CHRONIQUE : Le Sénégal, un pays de paradoxe . . .

POINT DE VUE : Voilà comment apparait notre pays dans ses contradictions sociétales. Même les lieux communs, les choses d’une plate évidence, n’arrivent pas à fédérer les énergies. Même le besoin universel d’hygiène n’y fait rien. 

Par Abdoulaye Cissé

Il n’est pas un seul Sénégalais, et parfois même parmi ceux qui n’ont jamais franchi les limites de Diamniadio par les airs, qui ne connaissent pas et ne théorisent pas les clés du succès de Kigali à qui on colle on ne sait trop par quelle étude comparative, l’étiquette de ville la plus propre du continent.

Et quand il s’agit alors de faire pareil, par un exercice citoyen de propreté par tous, les « Kagamé boys » trainent le balai . . .

C’est vrai, Macky n’est pas Kagamé encore qu’il faudrait que le président sénégalais le revendique car l’exigence d’hygiène publique est une valeur universelle qui ne saurait prendre sa source dans la seule vallée du Rusizi qui afflue vers le lac Tanganyika.

D’autant qu’une maxime bien de chez nous atteste que celui qui t’appelle à la propreté ne te veut que du bien.

Alors, si on sort de cette journée de lancement du cleaning Day, sans avoir l’impression que nos villes sont plus propres qu’avant, c’est qu’on doit s’interroger et résoudre nos propres contradictions. Et on n’en est pas à une contradiction près.

A tout le moins, les relais ont brouillé le message présidentiel qui voulait une initiative citoyenne, sans forcer la main à quelqu’un, sans faire sauter la banque, sans rivaliser à qui investirait le plus de moyens ou mobiliserait plus de partisans.

Parfois, on a plus vu des caravanes de folklore que de vrais soldats de la propreté à pied d’œuvre. On est vite sorti du défi citoyen quand aux 1éres heures, le ministre de l’environnement pour ne citer que celui-là fait étalage des moyens colossaux qu’il a investi dans son patelin de Mbao pour mobiliser sa « jeunesse », sous-entendu ses partisans.

Dès lors, on en vient à des considérations pour que ceux qui ne sont pas du même bord rangent leur balai pour ne pas lui offrir un succès politique à revendiquer par la suite.

Voilà tout le problème. Et pourtant le président avait averti qu’il n’y avait pas un kopeck à investir : mais ça aussi, c’est un problème. Il vaut peut-être mieux investir des moyens ici que ailleurs, par exemple dans un accueil populaire du chef de l’État à l’université où le COUD de Cheikh Oumar Hann a claqué plus de 80 millions.

Le président Macky Sall lui-même trouve que si le conseil d’administration a autorisé une telle dépense, il n’y a pas de quoi épingler l’ancien DG promu ministre. Drôle de façon de promouvoir la gestion sobre et vertueuse.

On n’est vraiment pas à une contradiction près, et la veillée de la Saint sylvestre nous a encore offert l’occasion de le constater.

Quand le chef de l’État semble prendre la mesure de la gravité de l’accidentologie en faisant foi aux chiffres l’OMS pour une estimation à plus de 2000 morts sur nos routes, les techniciens du ministère notamment le directeur des Transports Routiers jouent au maitre camoufleur pour récuser ces chiffres.

Il faudrait qu’il nous présente ses chiffres car les près de 600 morts seulement ne concernent que les cas de décès enregistrés sur le coup, selon l’expression consacrée.

Allez ôter des statistiques  à un blessé grave, dans le coma et qui se réveille tétraplégique et qui crève au bout de 6 mois de souffrance pour lui et plus encore pour sa famille qui le veille en prières nuit et jours dans l’espoir de le récupérer . . .

Allez dire à cette famille que cette victime n’est pas comptée parmi les morts par accident.

Il faut qu’on soit un peu plus sérieux pour venir à bout de nos tares.

Un discours clair, qui prend la vraie mesure de nos difficultés doit être le fondement des diagnostics pour l’élaboration de politique publique.

Sinon, le mensonge, le déni de réalité, le saupoudrage, la filouterie, la ruse, l’escroquerie et la duperie n’ont jamais développé un pays.

En arithmétique, on ne résout jamais mieux un problème que quand l’opération est bien posée. Autrement, les règles de calculs, les théorèmes, les axiomes n’y feront rien.

Pythagore n’est pas interchangeable avec Thalès, et on ne fera pas de miracle en pensant que tout est juste un jeu de verbe et de discours tout fiel tout miel pour doper la conscience collective citoyenne.

Abdoulaye CISSE

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