayant une commission.  

Outre cela, elle convoie des fois de jeunes prostituées venant de Ziguinchor de Dakar ou de Saly pour leur trouver de «bons marchés» selon ses termes.

PROXENETE

Une fois le marché conclu, elle règle le rendez-vous et après elle encaisse sa commission.

 « Les filles que j’amène ici peuvent si c’est pour une saison entière rentrer à la fin avec trois millions ou même plus», jure-t-elle.

Pour elle, la prostitution est un métier qui peut faire gagner en une nuit ce qu’un fonctionnaire peut gagner en une année de travail.

Dans ce milieu, Filly trouve une préférence pour sa clientèle. Elle  ne se prostitue qu’avec les blancs et pas des moindres.

 Elle a  comme clients ceux qui vivent dans les grands hôtels. Pour elle, peu d’Africains peuvent payer les prix qu’elle demande. Cette femme aux yeux d’hibou  se disant condamnée, ne pense pas quitter un jour ce milieu.

 Le mariage ? Elle n’en veut pas, elle ne préfère point avoir des enfants, qui tôt ou tard sauront ce que faisait leur mère.

 Pour l’instant, celle qui se définit comme une baronne, du haut de ses 36 berges  ne compte pas s’arrêter en si « bon » chemin et dit attendre après sa mort d’aller en enfer.     

Maimouna SANE

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