LA MEDECINE LEGALE : « UN PONT ENTRE LA MEDECINE ET LE DROIT », SELON DR SOUMAH

Qu’est-ce que la médecine légale ?

La médecine légale, c’est une spécialité médicale. Après le doctorat en médecine, il faut une spécialisation de quatre ans pour l’obtention d’un   Diplôme d’Etude Supérieure (DES).

La médecine légale est définie comme étant le pont entre la médecine et le droit. Quelque part, je dirai que nous sommes «  les juges  des médecins » et « les médecins des juges ». Lorsque les juges ont besoin d’un éclairage sur le plan médical sur une question de droit. Ils ont besoin de notre expertise.  A partir des sciences médicales, nous leur apportons des réponses qui leur permettent de prendre des décisions sur le plan judiciaire.

Nous sommes en même temps « les juges des médecins » en étant des spécialistes du droit médical et  en même temps lorsqu’un de nos confrères est dans une procédure contentieuse, c’est à dire lorsqu’il y a une plainte contre un médecin. En général, c’est nous aussi qui faisons l’expertise en responsabilité médicale pour que le juge puisse statuer sur ce cas. En clair, nous faisons le pont entre la médecine et le droit.

A quand remonte la médecine légale?

La médecine légale est une spécialité ancienne.  Elle existait déjà dans plusieurs pays notamment européens et anglo-saxons. Mais, la formation en elle même n’existait pas au Sénégal et n’existait d’ailleurs pas en Afrique noire francophone. Le premier diplôme de spécialisation en la matière a été mis en place en 2003, à l’université Cheikh Anta Diop sous l’égide de notre ancien patron le professeur Mamadou Lamine Sow.

C’est lui qui a ouvert le CES à l’époque (Certificat d’Etudes Supérieures). La première promotion de spécialistes en médecine légale de l’UCAD  est sortie à Dakar en 2006. C’était un diplôme qui durait  trois ans à l’époque.

Mais, avec la nouvelle réforme du CAMES le Certificat d’Etudes Supérieures est devenu un Diplôme d’Etudes Supérieures.  Désormais, au lieu de 3 ans, la spécialisation en médecine légale se fait en 4 ans, en  2011. Au début, nous étions les seuls à dispenser cet enseignement en Afrique noire francophone. Maintenant, l’enseignement existe à Conakry sous l’égide du professeur Assane Ba. Au Sénégal le professeur Sow a passé le relais au professeur Mor Ndiaye qui dirige notre service.

Quelles sont les qualités pour devenir un médecin légiste ?

Il faut d’abord des qualités techniques, c’est à dire, il faut satisfaire d’abord et avant tout aux exigences de la formation, notamment les différentes

évaluations. La médecine légale, contrairement, à ce que le grand public croit ne s’arrête pas seulement à l’autopsie.

Souvent  les gens pensent que la médecine légale  se réduit à l’autopsie. Il y a deux grands volets dans la médecine légale : La médecine légale du vivant et la médecine légale du mort. Et dans ces deux entités, on retrouve le droit médical, le secret médical, les certificats médicaux, l’acte médicale, le contrat médical, la responsabilité médicale.

 Il y a la traumatologie médicale. Aujourd’hui,  lorsqu’il y a un accident de la circulation, comment explique-t-on certaines lésions chez les passagers? Lorsque quelqu’un reçoit un coup de couteau, comment nous à partir de cette plaie on peut en déduire que c’est une blessure causée par un couteau, par lame de rasoir ou par un quelconque objet tranchant ?

Cette étude est la traumatologie médico-légale. Par ailleurs, il y a la partie thanatologie qui effectivement étudie la mort et ses différentes modalités notamment celle de la mort suspecte. La définition de la mort suspecte est une mort qui survient dans des circonstances qui peuvent faire penser que c’est une tierce personne qui a entrainé le décès. Et de là se pose un obstacle médico- légale, c’est à dire que la loi nous interdit  de délivrer le certificat de décès.

On  ne peut pas enterrer la personne. L’autopsie est obligatoire. Dans la thanatologie, vous aurez d’autres chapitres que sont les asphyxies. C’est tout ce qui  est strangulations, les suffocations faciales, (un enfant que l’on étouffe avec la main sur le nez et la bouche,) une suffocation laryngée  (un enfant qui par accident avale une bile ou une pièce de monnaie qui se met au niveau du larynx). On traite aussi les avortements, les infanticides qui font partie tous de la      thanatologie. Hormis cela, il y’a d’autres sujets qui sont dans la médecine légale.

 Parmi lesquels ont peut citer : Le dommage corporel. Lorsqu’une assurance veut faire une expertise chez une personne en dommage, c’est au médecin légiste d’examiner cette victime pour voir les séquelles, les mesurer, les évaluer pour permettre ainsi à l’assurance de l’indemniser. Vous avez aussi la partie criminologie qui est l’étude philosophique du phénomène criminel et de l’esprit criminel. Comment une personne normale issue d’une bonne famille correcte qui a grandi dans un environnement normal peut devenir subitement criminel ?  

Il y’a aussi la criminaliste, c’est la recherche des traces sur un lieu de crime. C’est que l’on appelle la police technique et scientifique. Il y a aussi la  psychiatrie médico-légale. Par exemple, une femme qui a été bien éduquée peut devenir une femme infanticide. Il va falloir l’analyser pour cerner la personnalité pathologique de cet individu. Il existe toujours dans la médecine légale, la branche qui étudie la toxico-médico légale. C’est à dire lorsqu’une personne est empoisonnée où est ce qu’il faut aller rechercher la drogue ou le poison, où le rechercher et comment le rechercher ?

Vous avez la bioéthique, c’est l’étude de tout ce qui est applicable ou non à l’être humain.

 Aujourd’hui scientifiquement parlant, on sait faire un clonage, mais le plan bioéthique ce n’est pas acceptable de l’appliquer chez l’être humain. Ce débat  fait rage en France comme les lois bioéthiques  sur la procréation médicalement assistée la PMA pour savoir si des couples homosexuels peuvent avoir l’autorisation d’avoir des enfants par procréation. 

La palette est assez large tout cela pour vous expliquer que la médecine légale est un vaste champ.

Propos recueillis par Maïmouna SANE (Toutinfo.net)

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